Déficit commercial : la France réduit mais n’efface pas son déséquilibre

Malgré un recul notable en 2024, le déficit commercial de la France s’enracine. En dépit de la hausse des droits de douane, l’équilibre commercial reste hors de portée. L’aéronautique soutient l’export, mais l’agroalimentaire inquiète. Pourquoi cette impasse ? Analyse.

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By Rédaction Published on 6 février 2026 11h17
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Déficit commercial : la France réduit mais n’efface pas son déséquilibre - © Economie Matin

Un recul du déficit commercial, mais pas un redressement

Le 6 février 2026, la Direction générale des douanes a publié les résultats officiels du commerce extérieur français pour l’année 2024. Le déficit s’élève à 81 milliards d’euros, contre 99,6 milliards en 2023, soit une amélioration de 19,1 milliards selon les chiffres du ministère de l’Économie. Si cette réduction constitue une bouffée d’oxygène, elle n’efface pas l’ancrage structurel du déséquilibre.

En réalité, cette amélioration tient principalement à une baisse de la facture énergétique, en recul après l’inflation record de 2022–2023. Hors énergie et matériel militaire, le solde reste largement négatif, avec –44,6 milliards d’euros en 2024. Le déficit reste ainsi un marqueur récurrent de l’économie française.

D’après CNEWS, ce déficit, bien qu’atténué, constitue encore « une première en 50 ans par son ampleur cumulée ». Sur le plan politique comme économique, il reste le révélateur d’un déséquilibre profond dans la structure des échanges, encore aggravé par des failles sectorielles.

L’effet paradoxal des droits de douane : protection sans effet de levier

Depuis juillet 2025, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 15 % sur plusieurs catégories de produits français, notamment les spiritueux, les cosmétiques et les équipements industriels. Cette mesure, prise en représailles d’un litige commercial, devait selon certains observateurs freiner les exportations et accentuer le déficit. Pourtant, l’effet immédiat ne s’est pas fait sentir dans les chiffres globaux.

Si le déficit commercial global s’est réduit malgré cette hausse des droits de douane, c’est essentiellement en raison de facteurs conjoncturels : baisse des prix du gaz, redémarrage du secteur aéronautique, et modération des importations chinoises. Mais le tableau reste contrasté. Le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé, souligne que « la part de la France à l’export dans le monde baisse, mais surtout nos importations augmentent ».

En effet, la hausse des tarifs douaniers n’a pas entraîné de relocalisation industrielle significative. Les entreprises ont surtout absorbé le choc ou répercuté les coûts, sans changement de paradigme. Ce paradoxe révèle une forme d’imperméabilité du déficit aux outils classiques de protectionnisme, notamment en contexte de chaînes de valeur mondialisées.

L’agroalimentaire : la faille inattendue du commerce extérieur

Le secteur agroalimentaire, historiquement excédentaire, a connu une dégradation brutale. Pour la première fois depuis 1978, la France devrait enregistrer un déficit commercial agroalimentaire sur l’année 2025. Les données cumulées entre septembre 2024 et septembre 2025 font apparaître un solde négatif de 158 millions d’euros, selon les chiffres relayés par l’Info Durable.

Ce retournement de situation suscite de vives inquiétudes dans les filières agricoles. Un expert cité par Terre-net évoque « un choc terrible de voir que notre commerce extérieur s’effiloche de mois en mois ». Cette détérioration sectorielle résulte d’un double phénomène : une poussée des importations (notamment en fruits et légumes), et une baisse de compétitivité de l’offre française.

À cette évolution s’ajoute la perte de certains marchés à l’export, notamment en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est, où la concurrence espagnole, néerlandaise et turque s’intensifie. Le déficit du secteur agricole ne représente certes qu’une fraction du solde total, mais il illustre une rupture symbolique. Le commerce extérieur français, déjà déficitaire dans les biens industriels, l’est désormais dans un secteur historiquement pilier de son excédent.

Une dépendance persistante aux importations européennes et asiatiques

Malgré les efforts pour diversifier les partenaires commerciaux, la France reste structurellement déficitaire vis‑à‑vis de l’Allemagne, de la Chine, et d’autres pays européens. Selon les données analysées par l’iFRAP, ces partenaires cumulent une large part du déséquilibre commercial national.

Les importations en provenance de Chine demeurent massives, portées par l’électronique, les textiles, et une partie des biens intermédiaires. Côté Allemagne, les échanges restent déséquilibrés au profit de nos voisins, en particulier sur les machines-outils, les véhicules et les produits chimiques.

Les tentatives françaises de réduire cette dépendance commerciale via des plans de réindustrialisation peinent à infléchir la tendance. L’amélioration conjoncturelle observée en 2024 n’a pas encore produit d’effet structurel. Le déficit s’obstine, insensible aux chocs externes comme aux ajustements internes.

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