Dérivés de la kétamine : l’ANSM alerte et les classe au rang des stupéfiants

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By Jehanne Duplaa Published on 5 août 2025 16h48
Dérivés de la kétamine : l’ANSM alerte et les classe au rang des stupéfiants
Dérivés de la kétamine : l’ANSM alerte et les classe au rang des stupéfiants - © Economie Matin
66  %66% cas recensés d’intoxication liés à la consommation de kitamine étaient graves

Le 31 juillet 2025, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a officiellement inscrit deux dérivés de la kétamine sur la liste des stupéfiants. L’annonce, rendue publique le 5 août 2025, confirme les craintes des spécialistes en pharmacodépendance : les substances O‑PCE et DCK, jusqu’ici en circulation dans divers circuits parallèles, présentent un danger élevé pour la santé publique. Leur structure chimique et leurs effets neuropsychoactifs en font des analogues inquiétants de la kétamine, déjà connue pour ses usages détournés.

Des substances aux effets comparables à la kétamine

Les deux composés concernés, O‑PCE (ou N‑éthyldeschlorokétamine) et DCK (ou deschlorokétamine), sont des analogues structuraux de la kétamine, un anesthésique dissociatif de la famille des arylcyclohexylamines. Leur usage n’a rien de thérapeutique en France. Pourtant, leur disponibilité sous forme de poudre, cristaux, comprimés ou sprays, et leur consommation par voie orale, nasale, voire rectale, ont été observées à plusieurs reprises.

Leurs effets dissociatifs sont similaires à ceux de la kétamine : hallucinations, perte de contact avec la réalité, confusion mentale. Selon le communiqué officiel de l’ANSM, ces substances sont consommées pour leurs effets psychotropes proches de la kétamine et ont déjà été impliquées dans « plusieurs cas graves d’intoxication, dont des décès, alerte l'agence.

Une vague de cas graves et des décès avérés

L’alerte ne date pas d’hier. Le Centre d’évaluation et d'information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A) de Marseille avait déjà recensé 39 cas d’intoxication liés à ces substances entre 2017 et 2023. Dans le détail : 13 cas concernaient l’O‑PCE, 5 le DCK et 20 le 2‑FDCK, un autre dérivé classé dès août 2024.

Le tableau est inquiétant : 66 % des cas recensés étaient graves. L’enquête nationale DRAMES (Décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances) a identifié 6 décès liés à ces substances entre 2020 et 2023. Les symptômes observés : convulsions, crises d’agitation, délire de persécution, troubles de conscience, malaise brutal. Sud Ouest précise qu’un sevrage brutal peut entraîner des troubles du sommeil, de l’anxiété, voire des complications hépatiques ou urinaires.

Un classement désormais officiel : stupéfiants

Le Comité scientifique permanent des psychotropes, stupéfiants et addictovigilance (CSP-PSAEX) avait recommandé ce classement dès avril 2025. Le 31 juillet, l’ANSM a pris la décision d’ajouter O‑PCE et DCK à l’annexe IV de l’arrêté du 22 février 1990, qui liste les stupéfiants interdits en France.

Selon ce comité, ces substances présentent un risque élevé d’abus, de dépendance et de toxicité, comparable à celui de la kétamine, sans bénéfice médical identifié. Cette mesure permet désormais une interdiction complète de leur production, détention, vente et usage, même à des fins de recherche non encadrée.

Ce classement vient compléter la régulation du 2‑FDCK, classé en août 2024, et met fin à un vide juridique qui favorisait la diffusion clandestine de ces dérivés dans les milieux festifs et sur le dark web.

Des dangers amplifiés par les usages combinés

Le risque est aggravé en cas de polyconsommation. Plusieurs cas étudiés montrent des mélanges avec alcool, benzodiazépines, ou autres produits psychotropes. Ces combinaisons peuvent amplifier la dépression respiratoire ou les troubles neurologiques.

Les professionnels de santé évoquent aussi des effets secondaires durables. En particulier, l’usage chronique de ces substances est suspecté de causer des troubles cognitifs, des atteintes de la vessie similaires à la cystite à la kétamine, voire des dommages hépatiques irréversibles.

Le flou initial sur leur statut juridique a pu favoriser leur diffusion. En les assimilant à des produits « légaux » ou « moins forts » que la kétamine, certains consommateurs ont sous-estimé leur puissance neurotoxique.

Vers un encadrement renforcé des analogues de la kétamine

Ce nouveau classement marque une étape décisive dans la lutte contre les substances psychoactives émergentes. Il illustre la capacité des autorités sanitaires à réagir rapidement, mais aussi la complexité d’un marché en perpétuelle mutation, où chaque interdiction est contournée par l’apparition de nouveaux analogues.

Désormais classés stupéfiants, l’O‑PCE et le DCK entrent dans le périmètre des contrôles douaniers et sanitaires renforcés. Reste à savoir si cette régulation suffira à enrayer leur circulation souterraine.

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