Le chômage ne devrait pas refluer de sitôt en France. Dans sa note de conjoncture de mars 2026, l’Insee anticipe une poursuite de la dégradation du marché du travail, avec un taux de chômage attendu à 8,1% au printemps, malgré une activité économique qui résiste encore.
Chômage : l’Insee anticipe une nouvelle hausse en France

La dégradation du marché du travail français se confirme. Sans annoncer une crise brutale de l’emploi, l’Insee décrit un mouvement de fond : l’économie crée trop peu de postes pour absorber l’augmentation du nombre d’actifs. Le résultat est mécanique : le chômage remonte, et cette hausse n’est pas terminée. Fin 2025, le taux de chômage a déjà atteint 7,9%, soit 0,2 point de plus sur le trimestre et 0,6 point de plus sur un an. À l’horizon du deuxième trimestre 2026, l’institut prévoit désormais 8,1%.
Chômage : pourquoi la hausse va continuer en France
La première explication tient au ralentissement très net des créations d’emplois. L’Insee rappelle qu’« Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage au sens du BIT s’établit à 7,9% de la population active ». L’institut précise aussi qu’« Il augmente de 0,2 point sur le trimestre, portant à +0,6 point la hausse sur un an ». Cette remontée est déjà suffisamment marquée pour porter le chômage à son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2021.
Dans le détail, la hausse ne s’explique pas par un effondrement généralisé de l’activité, mais par un décrochage entre l’emploi et la population active. L’Insee indique que la progression du chômage sur un an résulte d’« un emploi peu dynamique (25.000 emplois nets ont été créés sur un an, après +181.000 un an plus tôt), tandis que la population active l’est bien davantage (249.000 actifs supplémentaires sur un an, après +110.000 un an plus tôt) ». C’est le cœur du problème : l’économie française continue de créer un peu d’emplois, mais bien trop peu pour absorber l’arrivée de nouveaux actifs.
Le mouvement devrait se prolonger au premier semestre 2026. L’Insee écrit qu’« Au total, au deuxième trimestre 2026, la population active augmenterait de 178.000 sur un an ». Dans le même temps, « l’emploi continuerait de croître modérément (+6.000 au premier semestre 2026, soit un glissement annuel de +15.000 emplois au deuxième trimestre 2026) ». La conséquence est annoncée noir sur blanc : « le taux de chômage augmenterait un peu, à 8,1%, d’ici la mi-2026 ».
Les entreprises embauchent moins
Le recul de l’emploi salarié privé est un autre signal clair. L’Insee relève qu’au quatrième trimestre 2025, l’emploi salarié a baissé de 40.000 postes après une baisse de 5.000 au trimestre précédent. Sur un an, l’emploi salarié recule de 46.000 postes, avec une baisse de 60.000 dans le privé, partiellement compensée par 14.000 créations dans la fonction publique.
Cette dégradation est particulièrement visible dans l’alternance. L’Insee souligne qu’en 2025, 44.000 postes d’alternants ont été supprimés, ce qui explique à lui seul les trois quarts du recul de l’emploi salarié privé. À cela s’ajoute un affaiblissement des effectifs hors alternance. Dans sa prévision, l’institut estime que les chefs d’entreprise restent prudents et que leurs réponses aux enquêtes de conjoncture suggèrent un nouveau repli des effectifs.
Le climat de l’emploi confirme cette tendance. En février 2026, il s’établit à 93 points, en dessous de sa moyenne de longue période. L’Insee ajoute qu’au deuxième trimestre 2026, l’emploi salarié marchand non agricole serait inférieur de 0,4% à son niveau d’un an auparavant. Autrement dit, l’amélioration de l’activité ne se traduit pas, à ce stade, par un redémarrage des embauches.
Jeunes et seniors, les deux moteurs de la hausse
La hausse du chômage n’affecte pas tous les publics de la même manière. Fin 2025, elle est d’abord portée par les plus jeunes. L’Insee écrit que « La hausse du chômage au quatrième trimestre 2025 est entièrement portée par les jeunes de 15 à 24 ans ». Leur taux de chômage a augmenté de 2,4 points sur le trimestre, alors que celui des 25-49 ans a diminué de 0,2 point et que celui des 50 ans ou plus est resté stable.
Pourquoi cette poussée chez les jeunes ? Parce qu’ils sont plus nombreux à rester actifs. L’Insee note que le taux d’activité des 15-24 ans a augmenté de 0,8 point sur le trimestre et de 1,9 point sur un an, pour atteindre 43,6%. Une partie de cette hausse est liée aux jeunes encore en formation initiale, plus nombreux à cumuler études, recherche d’emploi et parfois activité réduite. L’institut précise d’ailleurs que, entre 2024 et 2025, la quasi-totalité de la hausse du chômage des 15-24 ans, soit +0,8 point sur +1,0 point, est portée par les jeunes encore en formation initiale, qui représentent environ 36% des actifs de cette tranche d’âge.
Dans le même temps, la population active continue d’augmenter du côté des seniors. L’Insee explique qu’au début de 2026 elle progresserait encore « notamment pour les seniors, sous l’effet de la réforme des retraites de 2023 ». La suspension actée dans le financement de la Sécurité sociale pour 2026 ne freinerait cette dynamique qu’au second semestre. À l’échelle du premier semestre, l’effet reste donc bien orienté à la hausse sur le nombre d’actifs.
La croissance résiste, mais pas assez pour sauver l’emploi
Le paradoxe de la séquence actuelle est là. L’économie française ne s’effondre pas, mais elle ne croît pas assez pour empêcher la remontée du chômage. Dans ce contexte, le marché du travail devient la variable d’ajustement. L’emploi total resterait quasiment stable à mi-2026, avec seulement +13.000 emplois sur un an en fin de période, porté surtout par l’emploi public et l’emploi non salarié, tandis que l’emploi privé hors alternants serait quasi stable et que l’alternance continuerait de se replier.
L’Insee souligne également que la loi pour le plein emploi et l’inscription automatique à France Travail de publics auparavant plus souvent inactifs peuvent accroître, à court terme, le nombre de personnes comptabilisées comme actives. L’institut estime que, après une première année de mise en œuvre en 2025, la contribution des bénéficiaires du RSA et des jeunes inscrits à France Travail serait « légèrement haussière sur le taux de chômage et le taux d’activité, de l’ordre de +20 000 sur un an ». Là encore, la hausse du chômage ne traduit pas uniquement une dégradation conjoncturelle pure : elle reflète aussi un élargissement du nombre de personnes présentes sur le marché du travail.
Le tableau d’ensemble est donc cohérent. D’un côté, les créations d’emplois ralentissent fortement. De l’autre, la population active continue de progresser sous l’effet des jeunes, des seniors et des réformes. Tant que cette équation ne change pas, la remontée du chômage a de fortes chances de se poursuivre.
Points clés
- 7,9% : le taux de chômage au quatrième trimestre 2025.
- 8,1% : le niveau anticipé par l’Insee à mi-2026.
- 60.000 postes privés perdus en 2025.
- 178.000 actifs supplémentaires sur un an au deuxième trimestre 2026, pour seulement 15 000 emplois de plus en glissement annuel.
- 93 points : le climat de l’emploi en février 2026.
