The Lancet Countdown : 710 000 morts, 1 000 milliards perdus en 2023

The Lancet Countdown révèle que 710 000 personnes sont mortes de chaleur en 2023, un record qui illustre une crise économique autant que sanitaire. Pertes de productivité, coûts de santé publique explosifs et inégalités économiques croissantes : le rapport publié ce 28 octobre 2026 appelle à reconnaître le changement climatique comme urgence sanitaire mondiale avant la COP31.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 28 octobre 2026 14h11
Réchauffement climatique : l’année 2024 marque le début de la fin de la Terre
Réchauffement climatique : l’année 2024 marque le début de la fin de la Terre - © Economie Matin
3,9%L'Asie du Sud-Est et l'Afrique perdent respectivement 3,9 % et 3,2 % de leur PIB annuel à cause des impacts climatiques

La chaleur a tué 710 000 personnes en 2023, selon le rapport The Lancet Countdown publié ce mardi 28 octobre 2026. Un record absolu qui dépasse largement le bilan humain, car derrière chaque décès se cachent des pertes de productivité, des coûts de santé publique et des inégalités économiques criantes. En huit ans, depuis l'accord de Paris de 2016, près de 3 millions de personnes ont succombé aux températures extrêmes, soit l'équivalent de la population du Pays de Galles. Les 146 chercheurs de 30 pays à l'origine de ce dixième rapport alertent : le changement climatique n'est plus seulement une urgence sanitaire, c'est une crise économique majeure qui frappe déjà les budgets nationaux et les revenus des ménages.

Un bilan humain record : 710 000 décès en 2023

Le chiffre de 710 000 décès liés à la chaleur en 2023 représente une hausse de 36 % par rapport à la décennie précédant l'accord de Paris. Plus de 70 % de ces morts sont directement attribuables au changement climatique d'origine humaine, précise le rapport publié par The Lancet Countdown. Entre 2016 et 2023, la mortalité thermique a progressé chaque année, transformant les vagues de chaleur en véritable fléau sanitaire mondial.

Comme le souligne le professeur Ollie Jay, chercheur au centre de recherche sur la chaleur et la santé de l'Université de Sydney : « Le nombre de morts liés à la chaleur est de trois millions en seulement huit ans, c'est l'équivalent de la population du Pays de Galles qui a disparu à cause de la chaleur. » Au-delà du drame humain, chaque décès prématuré pèse sur les économies nationales. La perte d'années de vie active réduit la force de travail disponible, tandis que les systèmes de santé voient leurs budgets exploser pour traiter les urgences liées aux températures extrêmes.

La pollution aux combustibles fossiles : 2,73 millions de morts annuels et pertes de productivité

La pollution atmosphérique générée par les énergies fossiles cause 2,73 millions de décès par an dans le monde. Les particules fines et les oxydes d'azote provoquent cancers, maladies cardiovasculaires et respiratoires, entraînant des coûts directs et indirects considérables. Les dépenses de santé s'alourdissent, les arrêts maladie se multiplient, et la productivité globale s'effondre dans les régions les plus touchées.

Selon les données compilées par Le Monde, la France perd chaque année 79 millions d'heures de travail potentielles à cause de l'exposition aux chaleurs extrêmes. Les secteurs de la construction, de l'agriculture et de la logistique subissent les impacts les plus lourds. Les travailleurs en extérieur voient leur rendement chuter dès que les températures dépassent 30 °C, avec des conséquences directes sur la croissance économique nationale.

Les inégalités économiques face aux risques climatiques

L'Asie du Sud-Est et l'Afrique perdent respectivement 3,9 % et 3,2 % de leur PIB annuel à cause des impacts climatiques, alors que les pays riches investissent massivement dans l'adaptation. Pourtant, 84 % des fonds de recherche sur le climat et la santé sont alloués aux nations développées, laissant les régions les plus vulnérables sans moyens suffisants pour anticiper et gérer les crises. En Inde, par exemple, les pertes économiques liées à la chaleur menacent directement la stabilité financière de millions de foyers ruraux.

La professeure Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown, alerte : « Nous sommes dans une situation très critique, nous n'avons pas réussi à nous adapter au changement climatique et nous voyons les atteintes à la santé augmenter, faisant du changement climatique une très grave urgence mondiale de santé. » Les inégalités se creusent entre ceux qui peuvent s'offrir climatisation, logements isolés et accès aux soins, et ceux qui subissent de plein fouet la montée des températures sans protection.

France : 9 jours de canicule supplémentaires par an pour les populations fragiles

En France, les enfants de moins d'un an et les adultes de plus de 65 ans ont été exposés en moyenne à 9 jours de canicule supplémentaires par an entre 2016 et 2025. Les populations les plus fragiles, souvent à revenus modestes, vivent dans des logements mal isolés et ne disposent pas toujours de moyens de rafraîchissement adaptés. Les conséquences économiques sont doubles : hausse des dépenses de santé publique et perte de productivité chez les aidants contraints de s'absenter du travail pour prendre soin de leurs proches.

Le rapport propose pour la première fois des bilans par pays des effets du réchauffement climatique sur la santé, permettant d'évaluer précisément les coûts nationaux. Pour la France, cela signifie des investissements massifs à prévoir dans la rénovation thermique, les infrastructures de santé et les systèmes d'alerte précoce.

Les investissements en énergie propre ne suffisent pas

Insuffisance des progrès malgré les engagements post-Paris

Les investissements mondiaux en énergie propre ont atteint 2.100 milliards de dollars en 2025, soit le double des montants consacrés aux combustibles fossiles. Pourtant, les énergies carbonées représentent encore 80 % du mix énergétique mondial. La transition énergétique avance trop lentement pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre et limiter les impacts sanitaires.

Comme le rappelle le Straits Times, le Dr Diarmid Campbell-Lendrum, responsable de l'unité Changement climatique, qualité de l'air et santé à l'OMS, déclare : « Le changement climatique nuit déjà à la santé dans toutes les régions du monde, et les preuves montrent que nombre de ces impacts s'accélèrent. » Les profits tirés des énergies fossiles continuent de financer des infrastructures polluantes, retardant la décarbonation nécessaire.

Quel prix pour adapter les systèmes de santé ? 56 États seulement ont agi

Seulement 56 des 194 États membres de l'OMS ont adapté leurs systèmes de santé et d'alerte précoce depuis 2016. Les autres nations, souvent les plus pauvres, manquent de ressources pour déployer des infrastructures résilientes face aux vagues de chaleur, aux sécheresses et aux maladies émergentes liées au climat. Le coût de l'inaction dépasse largement celui de l'adaptation : chaque euro investi dans la prévention en économise plusieurs en soins d'urgence et en pertes économiques.

Le rapport The Lancet Countdown est publié quelques jours avant la COP31, qui se tiendra du 9 au 20 novembre 2026. Les scientifiques appellent à reconnaître formellement le changement climatique comme une urgence sanitaire mondiale, ce qui permettrait de mobiliser des financements internationaux comparables à ceux déployés lors des pandémies. Sans action rapide, les pertes économiques et humaines continueront de s'aggraver, menaçant la stabilité des économies nationales et la prospérité des générations futures.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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