La dette publique française a continué de grimper en 2025 pour atteindre 3 460,5 milliards d’euros, soit 115,6% du PIB, selon les premiers résultats publiés par l’Insee le 27 mars 2026. Le déficit s’est bien réduit à 5,1% du PIB, mieux qu’attendu, mais l’endettement reste à un niveau historique.
La dette publique grimpe à 115,6% du PIB malgré un déficit moins mauvais que prévu

Le message des comptes publics 2025 est double. D’un côté, l’exécutif peut mettre en avant un déficit moins mauvais que prévu, à 152,5 milliards d’euros contre un objectif de 5,4% du PIB. De l’autre, la trajectoire de fond reste celle d’un alourdissement de la dette, en hausse de 154,4 milliards d’euros sur un an. Autrement dit, l’amélioration du solde public ne suffit pas, à ce stade, à enrayer la montée de l’endettement français. L’Insee précise en outre qu’il s’agit d’une première estimation, susceptible d’être révisée lors de la publication des comptes nationaux du 29 mai 2026.
Fin 2025, la dette continue de progresser
Fin 2025, la dette atteint 3.460,5 milliards d’euros, contre 3.306,1 milliards un an plus tôt selon les données publiées vendredi 27 mars par l'Insee. En proportion de la richesse nationale, elle progresse à 115,6% du PIB, après 112,6% fin 2024 et 109,5% fin 2023. La dette nette suit la même pente, à 3.245,5 milliards d’euros, soit 108,4% du PIB.
Cette dégradation provient d’abord de l’État. À lui seul, il porte une hausse de 136,2 milliards d’euros de dette en 2025, principalement via des émissions de titres de court et de long terme. Les administrations publiques locales ajoutent 13,2 milliards d’euros, tandis que les administrations de sécurité sociale contribuent encore pour 5,7 milliards. À l’inverse, les organismes divers d’administration centrale réduisent légèrement leur dette.
Le contraste est donc net : la France améliore marginalement son déficit annuel, mais elle continue d’accumuler de la dette. Cette lecture explique que l’embellie du jour reste relative. Comme l’a rappelé David Amiel sur TF1, « 5,1 % de déficit, ça reste beaucoup trop élevé, il ne faut pas baisser les bras ». La formule résume assez bien la situation : le mieux ne doit pas masquer le poids du stock.
Un déficit en baisse, mais encore très au-dessus des standards européens
Sur le papier, le résultat 2025 est tout de même meilleur qu’attendu. Le déficit public ressort à 152,5 milliards d’euros, soit 5,1% du PIB, contre 5,8% en 2024. Le gouvernement visait 5,4%. Cette amélioration de 0,7 point sur un an s’explique par une progression plus rapide des recettes publiques et un ralentissement des dépenses.
Les recettes publiques progressent de 3,9% en 2025, après +3,2% en 2024. L’Insee indique qu’elles « accélèrent en 2025 » et précise que le taux de prélèvements obligatoires atteint 43,6% du PIB, contre 42,8% en 2024. Les impôts sur le revenu et le patrimoine augmentent de 24,2 milliards d’euros, soit +6,6%. Parmi les éléments cités figurent la contribution exceptionnelle des grandes entreprises, la taxe sur les rachats d’actions et la contribution différentielle sur les hauts revenus.
Dans le même temps, les dépenses ont ralenti, en hausse de 2,5% après +4,0% en 2024. Mais ce ralentissement ne signifie pas baisse. Rapportées au PIB, elles montent même à 57,2%, contre 57,0% l’année précédente. L’Insee le relève explicitement : « Les dépenses ralentissent : elles augmentent en euros courants de 2,5%, après + 4,0% en 2024 », tout en restant légèrement plus dynamiques que le PIB en valeur. C’est un point essentiel pour comprendre pourquoi la dette continue de dériver malgré un déficit moins élevé.
Ce qui a vraiment soutenu les comptes en 2025
L’amélioration du solde public ne vient pas d’un choc massif d’économies, mais d’un mélange entre recettes fiscales plus dynamiques, reflux de certaines mesures exceptionnelles et moindre inflation. Les dépenses de soutien liées à la crise énergétique ont reculé avec la fin du bouclier tarifaire sur l’électricité et le gaz. Les dépenses de fonctionnement ont nettement décéléré, tout comme les revalorisations de certaines prestations sociales, dans un contexte de désinflation.
En revanche, plusieurs postes restent très lourds. Les prestations sociales progressent encore de 23,6 milliards d’euros en 2025. Les dépenses de retraites augmentent de 13,2 milliards d’euros. Les remboursements de santé marchande continuent aussi de croître. Surtout, la charge d’intérêts poursuit sa remontée : +11,2% sur un an, soit 64,7 milliards d’euros au total. L’Insee souligne que cette hausse est liée à l’accroissement du volume d’emprunt et au relèvement du taux d’intérêt moyen. Voilà l’un des nœuds du sujet : plus la dette enfle, plus son coût pèse ensuite sur les finances publiques.
Par sous-secteur, le déficit de l’État s’améliore sensiblement, revenant à 128,1 milliards d’euros contre 151,1 milliards en 2024. Les administrations publiques locales restent déficitaires à 15,6 milliards, même si leur situation se redresse un peu. En revanche, les administrations de sécurité sociale replongent dans le rouge, à -6,7 milliards d’euros, alors qu’elles étaient encore légèrement excédentaires en 2024.
Une amélioration budgétaire qui ne change pas encore la tendance de fond
Politiquement, le gouvernement peut mettre en avant un résultat meilleur que prévu. Sébastien Lecornu a ainsi salué sur X : « La méthode paie. Mais la stabilité politique aussi. On continue - avec prudence - pour passer sous les 5% en 2026 ». David Amiel a, lui aussi, insisté sur l’effet des arbitrages budgétaires : « Les efforts collectifs commencent à payer ».
Mais la publication de l’Insee empêche tout triomphalisme. D’abord parce que le déficit reste largement supérieur au seuil européen de 3% du PIB. Ensuite parce que la dette augmente plus vite que ce que suggère la seule baisse du déficit. Enfin parce que l’environnement 2026 s’annonce moins lisible, avec des incertitudes géopolitiques et énergétiques déjà évoquées par l’exécutif et plusieurs médias ce 27 mars. Le gouvernement vise un déficit public de 5% du PIB en 2026, avec l’objectif de revenir sous 3% en 2029, comme l’a notamment rapporté Le Parisien.
Pour les finances françaises, le sujet n’est donc plus seulement de faire un peu mieux qu’attendu sur un exercice. Le vrai test sera de savoir si la baisse graduelle du déficit peut enfin stabiliser, puis inverser, un ratio d’endettement qui continue de progresser malgré l’amélioration affichée. À ce stade, les chiffres publiés par l’Insee racontent surtout une réalité simple : le déficit ralentit, la dette, elle, continue de grossir.
