Avant le Covid, les intérêts de la dette française s'élevaient à 30 milliards d'euros. D'ici 2030, ils pourraient tripler pour atteindre 85 milliards. Pendant ce temps, le débat politique tourne en rond. Il est temps de regarder les chiffres en face — et d'en tirer les conséquences.
85 milliards €
Le montant annuel des intérêts de la dette française prévu d'ici à 2030, soit plus que le budget de l'Éducation nationale.
Quand la facture dépasse l'entendement
Force est de constater que nous avons collectivement perdu le sens des proportions. Quatre-vingt-cinq milliards d'euros. Prenons le temps d'y réfléchir. C'est davantage que ce que l'État consacre à l'Éducation nationale. C'est plus que l'ensemble du budget de la Défense, de la Justice et de l'Intérieur réunis. Et ce n'est pas de l'argent investi dans une école, un hôpital ou une infrastructure. C'est de l'argent pur, envoyé aux créanciers, en remboursement de dépenses passées — souvent inconsidérées, parfois franchement inutiles.
Le mécanisme est implacable : plus on emprunte, plus les intérêts augmentent ; plus les intérêts augmentent, plus on emprunte pour les payer. La France est entrée dans cette spirale il y a des années, mais la période post-Covid a appuyé sur l'accélérateur. Quoi qu'on en dise, le fameux « quoi qu'il en coûte » a un coût bien réel — et c'est le contribuable d'aujourd'hui, et surtout celui de demain, qui le règle.
Nos voisins allemands avaient inscrit dans leur Constitution un « frein à l'endettement » dès 2009. Résultat : leur ratio dette/PIB est aujourd'hui bien inférieur au nôtre. En Suisse, la règle d'or budgétaire est respectée avec une rigueur que nous regardons de loin, avec un mélange d'admiration et d'impuissance. Ces pays ne sont pas des économies asphyxiées pour autant. Ils investissent, innovent, et surtout, ils ne dilapident pas l'avenir de leurs enfants.
L'État dépense plus, l'économie productive paie
Je veux bien entendre les arguments sur la nécessité de « soutenir la croissance » par la dépense publique. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Depuis vingt ans, la dépense publique française n'a cessé de croître — en valeur absolue, et en proportion du PIB, où elle frôle désormais les 57 %, record quasi absolu parmi les grandes économies développées. Et la croissance, elle, stagne. Le lien de causalité tant promis entre dépense publique et prospérité économique brille par son absence.
Pendant ce temps, les entreprises françaises, notamment les PME et les ETI, continuent de porter un fardeau fiscal et social sans équivalent en Europe. Les charges sur le travail restent parmi les plus élevées du continent. La complexité administrative coûte, selon plusieurs estimations sérieuses, plusieurs dizaines de milliards d'euros par an en productivité perdue. Chaque euro englouti par la machine étatique est un euro de moins pour investir, embaucher, innover.
L'heure des choix, pas des postures
La bonne nouvelle — si l'on peut l'appeler ainsi — c'est que les marchés mondiaux de fusions-acquisitions affichent un dynamisme spectaculaire : +42 % au premier semestre 2026, à près de 2 900 milliards de dollars. Le capital privé, lui, n'a pas peur d'investir quand les conditions sont réunies. La France bénéficie de cette tendance. Mais pour combien de temps, si la trajectoire budgétaire n'est pas corrigée ?
Aucun gouvernement ne peut indéfiniment dépenser ce qu'il n'a pas, taxer ceux qui créent de la richesse et espérer rester attractif. La charge de la dette qui augmente chaque année plus vite que n'importe quel budget ministériel n'est pas une statistique abstraite. C'est un signal d'alarme. La question n'est plus de savoir s'il faut réduire la dépense publique — c'est une évidence arithmétique. La vraie question, c'est : qui aura le courage politique de le faire ?

