Pourquoi la construction est (aussi) en train de façonner l’IA agentique

On n’associe pas spontanément la construction à l’éclosion de l’intelligence artificielle de demain, alors même que le secteur pèse des centaines de milliards d’euros en France. En 2025, le marché de la construction est estimé à plus de 161 milliards d’euros, et plusieurs centaines de milliers d’entreprises y sont actives.

Ushuja
By Usman Shuja Published on 27 février 2026 5h30
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Pourquoi la construction est (aussi) en train de façonner l’IA agentique - © Economie Matin
161 MILLIARDS €En 2025, le marché de la construction est estimé à plus de 161 milliards d’euros en France

Cette industrie est complexe, imprévisible et en mouvement constant, loin des environnements maîtrisés que privilégient habituellement les technologies de pointe. C’est précisément cette dynamique qui en fait un terrain d’expérimentation idéal pour l’IA agentique. Cette dernière, des systèmes capables de prendre des décisions et d’exécuter des tâches en plusieurs étapes avec une intervention humaine minimale, n’est pas une simple fiction. Des formes d’IA qui agissent sont déjà visibles, par exemple dans les véhicules autonomes ou les algorithmes de marché.

Sur un chantier, avec son activité permanente et ses enjeux élevés, se joue un banc d’essai particulièrement révélateur pour ces technologies de nouvelle génération.

Le terrain, un laboratoire pour l’IA agentique

Sur un chantier, des centaines d’acteurs coordonnent des milliers de tâches dans un environnement en évolution permanente. Les imprévus font partie du quotidien. Cette complexité, longtemps perçue comme un frein, constitue pourtant un terrain idéal pour des IA capables de s’adapter et d’agir.

L’IA dépasse désormais la simple analyse de données. Elle commence à accompagner concrètement les équipes terrain : détection d’incohérences entre plans, automatisation de documents techniques, alertes précoces pour éviter les reprises coûteuses. En s’appuyant sur l’historique des projets, certaines solutions construisent une véritable mémoire collective du chantier, capable d’anticiper les risques et d’améliorer la coordination.

Ces usages annoncent un futur proche où l’IA agentique opérera en arrière-plan des projets, pour fiabiliser les décisions et libérer du temps pour ce qui fait la valeur du secteur : l’expertise humaine, la collaboration et le savoir-faire.

Une véritable opportunité

La construction est souvent perçue comme trop fragmentée, trop peu numérisée, trop complexe pour que l’IA y fasse une différence. Ces mêmes contraintes font pourtant de l’industrie un terrain d’expérimentation idéal pour les systèmes agentiques. Les processus débordent de données mais manquent de visibilité, les équipes sont sous tension face à des pénuries de main-d’œuvre durables, et le coût des erreurs de communication reste élevé. Ces réalités représentent autant d’occasions pour l’IA de prouver sa valeur sur le terrain, et non en théorie.

L’adoption de ces technologies ne se fait pas du jour au lendemain. La construction est avant tout un métier humain : les équipes doivent percevoir la technologie comme un outil pour simplifier leur travail, et non le compliquer. La confiance se construit progressivement, projet après projet, résultat concret après résultat concret. L’objectif n’est pas de remplacer le jugement humain, mais de le renforcer.

Construire et apprendre autrement

Les aspérités de la construction - imprévus, frictions, adaptation constante - sont ce qui rend l’IA agentique plus robuste et ancrée dans le réel. Cet environnement force les systèmes à gérer l’imparfait et l’humain : un vrai test d’intelligence.

Si l’IA peut fonctionner dans la poussière et le bruit d’un chantier, elle peut fonctionner partout. Mais son succès dépend de la manière dont elle est conçue : avec respect pour les savoir-faire, pour la collaboration et pour les réalités du terrain. L’avenir de l’IA ne se façonnera pas seulement dans les laboratoires ou les salles de conseil, mais aussi grâce à celles et ceux qui portent un casque, résolvent des problèmes en temps réel et refusent de céder à la complexité.

C’est là que l’innovation prend tout son sens et que la technologie apprend ce qui compte vraiment. Dans la construction, il ne s’agit pas seulement d’apprendre à l’IA à penser, mais à bâtir.

Ushuja

CEO de Bluebeam

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