La France pourrait revenir sous les 3% de déficit d'ici 2030, à condition de geler ses dépenses pendant plusieurs années consécutives. Une bonne nouvelle ? Pas vraiment. Quand le remède consiste à ne rien faire plutôt qu'à vraiment réformer, on n'est pas sorti de l'auberge.
2030
L'année à laquelle la France pourrait, peut-être, repasser sous le seuil des 3% de déficit — si tout se passe bien et si les politiques résistent à la tentation de dépenser.
L'art français de confondre effort et immobilisme
Force est de constater que la France excelle dans un sport bien particulier : annoncer des efforts budgétaires sans jamais vraiment réformer quoi que ce soit. La dernière trouvaille en date mérite qu'on s'y attarde. Selon les calculs relayés par Le Figaro, notre pays pourrait revenir sous les 3% de déficit public d'ici 2030 en enchaînant plusieurs "années blanches" — comprenez : en gelant les dépenses habituellement indexées sur l'inflation.
Voilà donc le grand plan. Ne pas augmenter certaines dépenses aussi vite que les prix. C'est ça, l'ambition budgétaire française en 2026. Pas de suppression de niches fiscales absurdes. Pas de réduction du millefeuille administratif. Pas de fusion d'agences publiques redondantes. Non : juste freiner un peu la croissance de la dépense. Pendant que l'Allemagne restructure son modèle industriel, que la Suisse affiche des excédents budgétaires structurels et que les Pays-Bas maintiennent leur dette sous les 50% du PIB, la France, elle, se félicite à l'avance de ne pas creuser davantage le trou.
Je veux bien qu'on célèbre chaque petit pas. Mais appelons les choses par leur nom : un gel partiel des dépenses n'est pas une réforme. C'est une rustine sur une hémorragie.
Croissance en trompe-l'œil, seniors en surnombre
Ce jeudi, l'INSEE dévoile les chiffres de croissance du deuxième trimestre. La Banque de France pronostiquait un "regain temporaire" après le recul du premier trimestre. Temporaire : le mot est lâché. On ne parle pas d'un rebond structurel, d'une économie qui retrouve des fondamentaux solides. On parle d'un sursaut, probablement lié à quelques effets de rattrapage, avant un retour à la réalité d'une économie française sous pression.
Et quelle réalité ! Plus de 1,5 million de demandeurs d'emploi de plus de 50 ans sont inscrits à France Travail au second trimestre 2026. Le gouvernement se targue par ailleurs de la progression de l'emploi des seniors, et il est vrai que le taux d'emploi des 60-64 ans a quadruplé depuis 2001 — en partie grâce à la réforme des retraites. Mais derrière ce chiffre encourageant se cache une réalité beaucoup plus sombre : les 50-59 ans, eux, restent massivement exclus du marché du travail. Trop vieux pour être embauchés, trop jeunes pour partir à la retraite. La zone grise française, comme l'appelle La Tribune, est béante.
Quand réformer devient un gros mot
Je pense que nous avons collectivement accepté une idée dangereuse : celle que la France ne peut pas faire autrement. Que nos rigidités sont une fatalité. Que la complexité de notre code du travail, nos 47 régimes de retraite différents, nos 1 200 taxes recensées par Bercy sont des acquis intouchables.
Les indemnités journalières pour accidents du travail sont aujourd'hui dans le viseur du gouvernement, qui cherche 800 millions d'euros d'économies supplémentaires de ce côté-là. Soit. Mais avant de fiscaliser davantage les Français qui se blessent au travail, ne serait-il pas plus raisonnable de chercher ces économies dans le fonctionnement de l'État lui-même ?
La vraie question que personne ne veut poser : à force d'années blanches et de rustines, quel héritage allons-nous laisser à nos enfants — sinon une dette monumentale et une économie à bout de souffle ?

