Le FMI tire la sonnette d’alarme sur l’endettement public mondial, qui pourrait atteindre 100% du PIB planétaire d’ici 2029. Malgré une conjoncture économique favorable avant le conflit en Iran, les États ont échoué à réduire leur dette, créant des risques systémiques sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le FMI alerte : la dette mondiale atteindra bientôt 100% du PIB

La dette publique mondiale s'apprête à franchir un seuil historique d'une portée considérable. Selon les dernières projections du Fonds monétaire international (FMI), l'endettement global pourrait atteindre 100% du produit intérieur brut (PIB) planétaire d'ici 2029, un niveau qui n'avait été observé qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cette perspective alarme les économistes du Fonds, qui dénoncent l'inertie des gouvernements malgré une conjoncture économique relativement favorable avant l'embrasement du conflit iranien.
"L'économie demeurait relativement robuste avant la guerre, et la croissance s'avérait plutôt satisfaisante d'un point de vue mondial. Néanmoins, nous n'avons constaté aucun progrès mesurable pour abaisser déficit et dette", déplore Era Dabla-Norris, directrice adjointe du département des affaires budgétaires du FMI, dans un entretien accordé à l'AFP.
Cinquante années d'escalade inexorable de l'endettement public
Pour saisir pleinement l'ampleur de la situation actuelle, il convient de retracer l'évolution de la dette publique mondiale depuis les années 1970. À cette époque, l'endettement public ne représentait qu'environ 30% du PIB mondial. Les chocs pétroliers des années 1970 et 1980 ont marqué un premier tournant décisif, contraignant les États à s'endetter davantage pour préserver leurs économies.
La décennie 1990 a connu une relative stabilisation autour de 40-50% du PIB mondial, avant que la crise financière de 2008 ne provoque une envolée spectaculaire. Les plans de relance massifs et les mesures de sauvetage bancaire d'urgence ont fait bondir l'endettement public, qui a franchi le cap symbolique des 60% du PIB mondial au début des années 2010.
La pandémie de Covid-19 a constitué un nouveau point d'inflexion majeur. Les mesures de soutien économique exceptionnelles ont propulsé la dette publique mondiale à 94% du PIB en 2025, selon les données du FMI. Cette progression fulgurante illustre une tendance lourde : chaque crise majeure laisse désormais un héritage d'endettement plus élevé qu'auparavant.
Les projections alarmantes du FMI pour la fin de la décennie
Le Fiscal Monitor publié par le FMI dresse un constat sans appel sur les perspectives d'endettement mondial. L'institution de Washington prévoit que la dette publique mondiale atteindra 100% du PIB d'ici 2029 dans le scénario de base. Plus préoccupant encore, Era Dabla-Norris évoque des scénarios plus pessimistes : "En tenant compte du scénario médian de croissance mondiale, le risque de dette mondiale pourrait atteindre 116% du PIB, et même 120% dans le pire des cas".
Cette trajectoire place l'humanité face à un défi inédit depuis la reconstruction post-1945. Les économistes du FMI soulignent que ces niveaux d'endettement compromettent dangereusement la capacité des États à réagir efficacement aux futures crises. "La conséquence directe est que les pays ne disposent plus des réserves nécessaires lorsque la crise suivante survient et ils s'avèrent totalement impréparés", explique la responsable du département budgétaire.
Le conflit en Iran constitue d'ores et déjà un facteur d'aggravation notable. Les perturbations énergétiques et les mesures de soutien envisagées par plusieurs gouvernements risquent d'accélérer encore davantage cette spirale d'endettement, selon les analystes du Fonds.
États-Unis et Chine : les principaux moteurs de l'endettement planétaire
L'analyse du FMI identifie clairement les responsabilités dans cette dérive budgétaire mondiale. Les deux premières économies mondiales, les États-Unis et la Chine, portent une part disproportionnée de cette évolution préoccupante.
Du côté américain, le diagnostic s'avère particulièrement sévère. Le FMI n'anticipe aucune amélioration du déficit public à long terme, avec un déficit structurel de 7,5% du PIB en moyenne jusqu'en 2031. Cette trajectoire devrait porter la dette nette américaine à 115,4% du PIB d'ici cinq ans, soit une augmentation de plus de 15 points de pourcentage. Rodrigo Valdés, directeur des Affaires fiscales du FMI, estime que Washington doit impérativement mettre en œuvre "un plan de consolidation crédible" pour réduire le déficit de 4 points de pourcentage.
La situation chinoise présente des caractéristiques analogues, avec un déficit public attendu à au moins 8% du PIB annuel jusqu'en 2031. La dette brute chinoise devrait ainsi représenter près de 130% du PIB dans cinq ans, contre environ 100% fin 2025. Toutefois, les experts du FMI nuancent ce constat en soulignant que l'endettement chinois demeure largement concentré au niveau des collectivités locales, préservant certaines marges de manœuvre à l'État central.
Les risques systémiques d'un monde surendetté
L'institution de Bretton Woods met en garde contre les conséquences multiples de cette dérive d'endettement. Le premier risque concerne l'effet d'éviction : plus les gouvernements s'endettent, plus leurs charges d'intérêts s'alourdissent, détournant des ressources fiscales précieuses des investissements cruciaux dans la santé, l'éducation ou les retraites.
Cette problématique s'est particulièrement accentuée depuis que les banques centrales ont mis fin à leurs programmes d'achats massifs d'obligations d'État. Le retour de l'inflation a contraint la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne à relever leurs taux directeurs, renchérissant mécaniquement le coût de financement des États.
Le FMI s'inquiète également de l'évolution de la structure des détenteurs de dette publique. Contrairement aux pays asiatiques qui peuvent compter sur des investisseurs domestiques de long terme, les États-Unis et l'Europe deviennent progressivement plus dépendants d'investisseurs volatils comme les fonds spéculatifs pour absorber leurs émissions obligataires massives.
Les défis du vieillissement démographique
Au-delà des facteurs conjoncturels, le FMI souligne que l'endettement mondial s'inscrit dans un contexte démographique particulièrement contraignant. Le vieillissement des populations dans les pays développés génère des pressions budgétaires structurelles croissantes sur les systèmes de retraite et de santé.
Cette évolution démographique pose un défi inédit aux finances publiques mondiales. Era Dabla-Norris insiste sur la nécessité urgente de "réformes fondamentales dans les systèmes de retraite et de santé, ainsi que dans la taxation" pour ramener les déficits "vers un rythme plus soutenable". Cette exigence s'applique tout particulièrement à la Chine, confrontée à un ralentissement progressif de sa croissance économique couplé à un vieillissement accéléré de sa population.
Face à ces enjeux, le FMI plaide pour une action coordonnée des gouvernements. L'institution cite néanmoins quelques exemples encourageants, notamment au Portugal, en Espagne et en Grèce, où des efforts de consolidation budgétaire ont permis de stabiliser efficacement les trajectoires d'endettement.
