Le déficit commercial de la France s’est de nouveau creusé en mai 2026. Il atteint 6,9 milliards d’euros, selon l’analyse mensuelle des Douanes. Cette dégradation intervient après une embellie observée en avril. Elle s’explique surtout par un repli des exportations, notamment dans le matériel militaire, tandis que les importations progressent légèrement.
D’après les douanes, le déficit commercial de la France continue de se creuser

Un mois de mai moins favorable après le rebond d’avril
Le commerce extérieur français a connu un net coup d’arrêt en mai. Selon les données publiées par les Douanes, le déficit commercial s’est dégradé de 1,5 milliard d’euros sur un mois pour s’établir à 6,9 milliards d’euros. En avril, le solde s’était au contraire amélioré d’environ 1 milliard d’euros. Le retournement de mai tient à un effet de ciseaux classique : la France a moins vendu à l’étranger, tout en important un peu plus. Les exportations ont reculé à 53,6 milliards d’euros, soit 1,1 milliard de moins qu’en avril. Les importations ont progressé à 60,5 milliards d’euros, en hausse de 0,4 milliard.
Ce déficit doit toutefois être lu avec prudence. Il concerne les échanges de biens, et non l’ensemble de la balance courante, qui intègre aussi les services. La France conserve traditionnellement des points forts dans les services, en particulier le tourisme et certaines activités financières. Mais sur les biens, le signal de mai est défavorable. D’après Trading Economics, le déficit de mai dépasse les attentes du marché et constitue le plus fort écart commercial enregistré depuis avril 2025. Cette évolution confirme que le redressement observé depuis le choc de 2022 reste fragile.
Matériel militaire, automobile, énergie : les secteurs qui pèsent sur le déficit
La baisse des exportations est principalement liée au recul des ventes de matériel militaire. Les Douanes évoquent une diminution de 0,8 milliard d’euros sur ce poste, après un mois d’avril particulièrement dynamique. Ce type de variation peut être marqué, car les grands contrats d’armement sont souvent irréguliers dans le temps. Ils peuvent améliorer fortement un mois, puis créer un contrecoup statistique le mois suivant. Les exportations d’équipements mécaniques, électroniques et informatiques reculent également de 0,4 milliard d’euros. À l’inverse, l’aéronautique et le spatial résistent mieux : les exportations de ce secteur progressent de 0,5 milliard d’euros en mai, pour le troisième mois consécutif.
Côté importations, la hausse vient surtout des matériels de transport. Les achats de produits automobiles augmentent de 0,3 milliard d’euros, ce qui alourdit mécaniquement le déficit. La facture énergétique, elle, joue plutôt dans le sens inverse sur le mois. Les importations de produits énergétiques diminuent de 0,4 milliard d’euros, sous l’effet d’un recul des volumes et d’un repli des prix après deux mois de hausse. Ce point est important, car l’énergie avait été l’un des principaux facteurs de dégradation du commerce extérieur français lors de la crise de 2022. En 2025, la baisse de la facture énergétique avait au contraire contribué à l’amélioration du solde commercial annuel.
Une amélioration de fond encore insuffisante
Le chiffre de mai ne remet pas totalement en cause la tendance de redressement observée en 2025, mais il en montre les limites. Selon la Direction générale du Trésor, le déficit commercial français s’était réduit à 69,2 milliards d’euros en 2025, contre 79,3 milliards en 2024 et 98,4 milliards en 2023. Cette amélioration provenait notamment de la baisse de la facture énergétique, du dynamisme de l’aéronautique et d’un meilleur solde automobile. Mais le commerce extérieur français n’avait pas encore retrouvé son niveau d’avant-Covid, puisque le déficit s’élevait à 58,1 milliards d’euros en 2019.
Les données de mai rappellent donc une faiblesse structurelle. La France reste dépendante de quelques secteurs capables de soutenir ses exportations, comme l’aéronautique, le luxe, certains produits industriels ou l’armement. Lorsque ces moteurs ralentissent, le déficit se creuse rapidement. À l’échelle géographique, les Douanes relèvent une dégradation du solde avec l’Union européenne, l’Europe hors UE et l’Afrique. Le solde s’améliore en revanche avec l’Asie et, plus légèrement, avec l’Amérique. Sur douze mois glissants, de juin 2025 à mai 2026, le déficit commercial atteint 58,9 milliards d’euros. Ce niveau reste moins dégradé que les années précédentes, mais la détérioration de mai montre que la trajectoire reste vulnérable.
Un enjeu industriel autant que conjoncturel
Le creusement du déficit commercial ne traduit pas seulement une mauvaise performance mensuelle. Il pose aussi une question de compétitivité. Lorsque les importations progressent plus vite que les exportations, cela peut refléter une demande intérieure tournée vers des biens produits ailleurs. C’est le cas dans plusieurs segments industriels, dont l’automobile, l’électronique ou certains biens d’équipement. Pour réduire durablement le déficit, la France doit donc à la fois soutenir ses exportateurs et renforcer sa capacité de production sur son territoire.
La situation reste contrastée. L’aéronautique continue de jouer un rôle d’amortisseur. L’énergie pèse moins qu’au moment de la flambée des prix. Mais les produits agricoles et agroalimentaires, la chimie ou encore certains produits pharmaceutiques ont montré des signes de fragilité dans le bilan 2025 dressé par la DG Trésor. Le déficit de mai 2026 agit ainsi comme un rappel. Le redressement du commerce extérieur français ne dépend pas d’un seul mois, mais d’une dynamique industrielle longue. Sans base exportatrice plus large, chaque recul sectoriel peut rapidement rouvrir l’écart entre ce que la France vend au monde et ce qu’elle lui achète.
