Le spectre de la récession s'éloigne, la Banque de France retrouve un peu d'optimisme. Bonne nouvelle ? Oui. Suffisante ? Absolument pas. Car quand l'économie française respire enfin, l'État continue de dépenser comme si l'oxygène était illimité.
La bonne nouvelle ne règle rien
La Banque de France revoit légèrement ses prévisions à la hausse pour le deuxième trimestre 2026. Les marchés soufflent. Les ministres sourient. Et déjà, on entend pointer la tentation classique : celle de croire que la croissance va résoudre d'elle-même ce que des années d'inaction ont aggravé.
Rappelons les faits. La France porte une dette de 3 460 milliards d'euros. Chaque point de croissance supplémentaire génère environ 25 milliards de recettes fiscales supplémentaires — ce qui ne comble même pas les intérêts annuels de la dette, désormais proches de 60 milliards d'euros par an. Dit autrement : on rame plus vite, mais la barque prend toujours l'eau.
Imaginez un ménage surendetté qui reçoit une prime. Deux options : rembourser, ou repartir dépenser. La France choisit systématiquement la deuxième. Les périodes de croissance n'ont jamais été utilisées pour assainir les comptes. Ni dans les années 2000, ni entre 2015 et 2019. Pourquoi 2026 ferait-il exception ?
La vraie question n'est pas "est-ce qu'on va mieux ?" mais "qu'est-ce qu'on fait quand on va mieux ?" Et là, le silence politique est assourdissant.
Ce que font les pays sérieux
Regardons ce qui se passe chez nos voisins. L'Allemagne, après des années de rigueur constitutionnelle imposée par son "frein à la dette", investit aujourd'hui de manière ciblée dans l'infrastructure et la défense — mais depuis une position de force. La Suède, après la crise des années 1990, a taillé dans ses dépenses courantes de 10 points de PIB en une décennie. Résultat : une économie compétitive, un État efficace, une dette maîtrisée.
Le Danemark a réformé sa fonction publique en profondeur : contractualisation, évaluation des performances, mobilité imposée. Il compte aujourd'hui parmi les États les plus efficaces au monde — et parmi les mieux classés en termes de qualité de service public.
La France, elle, emploie 5,7 millions de fonctionnaires — soit 20 % de la population active. Elle consacre 13 % de son PIB aux seules rémunérations publiques, contre 10 % en moyenne en Europe. Ce n'est pas un modèle social. C'est une anomalie statistique qui coûte chaque année des dizaines de milliards que l'État n'a pas.
On peut se demander : si la dépense publique française était simplement ramenée à la moyenne européenne, ce sont 120 milliards d'euros qui seraient libérés chaque année. L'équivalent de la suppression totale de l'impôt sur le revenu, deux fois.
Une fenêtre qui ne restera pas ouverte longtemps
Les périodes de détente économique sont rares. Elles créent un espace politique pour agir sans provoquer de choc brutal. C'est précisément maintenant — quand la croissance revient, quand les marchés se calment — qu'il faut engager les réformes structurelles que la France reporte depuis trente ans.
Réduire les effectifs publics par non-remplacement des départs. Évaluer systématiquement toutes les niches fiscales. Supprimer les doublons entre les 36 000 communes, les départements, les régions et l'État central. Simplifier les 400 000 normes qui étranglent les entreprises et découragent l'investissement.
Force est de constater que chaque embellie économique passée a été gâchée. La prochaine récession sera d'autant plus brutale qu'on aura raté cette occasion.
La croissance qui revient n'est pas un billet de loterie à encaisser. C'est une chance à saisir pour construire enfin un État à la hauteur de ses ambitions — et de ses moyens réels.
