Après avoir ouvert davantage son marché aux produits américains, l’Union européenne réclame un geste de Washington. Bruxelles souhaite obtenir un régime de droits de douane plus favorable pour plusieurs exportations emblématiques. Les vins, les spiritueux, le roquefort et d’autres spécialités alimentaires figurent parmi les produits concernés. Mais aucune dérogation n’est encore acquise.
Vins et fromages : l’UE demande une dérogation à Washington pour ses droits de douane

Les vins et les fromages européens au cœur d’un enjeu commercial majeur
La demande européenne de réduire les droits de douane dépasse certes la seule défense de quelques produits gastronomiques. Les États-Unis constituent un débouché essentiel pour de nombreuses filières agricoles et agroalimentaires du continent. Les vins français, italiens et espagnols occupent une place importante sur ce marché. Les fromages à forte valeur ajoutée dépendent également d’un réseau d’importateurs, de distributeurs et de restaurateurs américains. Une hausse des droits de douane peut alourdir leur prix d’entrée aux États-Unis. Une partie du coût peut être absorbée par les producteurs ou les importateurs. Le reste peut être répercuté sur les consommateurs. Dans les deux cas, la compétitivité des produits européens risque d’être réduite. Le marché américain est particulièrement stratégique pour la France. Selon Eurostat, les exportations françaises de boissons alcoolisées vers les pays extérieurs à l’Union européenne ont atteint 12,1 milliards d’euros en 2024. Les vins représentaient près des deux tiers de cette valeur.
Bruxelles cherche désormais à limiter cette pression douanière. L’information a d’abord été révélée par Euractiv. La Commission européenne a transmis aux autorités américaines une liste de produits pour lesquels elle souhaite retrouver des conditions d’accès plus favorables. Les vins, les spiritueux, la bière, l’huile d’olive, les pâtes alimentaires et plusieurs fromages en font partie. Le roquefort français est notamment cité, tout comme certaines spécialités italiennes. La demande comprend aussi des équipements médicaux, des machines et du matériel électrique. La liste complète n’a toutefois pas été rendue publique par la Commission. Les évaluations diffusées ne sont pas identiques. Des informations attribuées à l’AFP évoquent 115 milliards d’euros d’exportations, tandis qu’un responsable européen du commerce a indiqué devant des députés européens que le périmètre approchait 150 milliards d’euros. L’origine de cet écart n’a pas été précisée officiellement.
Bruxelles veut obtenir une contrepartie après avoir réduit ses propres droits de douane
Cette nouvelle étape découle de l’accord commercial négocié en 2025 à Turnberry, en Écosse. L’Union européenne avait accepté le principe d’un plafond douanier de 15% sur la majorité de ses marchandises exportées vers les États-Unis. En contrepartie, elle s’était engagée à supprimer les droits de douane encore appliqués aux produits industriels américains et à faciliter l’entrée de certains produits agricoles. Depuis le 1er juillet 2026, les droits européens sur les biens industriels originaires des États-Unis ont été supprimés. Des conditions préférentielles ont également été accordées à plusieurs produits agroalimentaires considérés comme peu sensibles. L’accord n’excluait pas de nouvelles négociations. Washington et Bruxelles avaient prévu d’examiner le cas de secteurs importants pour leurs économies ou leurs chaînes d’approvisionnement. L’Union européenne utilise aujourd’hui cette possibilité pour demander une réduction de la charge douanière sur ses productions les plus exposées.
Pour Bruxelles, cette demande constitue donc une nouvelle phase de la négociation et non une remise en cause de l’accord conclu avec les États-Unis. L’Union européenne estime avoir mis en œuvre ses principaux engagements. Elle attend désormais une ouverture américaine sur des produits dont la disponibilité locale peut être limitée ou dont le poids économique est important pour les États membres. Aucune décision de Washington n’a cependant été annoncée. Les vins et les fromages restent soumis au régime douanier actuellement en vigueur tant qu’un nouvel accord n’est pas adopté. Les discussions pourraient également porter sur l’acier et l’aluminium européens. Ces secteurs demeurent soumis à des droits américains pouvant atteindre 50%, alors qu’ils ne sont pas couverts par le plafond général de 15%. L’issue des négociations sera donc suivie de près par les producteurs. Pour les filières viticoles et fromagères, une dérogation réduirait le risque de hausse des prix et préserverait leur accès à l’un des marchés les plus importants au monde. À l’inverse, le maintien des droits de douane pourrait continuer à peser sur les marges, les volumes exportés et les décisions commerciales des entreprises européennes.
