La biodiversité n’est plus un sujet périphérique pour les entreprises. Selon l’IPBES, sa destruction rapide expose désormais l’économie mondiale à des risques majeurs. Chaînes d’approvisionnement fragilisées, coûts en hausse, croissance menacée : la biodiversité devient un facteur central de vulnérabilité pour les modèles économiques.
Croissance : détruire la biodiversité menace les entreprises

Le 9 février 2026, à Manchester, l’IPBES a publié un rapport inédit consacré aux liens entre biodiversité et entreprises. Cette évaluation scientifique marque un tournant. Pour la première fois, la biodiversité est analysée comme un risque économique systémique.
La destruction de la biodiversité menace les entreprises
Créée pour éclairer les décisions publiques, IPBES s’est imposée comme une référence mondiale sur l’état de la biodiversité. Dans son rapport « Business and Biodiversity Assessment » publié le 9 février 2026, la plateforme rappelle un constat fondamental : toutes les entreprises dépendent directement ou indirectement de la biodiversité. Matières premières, pollinisation, qualité de l’eau ou régulation du climat conditionnent l’activité économique.
Cependant, la destruction accélérée de la biodiversité transforme cette dépendance en vulnérabilité. Le rapport souligne que la perte d’écosystèmes affecte déjà la productivité, la stabilité des chaînes d’approvisionnement et la sécurité des investissements. Selon Reuters, l’IPBES considère désormais la biodiversité comme un risque systémique pour l’économie mondiale, au même titre que les crises financières ou énergétiques.
Cette alerte repose sur un travail scientifique massif. Soixante-dix-neuf experts issus de trente-cinq pays ont contribué pendant trois ans à l’évaluation, approuvée par plus de 150 gouvernements. Pour l’IPBES, la biodiversité n’est donc plus un enjeu abstrait : elle conditionne la capacité des entreprises à maintenir leur croissance et leur compétitivité.
Destruction de la biodiversité : quelles conséquences économiques pour les entreprises ?
La destruction de la biodiversité entraîne des conséquences économiques concrètes. Le rapport IPBES détaille comment l’érosion des écosystèmes augmente les coûts de production, raréfie certaines ressources et expose les entreprises à des chocs imprévisibles. Un risque tel que, selon Franceinfo, la perte de biodiversité figure désormais parmi les menaces les plus graves pour la pérennité des entreprises, tous secteurs confondus.
L’IPBES insiste sur un déséquilibre majeur : les flux financiers favorisent encore largement des activités destructrices. Selon la JNCC, en 2023, environ 7 300 milliards d’euros ont été dirigés vers des activités nuisibles à la nature, contre seulement 220 milliards d’euros consacrés à la conservation et à la restauration. Ce décalage fragilise l’économie à long terme, en accentuant la destruction de la biodiversité dont dépendent les entreprises.
Pour Eva Zabey, directrice générale de Business for Nature, « la perte de biodiversité est désormais un risque systémique pour l’économie mondiale et pour les entreprises elles-mêmes ». Cette analyse est partagée par de nombreux scientifiques, qui estiment que l’inaction accentuera les pertes financières, les ruptures d’approvisionnement et les tensions sur la croissance.
Mesurer, anticiper, transformer : les risques stratégiques pour les entreprises face à la biodiversité
Face à ces constats, l’IPBES pointe une faiblesse structurelle : la majorité des entreprises ne mesurent pas leurs impacts sur la biodiversité. Selon Watson, moins de 1 % des entreprises cotées publient aujourd’hui des informations détaillées sur leurs dépendances et leurs effets sur les écosystèmes. Cette absence de données empêche d’anticiper les risques et d’adapter les stratégies économiques.
Le rapport souligne également un manque d’incitations économiques. Les règles actuelles favorisent encore la destruction de la biodiversité, au détriment d’une croissance durable. Pour l’IPBES, cette situation expose les entreprises à des chocs réglementaires, financiers et réputationnels. Les scientifiques alertent donc sur un risque d’« extinction économique » pour les modèles d’affaires incapables d’intégrer la biodiversité dans leurs décisions.
Enfin, l’IPBES appelle à une transformation profonde des pratiques. Les entreprises sont invitées à analyser l’ensemble de leurs chaînes de valeur, y compris les impacts indirects sur la biodiversité. « Les entreprises peuvent soit conduire un changement transformateur, soit risquer leur disparition », souligne le rapport. La biodiversité devient ainsi un indicateur clé de résilience économique, au même titre que la rentabilité ou la solvabilité.
