Des vitrines pleines de strass, des pinces fluo, des boucles à deux euros : Claire’s faisait rêver des générations d’adolescentes. Mais derrière les paillettes, une réalité économique brutale rattrape la célèbre enseigne de bijoux fantaisie.
États-Unis, France, Canada : les boutiques Claire’s vacillent dans ses principaux marchés

Une dette immense, des rivales agressives, des boutiques désertées : le modèle Claire’s s’essouffle. Et cette fois, les États-Unis, la France et bientôt le Canada sont tous concernés.
Claire’s : une faillite annoncée aux États-Unis, après une mise sous surveillance judiciaire en France
Le mercredi 6 août 2025, le groupe Claire’s a annoncé le placement sous la protection de la loi américaine sur les faillites, dite « Chapter 11 », de ses activités aux États-Unis ainsi que de plusieurs de ses filiales, notamment celles opérant sous les enseignes Claire’s et Icing. Ce dispositif permet à une entreprise de poursuivre son activité tout en restructurant sa dette sous le contrôle d’un tribunal.
Cette procédure s’étendra également au Canada, selon le communiqué officiel du groupe, sans que le calendrier n’ait été précisé. D’après les documents déposés devant le tribunal du Delaware, Claire’s emploie près de 7 000 personnes aux États-Unis, dont environ 2 000 à temps plein, et y gère un réseau de 1 350 boutiques. Sa dette est estimée entre 1 et 10 milliards de dollars, dont plus de 600 millions arrivent à échéance en 2026.
Le 24 juillet 2025, le tribunal des activités économiques de Paris a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l’encontre de la filiale française du groupe. Cette procédure prévoit une période d’observation de six mois. À l’issue de cette période, les juges décideront s’il est envisageable d’adopter un plan de continuation, avec un éventuel repreneur, ou si une liquidation judiciaire, synonyme d’arrêt définitif, s’impose.
D’après les déclarations à l’AFP de l’avocat des représentants du personnel, les magasins Claire’s en France poursuivent pour l’instant leur activité et les salaires sont maintenus. En Europe et en Amérique du Nord, Claire’s opère plus de 2 750 magasins à son nom, auxquels s’ajoutent 190 points de vente Icing et plus de 300 franchises au Moyen-Orient et en Afrique du Sud.
Dette massive, Amazon et Lovisa : une pression devenue insoutenable
« Une concurrence accrue, les tendances de dépenses des consommateurs et la prise de distance continue avec le commerce de rue, associées à nos obligations actuelles en matière d’endettement et les facteurs macroéconomiques, nécessitent cette mesure », a déclaré Chris Cramer, PDG de Claire’s depuis juin 2024, dans un communiqué publié le 6 août 2025.
Le marché des accessoires pour adolescentes a profondément muté. La montée en puissance de Lovisa, chaîne australienne en forte croissance, et la domination d’Amazon dans le commerce en ligne fragilisent le modèle Claire’s. Neil Saunders, analyste chez GlobalData, résume ainsi la situation : « La chaîne est submergée par un cocktail de problèmes, à la fois internes et externes, qui rendent sa rentabilité impossible ».
La marque avait déjà tenté de se restructurer en 2018 à travers un précédent recours au Chapter 11, allégeant alors une dette de 2,1 milliards de dollars. Mais l’essoufflement du modèle économique semble aujourd’hui plus profond.
Claire’s assure continuer à explorer des « alternatives stratégiques » avec des partenaires financiers. Mais aucun calendrier ni nom potentiel de repreneur n’a été communiqué. Derrière cette incertitude, un acteur se distingue : la société Elliott Management, désormais premier actionnaire du groupe avec 39,61 % des parts, selon les documents judiciaires déposés.
Le groupe, fondé en 1961 et racheté en 2007 par Apollo Global Management, n’a publié aucun résultat récent audité. Les dernières données disponibles (datant de l’exercice 2021) faisaient état de ventes nettes de 1,39 milliard de dollars et d’un résultat opérationnel entre 273 et 277 millions de dollars.