Des inondations aux incendies de forêt, de nouvelles idées émergent pour aider l’Europe à s’adapter aux phénomènes climatiques extrêmes

Paysages capables de résister aux feux de forêt en Espagne, systèmes d’alerte aux inondations au Danemark: partout, chercheurs et communautés locales travaillent de concert pour inventer, tester et déployer des moyens concrets d’adaptation au changement climatique, et partager les méthodes qui fonctionnent par-delà les frontières.

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By EUSEW Published on 14 juin 2026 9h30
Incendies Forets Baisse 40 Dernieres Annees
Des inondations aux incendies de forêt, de nouvelles idées émergent pour aider l’Europe à s’adapter aux phénomènes climatiques extrêmes - © Economie Matin
85%En France, chaque été, plus de 85% des incendies sont traités par les services d'incendie et de secours (SDIS) avant d'avoir atteint 1 hectare

Nombreux sont ceux qui pensent qu'un incendie de forêt dévastateur ne peut laisser dans son sillage que cendres et désolation. Pourtant, le feu qui a parcouru, en 2009, la région espagnole des Hurdes, en Estrémadure, a laissé derrière lui une scène très différente. Au milieu d'un océan de terre calcinée émergeaient çà et là des ilots de verdure où des arbres sains se dressaient encore fièrement, parfaitement intacts.

Vu de loin, on aurait dit que les flammes s'étaient arrêtées à leurs abords. En réalité, il ne s'agissait guère d'une coïncidence.

Fernando Pulido, professeur d'écologie à l'Université d'Estrémadure, a étudié les moyens de ralentir la propagation des incendies de forêt. Il a consacré ses recherches à ce que l'on nomme des «coupe-feu productifs», autrement dit des zones soigneusement conçues où différents types de végétation sont entretenus pour rendre le passage des incendies plus difficile. L'approche adoptée dans la région des Hurdes a bien fonctionné.

«Vous ne pouvez pas lutter contre les incendies uniquement avec des hélicoptères et de l'eau. Il faut d'autres stratégies pour rendre ces mégafeux moins destructeurs», déclare-t-il.

Et l'urgence est réelle. Au cours de l'été 2025, plus de 45 000 hectares ont brûlé en Estrémadure, l'une des régions les plus chaudes d'Espagne et les plus exposées aux incendies de forêt. Selon les projections, la chaleur et la sécheresse sont vouées à s'intensifier.

Plus d'une décennie plus tard, Fernando Pulido s'appuie sur ces premières expériences pour aider les régions vulnérables à se préparer aux effets du changement climatique, dans le cadre d'un vaste projet de recherche de cinq ans financé par l'UE sous le nom de RESIST.

Des territoires différents mais des problèmes identiques?

L'Estrémadure n'est pas la seule région concernée. Dans toute l'Europe, de nombreuses régions sont confrontées à des risques climatiques, certes différents, mais tout aussi urgents. Certaines tentent de faire face aux inondations et aux glissements de terrain, d'autres à la sécheresse, à l'érosion des sols ou aux chaleurs extrêmes. Les chercheurs constatent néanmoins que les solutions mises au point pour lutter contre un risque donné à un endroit peuvent souvent être adaptées ailleurs.

Composée de chercheurs, d'autorités locales et d'entreprises de toute l'Europe, l'équipe du projet RESIST teste et perfectionne plus d'une centaine de solutions d'adaptation au changement climatique, allant des nouvelles technologies à des modes repensés de gestion et d'aménagement du territoire.

L'objectif: réduire les délais et les risques encourus pour faire passer les idées nouvelles du banc d'essai à une utilisation en conditions réelles.

Bien que géographiquement éloignées, de nombreuses régions partagent des conditions environnementales similaires. Ainsi, les terres agricoles exposées aux inondations dans le centre du Danemark ont beaucoup de points communs avec les bassins hydrographiques du sud de la Lettonie, tandis que la chaleur et la sécheresse qui frappent la Catalogne ressemblent aux conditions qui règnent dans certaines parties du sud de l'Italie.

En «jumelant» ces régions liées par des défis climatiques majeurs, les chercheurs et les entreprises vérifient si les solutions développées dans une zone donnée peuvent être transférées à une autre.

«Ces territoires sont confrontés à des défis très variés et ont de multiples besoins», explique Vilija Balionyte-Merle, coordinatrice du projet RESIST au sein de l'organisme de recherche norvégien SINTEF.

«Il faut dialoguer avec les populations locales pour comprendre réellement leurs préoccupations et changer concrètement la donne. Ce n'est qu'au prix de cet échange que vous pouvez ensuite envisager les solutions les plus efficaces et les appliquer aussi bien au niveau local que dans les régions jumelées.»

Des outils numériques pour s'adapter au changement climatique

Dans le centre du Danemark, où les inondations constituent un problème récurrent, les chercheurs et les entreprises conjuguent plusieurs approches pour mieux préparer les territoires.

L'une d'elles consiste à adapter les bâtiments pour qu'ils résistent mieux aux inondations. Grâce à des outils de réalité augmentée, résidents et urbanistes peuvent visualiser les changements envisagés avant leur mise en œuvre, ce qui facilite le travail de planification et favorise l'adhésion du public.

Autre piste explorée: l'alerte précoce. Un réseau de capteurs souterrains est en cours d'installation pour surveiller le niveau des nappes phréatiques, qui sert souvent d'indicateur précoce des inondations. Les données alimentent une application d'alerte rapide qui prévient les autorités et les résidents avant que l'eau ne soit visible à la surface.

Les chercheurs créent également des répliques numériques, ou «jumeaux numériques», des paysages locaux. Ces modèles permettent de tester virtuellement différents scénarios d'inondation, et d'aider ainsi les décideurs à choisir les mesures les plus efficaces avant d'investir dans des infrastructures physiques.

Panoplie d'outils, fruit d'une concertation entre les chercheurs et les utilisateurs finaux, vise à donner plus de temps aux collectivités locales pour agir et atténuer les dommages causés lorsqu'une inondation se produit.

Les solutions développées au Danemark seront ensuite appliquées dans des régions qui subissent les mêmes désagréments, comme Zemgale en Lettonie et Blekinge en Suède.

Travailler avec la nature

Quoi qu'il en soit, toutes les solutions ne reposent pas sur la technologie. En Estrémadure, Fernando Pulido s'attache à remodeler le paysage lui-même.

La région compte de vastes zones forestières dont la mauvaise gestion ou l'état d'abandon les rend particulièrement vulnérables aux incendies. Il faut dire que leur faible valeur économique n'incite guère à les entretenir et à les protéger contre les feux de forêt.

Fernando Pulido et ses collègues travaillent avec les municipalités pour créer le type de coupe-feu productifs qu'il a testé pour la première fois dans la région des Hurdes. Il s'agit de bandes de terres situées à l'intérieur des forêts, dans lesquelles la végétation est gérée grâce à des plantations mixtes composées d'essences indigènes (et non de monocultures telles que l'eucalyptus ou le pin) afin de réduire le risque d'incendie tout en favorisant des activités telles que le pâturage ou la culture de plantes résistantes au feu, comme l'olivier.

Si les terres génèrent des revenus, elles sont plus susceptibles d'être maintenues.

«Toute modification du paysage doit avoir un sens sur le plan économique, sinon elle ne durera pas», déclare Fernando Pulido.

Les autorités locales, les agriculteurs et les entreprises sont étroitement associés à l'élaboration de ces mesures. L'objectif n'est pas seulement de tester de nouvelles approches, mais de veiller à ce qu'elles soient adoptées et maintenues au fil du temps.

«Nous travaillons avec des maires, des associations et des entreprises», précise Fernando Pulido. «Si ces acteurs font partie du processus, les chances qu'ils recourent aux stratégies que nous élaborons actuellement sont plus grandes.»

Ces solutions fondées sur la nature s’ajoutent aux outils technologiques en cours de développement dans d’autres régions. De quoi étoffer la palette d’options proposée aux collectivités locales pour lutter contre les inondations, les incendies de forêt, la sécheresse et les autres risques climatiques auxquels leurs régions sont confrontées.

De l’essai local à l’impact à grande échelle

Le projet s’inscrit dans le cadre d’une dynamique européenne plus large, articulée autour de la mission de l’Union sur l’adaptation au changement climatique, qui vise à aider les régions à faire face aux bouleversements du climat avant la fin de la décennie.

D’ici à 2027, bon nombre des outils en cours d’élaboration, notamment les systèmes d’alerte précoce et les modèles d’aménagement du territoire, devraient être prêts à être utilisés plus largement, même si l’ambition s’étend bien au-delà de la date d’achèvement du projet.

L’objectif n’est pas seulement d’aider les régions directement concernées, mais aussi de créer des solutions susceptibles d’être adoptées ailleurs. Conjuguées les unes aux autres, ces approches pourraient profiter à des millions de personnes à travers toute l’Europe, dès lors qu’elles sont déployées à plus grande échelle et que les régions européennes continuent de bénéficier de la mission de l’Union sur l’adaptation au changement climatique.

«Nous voulons que les outils, les stratégies et les connaissances que nous développons continuent d’aider les communautés à s’adapter aux défis posés par le changement climatique», conclut Vilija Balionyte-Merle.

Cet article a été initialement publié dans Horizon, le magazine de la recherche et de l’innovation de l’Union européenne (en anglais).

** Le projet mentionné dans cet article a bénéficié d’un financement dans le cadre de la mission de l’UE: Adaptation au changement climatique. Les missions de l’Union sont des initiatives financées par l’Union européenne qui mobilisent la recherche, les politiques et les citoyens pour relever les grands défis du monde réel d’ici à 2030.

Pour en savoir plus

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La Semaine européenne de l'énergie durable (EUSEW) est composée d'une série d'activités à travers l'Europe visant à promouvoir une énergie sûre, propre et efficace. Elle réunit des décideurs politiques, des parties prenantes et des citoyens pour atteindre les objectifs climatiques et énergétiques de l'Union de l'énergie. EUSEW revient du 10 au 12 juin 2025 dans un format hybride, à Bruxelles et en ligne. Il comprend une conférence politique de haut niveau, les prix EUSEW et la cinquième Journée européenne de l'énergie pour la jeunesse, ainsi que des opportunités de tisser des liens avec la communauté EUSEW lors de la foire de l'énergie.

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