Décès liés au tabac : les nouveaux chiffres qui inquiètent

En 2023, plus de 68.000 décès prématurés et évitables sont attribuables au tabac en France, soit 11% de l’ensemble des décès. Derrière ce total, des écarts nets selon le sexe, les maladies en cause… et les régions.

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By Aurélie Giraud Published on 17 février 2026 10h46
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En 2023, le tabac a provoqué plus de 68.000 décès prématurés en France. - © Economie Matin
10,9%Part de l’ensemble des décès enregistrés en France en 2023 attribuables au tabagisme.

La dernière mise à jour de Santé publique France, publiée le 16 février 2026, dresse un état des lieux précis des décès attribuables au tabac pour l’année 2023. L’analyse, fondée sur les données de mortalité du Système national des données de santé (SNDS) et des méthodes épidémiologiques actualisées, confirme une tendance contrastée : une baisse globale par rapport à 2015, mais des évolutions différenciées entre hommes et femmes et de fortes inégalités territoriales.

Tabac : 68.021 décès en 2023, dont 57% liés au cancer

En 2023, le nombre estimé de décès prématurés en France attribuables au tabac s’élevait à 68.021 (IC95% = [64 135 – 73 503]), ce qui représentait 10,9% du total des décès enregistrés. L’« IC95% » correspond à un intervalle de confiance à 95%. Concrètement, cela signifie que les épidémiologistes estiment que le nombre réel de décès liés au tabac a 95% de probabilités de se situer entre 64.135 et 73.503. Le chiffre de 68.021 constitue l’estimation centrale. Soient «Plus de 68.000 décès prématurés et évitables. » affirme Santé publique France.

Le cancer demeure la première cause de mortalité liée au tabac. Sur les 68.021 décès attribuables, 38.732 sont dus à un cancer, soit 57% des décès estimés et 22,4% de l’ensemble des décès par cancers.

Les pathologies cardiovasculaires arrivent ensuite avec 14.101 décès attribuables, suivies des maladies respiratoires chroniques (12.798 décès). Fait marquant : le tabac est responsable de 35% des décès liés aux maladies respiratoires chroniques.

Comme le précise l’agence sanitaire : « Le cancer est la principale cause des décès attribuables au tabagisme avec 57% des décès estimés. »

Décès : un écart toujours marqué entre les hommes et les femmes

La répartition par sexe met en lumière un déséquilibre persistant. En 2023, le tabac est à l’origine de 49.361 décès chez les hommes, soit 15,9% de l’ensemble des décès masculins, contre 18.660 décès chez les femmes, correspondant à 5,9% du total des décès féminins. Autrement dit, près des trois quarts des décès attribuables au tabagisme concernent encore des hommes.

Toutefois, la dynamique diffère selon le sexe. Par rapport aux estimations de 2015 (75.000 décès et 13% du total des décès), la mortalité attribuable au tabac recule globalement. Cette baisse s’explique en partie par la diminution du fardeau du tabagisme dans la population, en lien avec l’effacement des générations ayant historiquement le plus fumé.

Mais chez les femmes, la tendance est plus préoccupante. À méthode d’estimation identique, la mortalité liée au tabagisme chez les femmes est toujours en hausse par rapport à 2015. Cette évolution reflète la convergence progressive des comportements tabagiques entre hommes et femmes observée depuis plusieurs décennies.

Régions : des inégalités territoriales persistantes

Au-delà de la moyenne nationale, les disparités régionales sont marquées. « Les Hauts-de-France, le Grand Est et la Corse sont les régions françaises qui présentent le fardeau le plus lourd en termes de mortalité attribuable au tabagisme. » indique Santé publique France. Les Hauts-de-France, le Grand Est et la Corse affichent en effet les taux standardisés les plus élevés de décès attribuables au tabac. Les taux atteignent respectivement 127, 117 et 116 décès pour 100.000 habitants.

À l’inverse, l’Île-de-France présente le taux standardisé le plus faible parmi les régions hexagonales, avec 83,4 décès pour 100.000 habitants.

En outre-mer, la situation est contrastée : les Antilles et la Guyane affichent une part de décès attribuables inférieure à 5%, tandis que La Réunion se rapproche des niveaux observés en métropole.

Ces écarts traduisent à la fois des différences historiques de prévalence du tabagisme, des contextes socio-économiques distincts et des inégalités d’accès à la prévention et aux soins.

Une méthode actualisée pour mieux mesurer l’impact du tabac

Ces estimations reposent sur une méthode dite de « fraction attribuable », qui vise à évaluer la part des décès qui n’auraient pas eu lieu en l’absence de tabagisme. Le calcul s’appuie notamment sur la mortalité par cancer du poumon, utilisée comme indicateur indirect de l’exposition cumulée au tabac.

Santé publique France précise que les estimations sont désormais fondées sur des cohortes nord-américaines plus récentes, incluant des données spécifiques aux femmes. Cette mise à jour méthodologique a conduit à réviser certains paramètres, notamment les risques relatifs de décès par cancer du poumon chez les fumeuses.

Au-delà des débats techniques, le constat demeure sans appel : le tabac reste en France « une cause majeure de mortalité prématurée et évitable ». Malgré la baisse par rapport à 2015, les 68.000 décès annuels rappellent que l’objectif d’une génération sans tabac reste un défi de santé publique majeur, à l’approche de l’échéance 2027 du Programme national de lutte contre le tabac.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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