À l’heure où le bois s’impose comme une alternative énergétique populaire, les fraudes explosent. Tromperies commerciales, fausses annonces, clauses abusives : le marché du chauffage au bois est devenu un terrain fertile pour les pratiques illégales.
Chauffage au bois : selon ce rapport, vous vous faites enfumer

Derrière l’engouement croissant des Français pour le chauffage au bois, une réalité plus trouble se dessine. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a levé le voile sur des pratiques inquiétantes, dans un secteur devenu hautement stratégique depuis la crise énergétique.
Le bois en pleine ascension, la fraude aussi
Le 8 juillet 2025, la DGCCRF a publié les conclusions de son enquête menée entre 2023 et début 2024, révélant une montée en flèche des fraudes dans le secteur du chauffage au bois. Face à une demande toujours plus forte – près de 7 millions de foyers français utilisent désormais le bois pour se chauffer – les abus se sont multipliés, en particulier sur les plateformes numériques.
Cette enquête fait suite à une recrudescence de signalements sur SignalConso, notamment liés à des pratiques commerciales trompeuses, des clauses abusives, et un non-respect des obligations légales lors des ventes à distance de bois de chauffage. Les 185 entreprises contrôlées ont donné lieu à 45 avertissements et 29 injonctions, un chiffre nettement supérieur à celui de l’enquête précédente, réalisée en 2021.
Chauffage au bois : des pratiques illégales à tous les étages
Les agents de la DGCCRF ont mis en évidence une cascade d’irrégularités dans les circuits de distribution du bois de chauffage. Les infractions touchent tous les aspects de la relation commerciale :
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Information précontractuelle lacunaire : 53 % des entreprises visitées ne respectaient pas les dispositions du code de la consommation, notamment en omettant d’indiquer le droit de rétractation ou en ne fournissant pas les formulaires type.
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Affichage trompeur des prix : plus de 37 % des entreprises n’informaient pas correctement sur les tarifs des bûches, pellets ou frais de livraison, souvent communiqués uniquement par téléphone.
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Omission de l’inscription à Bloctel : plus de 53 % des sociétés n’informaient pas leurs clients de la possibilité de s’opposer au démarchage téléphonique, une obligation pourtant légale.
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Allégations mensongères : des entreprises se prétendaient partenaires d’EDF sans aucun fondement.
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Absence de médiateur : 62 % des structures contrôlées ne mentionnaient pas de médiateur de la consommation, comme l’exige la loi.
La DGCCRF note également des clauses contractuelles abusives, dans 70 % des contrats étudiés. Parmi elles : des restrictions illégales du droit à réparation, des délais de remboursement non conformes, ou l’absence de remboursement des frais de livraison après rétractation.
Fraude en ligne : le chauffage au bois pris dans les filets numériques
Mais c’est sur internet que les pratiques frauduleuses explosent. La DGCCRF a identifié de nombreuses annonces mensongères, notamment sur Leboncoin, Facebook Marketplace, WhatsApp ou Telegram. Des escrocs proposent du bois de chauffage à prix cassés, utilisent les logos de sociétés reconnues, et réclament un paiement anticipé sans jamais livrer les produits.
Ces faux sites exploitent la méconnaissance ou l’urgence des consommateurs, souvent peu avertis sur les achats en ligne de combustibles. La mise en scène est soignée : photos de produits, usurpation d'identité, faux numéros SIRET… L’arnaque est huilée. Résultat : des dizaines de consommateurs floués, sans recours possible une fois le paiement effectué.
Bois énergie : un marché sous tension, un encadrement renforcé
Le rapport souligne un déficit d’appropriation des règles juridiques par les professionnels du bois énergie. En 2025, la DGCCRF prévoit de renforcer ses contrôles, dans un marché devenu central pour la transition énergétique. Le bois énergie représente un levier clé de la stratégie bas carbone de la France, mais son essor rapide crée une vulnérabilité propice aux dérives.
Face à ces abus, les pouvoirs publics appellent à la vigilance. Avant tout achat, les consommateurs sont invités à consulter les fiches pratiques de la DGCCRF et à signaler toute anomalie via la plateforme SignalConso. En cas de litige persistant, le médiateur national de l’énergie peut être saisi.
Le bois reste un vecteur énergétique stratégique, mais à condition de maîtriser les risques d’un marché encore trop perméable à la fraude.
