Crédit Suisse : 470 millions d’euros d’amende pour évasion fiscale massive

Le paysage bancaire suisse est une nouvelle fois secoué par une affaire judiciaire d’envergure. Au centre de l’attention, Credit Suisse, aujourd’hui intégré à UBS, qui se voit contraint de solder un lourd passif fiscal aux États-Unis.

Jade Blachier
By Jade Blachier Published on 6 mai 2025 11h43
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4 milliards de dollarsEn tout, ce sont 475 comptes bancaires, pour une valeur globale estimée à plus de 4 milliards de dollars, qui ont été maintenus dans l’ombre du fisc.

Le 5 mai 2025, la banque suisse a reconnu devant la justice américaine avoir organisé, sur plusieurs années, un système d’évasion fiscale de grande ampleur au bénéfice de centaines de clients fortunés.

L’affaire remonte à une époque où la réputation de la Suisse en matière de confidentialité bancaire constituait un argument de vente autant qu’un écran de fumée. Aujourd’hui, cette culture du secret explose au grand jour, à travers la condamnation spectaculaire de Credit Suisse, absorbée depuis 2023 par son ancien rival UBS. À la clé, une amende salée imposée par le gouvernement américain et un aveu de culpabilité qui remet en cause tout un pan du modèle bancaire helvétique.

Une amende colossale pour solder un passé empoisonné

C’est une décision judiciaire qui marque un tournant : Credit Suisse Services AG, entité héritée du mastodonte bancaire suisse, a accepté de verser 510,6 millions de dollars, soit environ 470 millions d’euros, au Department of Justice (DOJ) des États-Unis. Cette sanction, rendue publique le 5 mai 2025, met un terme à une enquête fiscale qui avait démarré après la signature d’un accord de plaider-coupable conclu en 2014. Un accord que la banque avait pourtant violé à maintes reprises.

Selon les procureurs américains, la banque a sciemment aidé des centaines de contribuables américains à échapper à leurs obligations fiscales. En tout, ce sont 475 comptes bancaires, pour une valeur globale estimée à plus de 4 milliards de dollars, qui ont été maintenus dans l’ombre du fisc. La filiale singapourienne de Credit Suisse a été spécifiquement pointée du doigt pour avoir abrité une partie significative de ces fonds occultés.

Le New York Times rapporte que « la banque a aidé ses clients à échapper à leurs obligations fiscales en ouvrant et en maintenant des comptes offshore non déclarés », tout en offrant des services bancaires spécialisés permettant de masquer l’origine réelle des revenus.

Comment la Suisse a orchestré cette mécanique d’évasion fiscale

Dans le détail, le schéma se scindait en deux branches principales. D’une part, l’antenne suisse de Credit Suisse Services AG a été condamnée pour avoir conspiré à la préparation de déclarations fiscales frauduleuses. Cette entité devra verser 371,9 millions de dollars pour ces faits. D’autre part, un accord de non-poursuite a été conclu concernant les comptes non déclarés ouverts par des clients américains via la filiale de Singapour. Cette seconde transaction coûtera à la banque 138,7 millions de dollars supplémentaires.

Le communiqué officiel de l’établissement, publié sur le site de UBS, précise que ces pratiques ont été mises en place avant le rachat de Credit Suisse en mars 2023. UBS, qui a depuis hérité de la structure, n’était pas impliquée dans les agissements. Elle a néanmoins pris la responsabilité de solder ce lourd passif, conformément à sa stratégie de « résolution rapide et équilibrée des litiges hérités », selon ses propres termes.

UBS : le pompier de fortune dans un champ de ruines fiscales

La fusion entre UBS et Credit Suisse, intervenue à la suite d’une série de crises internes et de scandales, devait symboliser un nouveau départ pour la finance suisse. Elle s’est transformée en opération de déminage. UBS, bien qu’étrangère aux délits, s’est vu contrainte de mobiliser des fonds pour faire face à l’amende. L’institution avait anticipé les retombées et provisionné des montants lors de l’acquisition, ce qui limitera l’impact comptable sur ses résultats du deuxième trimestre 2025.

La direction de la banque déclare, dans un ton sobre mais révélateur, que « cette résolution marque un pas de plus dans notre volonté de solder les affaires du passé ». Le choix des mots est révélateur : il ne s’agit plus de défendre une marque, mais d’éteindre un incendie.

Le contraste est saisissant avec les ambitions affichées lors du rachat, où UBS promettait une intégration fluide et maîtrisée. Désormais, elle doit assumer des décisions prises sous l’ancienne gouvernance de Credit Suisse, minée depuis plus d’une décennie par des pratiques douteuses, notamment dans la gestion d’un fonds spéculatif, Archegos Capital Management, qui avait déjà coûté à la banque 5,5 milliards de dollars en 2021.

La Suisse bancaire forcée de sortir de l’ombre

Ce scandale dépasse de loin la seule responsabilité d’une institution. Il incarne la fin d’une ère, celle d’une Suisse où les coffres-forts servaient de sanctuaires à l’évasion fiscale. Les États-Unis, avec cette décision judiciaire, envoient un message clair : le secret bancaire n’est plus un refuge viable.

Le secteur bancaire international, en particulier les établissements opérant avec des clients transnationaux, devra renforcer considérablement ses procédures de conformité. Cette affaire, selon les analystes de Finimize, pourrait aussi influencer la perception des marchés vis-à-vis de la place financière suisse, jadis vantée pour sa discrétion, aujourd’hui dénoncée pour sa complicité.

En Europe, le silence reste assourdissant. Aucun régulateur n’a, pour l’heure, pris la parole pour saluer ou imiter l’action des autorités américaines.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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