Le 24 juillet 2026, la Chine a imposé une fiscalité de 20% sur les trusts offshore détenus par ses résidents, visant à récupérer des centaines de milliards de dollars d’actifs délocalisés. Face à l’effondrement du marché immobilier qui a érodé les revenus publics, Pékin transforme ces structures en cible fiscale majeure, forçant les ultra-riches à liquider des actifs pour payer les arriérés avant le 22 octobre 2026.
Chine : les trusts offshore deviennent la mine d’or fiscale pour combler le trou budgétaire

Depuis des décennies, les ultra-riches chinois utilisent les trusts offshore pour abriter des centaines de milliards de dollars d'actifs loin du fisc. Mais le 24 juillet 2026, Pékin a décidé de changer la donne : une nouvelle fiscalité de 20% transforme ces structures en cible majeure, dans un contexte de crise budgétaire aiguë provoquée par l'effondrement du marché immobilier.
La crise budgétaire chinoise : comprendre le contexte
L'effondrement du secteur immobilier et ses effets sur les finances publiques
L'immobilier chinois vacille depuis 2021. Les ventes de terrains, qui constituaient la principale manne financière des gouvernements locaux et nationaux, se sont effondrées. Les promoteurs accumulent les défauts de paiement, les ménages retardent leurs achats, et les collectivités locales peinent à boucler leurs budgets. Pour compenser, Pékin cherche désormais à récupérer des revenus fiscaux là où ils se sont évaporés : dans les paradis offshore où les fortunes chinoises se sont réfugiées. Le ministère des Finances et l'Administration d'État de la Fiscalité ont annoncé le 24 juillet 2026 des règles complètes sur la fiscalité des trusts offshore, imposant un taux uniforme de 20% sur tous les transferts et distributions.
Pourquoi les trusts offshore deviennent une cible fiscale majeure
Les trusts offshore (structures juridiques établies aux Îles Caïmans, Hong Kong, Singapour ou Îles Vierges britanniques) permettaient aux ultra-riches de détenir actions, obligations, biens immobiliers et participations pré-IPO à l'abri de la fiscalité chinoise. Bien que la législation imposait théoriquement leur taxation, l'absence de règles d'implémentation détaillées les rendait de facto intouchables. Désormais, chaque étape du cycle de vie du trust, de la création à la résiliation en passant par les distributions, déclenche l'impôt. Comme l'explique Sarah Wang, avocate fiscaliste à Shanghai, « l'obligation fiscale débute dès le transfert de capital dans un trust offshore, couvrant actions, obligations, immobilier et autres actifs ». Le message de Pékin est clair : les fortunes offshore doivent contribuer au redressement budgétaire national.
Les mécanismes de la nouvelle fiscalité : comment ça marche concrètement
Le taux de 20% et son application à chaque étape du cycle de vie du trust
Le taux de 20% s'applique sur les revenus des résidents chinois provenant de trusts offshore, à trois moments clés. D'abord, lors du transfert initial d'actifs dans le trust : si un entrepreneur chinois transfère 100 millions de dollars d'actions dans un trust aux Caïmans, il devra payer 20 millions de dollars d'impôt. Ensuite, lors de chaque distribution de revenus ou de capital aux bénéficiaires chinois. Enfin, lors de la résiliation du trust, si les actifs retournent en Chine. Avant cette annonce, certains bureaux fiscaux locaux à Shanghai, Shenzhen et Jiangsu appliquaient déjà des levées de 20% sur les trusts offshore, mais de manière dispersée. Désormais, la règle est nationale, uniforme et rétroactive depuis le 1er janvier 2023.
La fenêtre de déclaration de 90 jours : un délai court pour régulariser
Les familles chinoises disposent de 90 jours, jusqu'au 22 octobre 2026, pour déclarer et payer les impôts dus sur tous les actifs transférés en trusts depuis le 1er janvier 2023. Passé ce délai, les défauts de paiement entraîneront des surcharges. Clifford Ng, associé du cabinet Zhong Lun à Hong Kong, résume l'atmosphère : « De nombreux clients, fiduciaires et conseillers sont encore sous le choc. » Les montants déclarés doivent correspondre aux informations partagées par les gouvernements étrangers via la Norme commune de déclaration (CRS), en place depuis 2018. Cette transparence transfrontalière complique toute sous-déclaration, car Pékin croise désormais les données reçues de dizaines de juridictions avec les déclarations volontaires.
Les chiffres en jeu : 667 milliards de dollars sous surveillance
L'ampleur des actifs détenus en trusts offshore
Les actifs détenus en trusts à Hong Kong atteignaient 5.200 milliards de dollars hongkongais (667 milliards de dollars américains) en 2023, dont 55% des investissements sous-jacents situés en Chine continentale et à Hong Kong. Si l'on applique le taux de 20% sur une fraction significative de ces montants, Pékin pourrait récupérer des dizaines de milliards de dollars. Le fondateur de Soho China, Pan Shiyi, propriétaire immobilier basé à New York, figure parmi les ultra-riches dont les structures aux Îles Caïmans sont scrutées. Son cas illustre l'attention accrue portée aux fortunes offshore, dans un contexte où la Chine a également interdit trois sociétés de courtage en ligne transfrontalières en 2026, renforçant le contrôle des flux de capitaux sortants.
L'augmentation du revenu fiscal : un signe d'efficacité
Au premier semestre 2026, le revenu fiscal provenant de l'impôt sur le revenu des personnes physiques a bondi de 13,1%, malgré une croissance faible des ventes au détail. Pour Xiangrong Yu, économiste chez Citigroup, « les réductions forcées de positions pour financer la conformité fiscale sont inévitables ». La nouvelle fiscalité sur les trusts offshore pourrait amplifier encore cette dynamique, compensant partiellement la chute des revenus provenant des ventes de terres. Kia Meng Loh, directeur des opérations et associé principal chez Dentons Rodyk à Singapour, qualifie la mesure de « moment charnière pour la planification patrimoniale liée à la Chine ». L'État chinois diversifie ainsi ses sources de revenus, ciblant directement la richesse accumulée à l'étranger.