Souveraineté : pourquoi les dirigeants d’entreprise tirent la sonnette d’alarme

La souveraineté économique s’impose aujourd’hui comme un sujet de préoccupation majeur pour les dirigeants d’entreprise. Longtemps cantonnée aux débats politiques, la souveraineté est désormais perçue par les patrons comme une réalité concrète, qui pèse directement sur leur activité, leurs choix d’investissement et leur capacité de croissance. Le Baromètre de la Souveraineté 2026 met en lumière une inquiétude diffuse mais prégnante, partagée par l’ensemble du tissu productif français.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 4 février 2026 8h04
Souveraineté : pourquoi les dirigeants d’entreprise tirent la sonnette d’alarme
Souveraineté : pourquoi les dirigeants d’entreprise tirent la sonnette d’alarme - © Economie Matin
87%87% des dirigeants d'entreprise estiment que la compétitivité de la France ne progresse pas.

Matières premières, composants, biens d’équipement, R&D, données... : la souveraineté se perd sur tous les fronts

Premier constat : la perte de souveraineté ne se limite plus à un secteur ou à une catégorie d’entreprises. Selon ce sondage OpinionWay pour le groupe de conseil Cubik, mené auprès de 501 dirigeants, toutes les tailles d’entreprises sont concernées, des PME aux grands groupes, les ressources jugées critiques se sont multipliées. Aux matières premières se sont ajoutés les composants, les biens d’équipement, la recherche et développement et, désormais, les données. Cette extension du champ de la souveraineté traduit une transformation profonde des dépendances économiques, qui touchent l’ensemble du tissu productif.

Pour les dirigeants, cette perte de souveraineté se manifeste d’abord par une dépendance accrue à l’étranger. Les chaînes d’approvisionnement restent fragiles, exposées aux tensions géopolitiques et aux arbitrages internationaux. Le solde net d’ouvertures et de fermetures d’usines en France est redevenu négatif, illustrant une difficulté persistante à maintenir des capacités de production sur le territoire. Dans le même temps, les investissements industriels se concentrent majoritairement hors d’Europe, notamment en Asie et en Amérique du Nord, ce qui alimente le sentiment d’un décrochage progressif.

Cette situation a des conséquences directes sur la stratégie des patrons. Un tiers des dirigeants estime que le manque de souveraineté impacte directement la capacité de croissance de leur entreprise. Pour beaucoup, cette contrainte ne relève pas uniquement de facteurs extérieurs, mais aussi de l’environnement national. L’instabilité fiscale et réglementaire est perçue comme un frein durable à l’investissement. Elle limite la visibilité à long terme et réduit la marge de manœuvre stratégique, affaiblissant ainsi la souveraineté décisionnelle des dirigeants.

La compétitivité insuffisante de la France à l'international inquiète les patrons

La question de l’énergie illustre également cette perte de souveraineté. Même si les risques immédiats de pénurie se sont atténués, près des deux tiers des dirigeants restent préoccupés par l’impact de l’énergie sur leurs coûts de production. Cette dépendance énergétique, combinée à des règles contraignantes, pèse sur la compétitivité du tissu productif français. Elle renforce l’idée que la souveraineté ne se joue pas seulement sur la capacité à produire, mais aussi sur la maîtrise des conditions économiques de cette production.

Autre manifestation marquante : le recul perçu de la compétitivité française sur la scène internationale. Près de neuf dirigeants sur dix estiment que la France ne progresse pas face aux États-Unis et à la Chine. Ce constat est d’autant plus préoccupant qu’il s’appuie sur des indicateurs comme le retard en matière de robotisation industrielle. Pour les dirigeants, cette situation traduit une souveraineté affaiblie, incapable de soutenir durablement la performance du tissu productif face à des concurrents mieux armés.

Souveraineté économique : les patrons sont conscients de leur rôle

Enfin, de nouveaux champs de souveraineté émergent et élargissent encore le débat. La souveraineté alimentaire est désormais citée comme un enjeu critique par une part croissante de dirigeants. Cette évolution marque une rupture symbolique dans un pays historiquement excédentaire sur le plan agricole. Parallèlement, les ressources immatérielles, comme les données et l’intelligence artificielle, s’imposent progressivement dans les préoccupations des dirigeants, en particulier dans les entreprises de taille intermédiaire et les grands groupes.

Face à ce constat, les patrons ne se résignent pas. L’enquête montre qu’ils privilégient l’innovation et l’amélioration de la performance opérationnelle pour regagner en souveraineté. Cette stratégie traduit une volonté d’agir malgré un contexte contraint. Elle révèle aussi une conviction largement partagée : la souveraineté économique ne se décrète pas, elle se construit, au quotidien, dans les choix d’investissement, de ressources et d’organisation du tissu productif.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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