Brûlures du cuir chevelu, œdèmes du visage, irritations, eczéma, pertes de cheveux, voire difficultés respiratoires : l’Anses remet en lumière les risques liés aux produits de coloration capillaire. Dans une note de cosmétovigilance publiée en avril 2026, l’agence sanitaire rappelle que ces produits très utilisés peuvent être à l’origine de réactions allergiques et irritatives parfois sévères, y compris avec des formules non oxydantes ou présentées comme plus douces.
Cheveux : brûlures, œdèmes, allergies… l’Anses alerte sur les teintures

Se teindre les cheveux est devenu un geste ordinaire, presque banal, pour masquer les cheveux blancs, changer de style ou entretenir une apparence. Mais cette banalité d’usage masque une réalité bien moins anodine. En s’appuyant sur les déclarations remontées au dispositif de cosmétovigilance entre 2019 et 2025, l’Anses montre que les incidents liés aux teintures et décolorations capillaires ne relèvent pas seulement de l’inconfort passager. Dans un nombre significatif de cas, ils débouchent sur des atteintes jugées graves au sens sanitaire.
Cheveux : une pratique courante, un risque encore sous-estimé
L’ampleur de l’usage explique d’abord la sensibilité du sujet. L’Anses rappelle que, d’après la Commission européenne, « plus de 60% des femmes européennes et jusqu’à 10% des hommes teignent leurs cheveux ». Une étude française publiée en 2016 indiquait de son côté qu’« environ 64% des femmes interrogées déclarent utiliser des produits de coloration capillaire ». Autrement dit, il s’agit d’un marché de masse, avec une exposition très large de la population.
Les produits concernés sont loin de se ressembler. Le document distingue les teintures permanentes, semi-permanentes et temporaires. Les premières, dites aussi colorations oxydantes, dominent le marché européen et « représentent 70 à 80% du marché des colorants en Europe ». Elles reposent généralement sur un mélange entre un colorant et un révélateur, avec un agent alcalin comme l’ammoniaque et un oxydant tel que le peroxyde d’hydrogène. Les semi-permanentes sont moins chargées en ammoniaque et n’utilisent généralement pas de peroxyde d’hydrogène. Les temporaires, elles, s’éliminent rapidement au shampoing.
Mais, quelle que soit la catégorie, l’Anses rappelle un point central : « chaque type de coloration présente des risques pour la santé du fait des propriétés irritantes ou allergisantes de ses ingrédients ». La distinction entre coloration, décoloration, formule douce ou produit à image plus naturelle ne suffit donc pas à effacer le danger. Les colorants servent à déposer ou intensifier des pigments, tandis que les décolorants retirent ceux qui existent naturellement. Les mécanismes diffèrent, le risque chimique demeure.
Teintures, coloration, décoloration : des cas graves loin d’être marginaux
Le chiffre le plus frappant du document tient dans le volume et la gravité des signalements. « Entre 2019 et 2025, le dispositif de cosmétovigilance a enregistré 124 déclarations d’effets indésirables liés aux produits de coloration capillaire et aux produits décolorants », soit 6% de l’ensemble des déclarations reçues. Rapporté aux seuls produits capillaires, cela représente 41% des signalements, devant les shampoings, produits de lissage, défrisants ou soins capillaires.
Le cœur de l’alerte concerne les colorations oxydantes. Selon l’Anses, « 91% des déclarations étaient liées aux "colorations oxydantes" », et parmi elles, « 63% ont été considérées comme graves au sens de la cosmétovigilance ». L’agence précise ce que recouvre cette gravité : une incapacité fonctionnelle temporaire ou permanente, ou une hospitalisation. Le contraste avec l’ensemble de la cosmétovigilance est net : tous produits cosmétiques confondus, la part des cas graves est de 36%.
Le signal ne s’arrête pas aux seules teintures permanentes. Les « colorations non oxydantes » ont représenté 11 déclarations, dont 4 également jugées graves. Le document le dit explicitement : « ces données montrent que les colorations non oxydantes peuvent elles aussi provoquer des réactions, parfois graves ».
Dans le détail, les symptômes recensés sont très concrets. Au niveau du cuir chevelu, les personnes touchées décrivent « des sensations de brûlure, des démangeaisons, des picotements, des irritations, des rougeurs, de l’eczéma ou encore des pertes de cheveux ». Pour le visage, les signalements évoquent « des rougeurs, une sensation de chaleur, des gonflements, des œdèmes, des plaques rouges, parfois touchant tout le visage ». Les yeux peuvent aussi être concernés.
Le passage le plus inquiétant porte sur les formes sévères. L’Anses relève que « certaines déclarations faisaient état d’une gorge gonflée accompagnée de réelles difficultés respiratoires », soit des signes « d’une réaction allergique sévère pouvant représenter un risque vital immédiat ». On change alors totalement d’échelle : il ne s’agit plus d’un désagrément esthétique, mais d’une urgence médicale potentielle.
Anses : les substances sont autorisées, mais le danger est bien réel
Le document de Vigil’Anses apporte une précision importante pour la compréhension du dossier : les substances mises en cause dans les cas français recensés entre 2019 et 2025 « figuraient dans la liste des substances réglementairement autorisées ». Cela signifie qu’un produit conforme à la réglementation européenne peut malgré tout provoquer une réaction grave chez certains utilisateurs.
Les tests allergologiques, lorsqu’ils ont été réalisés, orientent vers plusieurs ingrédients bien connus de l’univers de la coloration. Cinq personnes étaient allergiques à un seul ingrédient, parmi lesquels la paraphénylènediamine (PPD), le toluène-2,5-diamine sulfate ou encore les persulfates. D’autres personnes présentaient des allergies à plusieurs substances associées, comme le m-aminophénol, l’alcool benzylique, l’hydroquinone ou certains dérivés de phénylènediamine.
La réglementation européenne impose déjà un encadrement précis. Lorsqu’une teinture contient des substances comme la PPD, le toluène-2,5-diamine sulfate ou le m-aminophénol, son emballage doit comporter des avertissements tels que « Peut provoquer des réactions allergiques sévères » et « N’est pas destiné à être utilisé sur les personnes de moins de 16 ans ». Les produits contenant du peroxyde d’hydrogène doivent aussi mentionner « Porter des gants appropriés ». Pour certains usages, notamment sur les cils, la mention « Réservé aux professionnels » s’impose.
L’Anses rappelle toutefois que la réglementation n’est pas figée. Les annexes du règlement sont révisées régulièrement, et les données de cosmétovigilance peuvent déboucher sur une réévaluation de la sécurité d’un ingrédient, une restriction d’usage, voire une interdiction. En clair, les déclarations des consommateurs, des fabricants et des professionnels de santé servent aussi à nourrir l’évolution du droit.
Un marché grand public qui expose aussi les coiffeurs
L’intérêt du document tient aussi à ce qu’il ne limite pas le sujet au consommateur à domicile. « Six déclarations de cosmétovigilance concernaient des professionnels de la coiffure » : deux affections cutanées des mains et quatre pathologies respiratoires. Les coiffeurs apparaissent donc comme une population particulièrement exposée, en raison d’un contact répété avec les substances chimiques contenues dans les produits colorants ou décolorants.
Le texte souligne également que « des réactions de type allergique surviennent donc aussi chez les professionnels de la coiffure, même avec des teintures dites "naturelles" ». Cette précision est essentielle à l’heure où une partie du marché joue fortement sur les promesses de naturalité. L’étiquette marketing ne protège pas mécaniquement du risque allergique.
L’autre enseignement du document porte sur le mésusage. Quatre déclarations ont été liées à un non-respect des consignes, avec notamment un temps d’application beaucoup trop long dans un cas, et trois usages chez des mineurs alors que l’étiquetage l’interdisait en dessous de 16 ans. L’agence insiste donc sur le respect strict du mode d’emploi, souvent traité à la légère par les utilisateurs.
Repères à connaître avant une coloration
- Les colorations oxydantes concentrent l’essentiel des signalements graves.
- Les colorations non oxydantes ne sont pas sans risque.
- Une réaction passée à une teinture capillaire constitue un signal d’alerte majeur.
- Un tatouage temporaire noir au henné peut révéler une sensibilisation durable à certaines molécules comme la PPD.
- Un cuir chevelu irrité, abîmé ou un visage présentant une éruption cutanée doivent conduire à renoncer à la coloration.
- En cas de réaction sévère, l’Anses recommande d’appeler le 15 ou un centre antipoison, puis de consulter pour réaliser des tests allergologiques.
- Le signalement sur le portail public des événements sanitaires indésirables alimente la surveillance des cosmétiques.
