Carburant : pourquoi les accusations de Donald Trump ignorent la réalité économique

Donald Trump accuse les compagnies pétrolières de ne pas répercuter proportionnellement la baisse du brut sur les prix du carburant. Pourtant, les mécanismes économiques expliquent pourquoi une chute de 40% du pétrole ne se traduit jamais par une baisse équivalente de l’essence : fiscalité figée, délais de stock, coûts de raffinage, taux de change et marges commerciales forment un ensemble de variables qui ne fluctuent pas au même rythme.

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By Cédric Bonnefoy Published on 24 juin 2026 14h33
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Carburant : pourquoi les accusations de Donald Trump ignorent la réalité économique - © Economie Matin
72,52$Le prix du WTI américain s'établit à 72,52$, mais Donald Trump fustige des prix du carburant qui ne baissent pas assez vite.

Lorsqu'un président ordonne une enquête sur les « prix abusifs » du carburant, il oublie généralement une réalité économique fondamentale : le prix à la pompe n'obéit jamais à une simple formule brut = essence. Entre juin et mai 2026, le pétrole brut a chuté de 23%, mais l'essence seulement de 14%. Depuis mars, la baisse atteint 40% pour le brut contre 30% pour l'essence. Mercredi 24 juin au matin, Donald Trump a publié un message sur Truth Social accusant les compagnies pétrolières de ne pas répercuter proportionnellement la baisse du brut. « Les grandes compagnies pétrolières ne réduisent pas leurs prix à la pompe de manière proportionnelle à la forte baisse des prix qu'elles paient pour le pétrole. Ces prix chutent comme une pierre ! », a déclaré le président américain, ordonnant au ministère de la Justice d'enquêter immédiatement. Pourtant, ces écarts ne sont pas une arnaque : ce sont les mathématiques de l'économie pétrolière.

Le mythe de la répercussion proportionnelle

Le raisonnement de Trump repose sur une intuition trompeuse : si le baril perd 40%, l'essence devrait perdre autant. Or, le prix à la pompe intègre bien d'autres composantes que le seul coût du brut. La fiscalité, les marges de raffinage, les coûts de transport, les délais de stock et les taux de change forment un ensemble de variables qui ne fluctuent pas au même rythme que les cours mondiaux du pétrole.

Trump vs la réalité économique : moins 40% brut depuis mars, moins 30% essence seulement

Selon les données de GasBuddy, le prix moyen de l'essence aux États-Unis s'établissait mercredi matin à 3,906 dollars le gallon, soit une baisse de 14% par rapport au pic de mai. En janvier dernier, avant l'escalade des tensions avec l'Iran, le gallon coûtait 2,764 dollars, soit près de 30% de moins qu'aujourd'hui. Pendant ce temps, le WTI américain a reculé de 40% depuis mars, passant à 72,52 dollars le baril mercredi. Le Brent de la mer du Nord, référence mondiale, s'échangeait à 76,38 dollars. L'écart entre ces deux courbes illustre un décalage structurel, pas une manipulation.

En France : 50% du prix au litre est des taxes (accise + TVA)

En France, les taxes représentent environ la moitié du prix d'un litre de carburant : l'accise sur les produits énergétiques (ex-TICPE) et la TVA s'appliquent indépendamment des cours mondiaux. Lorsque le Brent recule de 10%, le prix hors taxes baisse effectivement, mais la part fiscale demeure identique. Résultat : la baisse à la pompe s'établit autour de 5%, pas 10%. Les distributeurs comme TotalEnergies appliquent parfois des plafonnements, mais ces mesures restent marginales face au poids de la fiscalité.

Aux États-Unis : taxes fédérales, étatiques et locales figées

Karen Young, chercheuse au Centre de politique énergétique mondiale de l'université Columbia, rappelle que « plusieurs semaines sont généralement nécessaires pour qu'une baisse du pétrole brut se répercute sur les coûts de raffinage puis sur les prix à la pompe ». Elle souligne également l'existence de taxes fédérales, étatiques et locales qui s'ajoutent au prix de l'essence dans les stations-service américaines. Ces prélèvements, cumulés, représentent une part significative du prix final et ne varient pas avec les cours du brut. Les stations-service ne modifient pas leurs tarifs en temps réel. Elles écoulent d'abord les stocks achetés à des prix antérieurs, souvent plus élevés, avant de répercuter les nouvelles cotations des produits raffinés.

Les stations-service écoulent d'abord l'ancien stock acheté à prix élevé

Une station qui a rempli ses cuves il y a une semaine a payé son carburant au prix du marché d'alors. Même si le brut chute brutalement, elle ne peut vendre à perte. Le délai de rotation des stocks joue donc un rôle majeur dans l'inertie des prix affichés. Plus la baisse est rapide, plus l'écart entre le cours du brut et le prix à la pompe paraît important, alimentant le sentiment d'injustice des automobilistes.

5 à 7 jours minimum avant ajustement : la réalité française documentée

Selon une étude de la Banque de France publiée en 2024, les prix des carburants restent en moyenne stables pendant environ cinq jours avant d'être ajustés par les distributeurs. Cette inertie reflète les contraintes logistiques et commerciales du secteur. Aux États-Unis, les délais sont comparables, voire supérieurs dans certaines régions rurales où les approvisionnements sont moins fréquents. Le brut n'est qu'une matière première. Transformer le pétrole en essence ou en gazole exige des opérations industrielles coûteuses : raffinage, transport par pipeline ou camion, stockage, distribution. Ces coûts ne fluctuent pas au même rythme que le baril.

Le brut n'est qu'une partie du prix final

Les marges de raffinage dépendent de la demande en produits finis, de la capacité de production des raffineries et des coûts énergétiques de transformation. En période de tension géopolitique, comme lors du conflit avec l'Iran qui a perturbé le détroit d'Ormuz (par où transite un cinquième de l'approvisionnement mondial), les coûts de raffinage peuvent augmenter même si le brut baisse, en raison de la volatilité des approvisionnements.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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