E-car : Bruxelles veut lancer les petites voitures électriques à 15 000 €

Bruxelles veut imposer l’e-car, une petite voiture électrique abordable, pour répondre à la hausse des prix automobiles et relancer les citadines disparues. Inspirée des kei car japonaises, cette catégorie doit conjuguer sobriété, sécurité et compétitivité, malgré des normes qui alourdissent coûts et gabarits.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 15 septembre 2025 16h17
E-Car Bruxelles Veut Relancer Les Petites Voitures Electriques A 15000 Euros
E-car : Bruxelles veut lancer les petites voitures électriques à 15 000 € - © Economie Matin

Depuis septembre 2025, la Commission européenne défend officiellement la création d’une nouvelle catégorie automobile : l’e-car. Ce véhicule électrique compact et économique vise un prix cible autour de 15 000 €. Bruxelles espère ainsi contrer la montée en puissance des SUV, alléger la pression des normes actuelles et proposer une alternative accessible aux automobilistes européens.

Pourquoi Bruxelles pousse l’e-car : contexte industriel et social

Le marché européen des citadines s’est effondré ces dernières années. En 2019, près de cinquante modèles étaient vendus à moins de 15 000 euros ; il n’en subsiste quasiment plus en 2025. Cette disparition s’explique par l’inflation des coûts de production, liée notamment aux batteries et aux équipements de sécurité obligatoires. Selon L’Argus, l’e-car doit incarner la relance d’un segment autrefois central, aujourd’hui déserté par les constructeurs.

L’initiative répond aussi à un impératif social. Comme l’a rappelé la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, l’objectif est de « rendre la mobilité électrique abordable » pour les ménages qui ne peuvent investir dans des modèles dépassant 30 000 euros. Derrière l’annonce se cache également une bataille géopolitique : protéger l’industrie automobile européenne face aux importations chinoises de petites voitures électriques à bas prix, déjà bien implantées.

Des normes de sécurité qui gonflent la taille des voitures

Depuis juillet 2024, le règlement général européen sur la sécurité automobile impose des systèmes comme le freinage d’urgence, l’aide au maintien dans la voie, la détection des piétons ou encore l’assistance intelligente à la vitesse. Ces équipements, s’ils sauvent des vies, entraînent une hausse de la taille et de la masse des véhicules. La réglementation exige en outre des capots plus hauts pour absorber les chocs, ce qui modifie l’architecture des voitures compactes.

Une étude de l’ONG Transport & Environment publiée en juin 2025 souligne que la hauteur moyenne des capots est passée de 76,9 cm en 2010 à 83,8 cm en 2024, soit une hausse de 0,5 cm par an. Selon la même étude, un capot de 90 cm accroît de 27 % le risque de décès pour un piéton ou un cycliste renversé par rapport à un capot de 80 cm. Ces chiffres nourrissent les critiques contre l’explosion des SUV, accusés d’être surdimensionnés et plus dangereux pour les usagers vulnérables.

Les caractéristiques attendues du projet e-car

L’e-car viserait un prix plancher d’environ 15 000 euros, avec des dimensions situées entre 3,50 et 3,80 mètres de long, pour une masse totale proche d’une tonne. Selon plusieurs sources, deux sous-catégories sont à l’étude. La première, dite M0, se limiterait à une puissance d’environ 54 chevaux, avec interdiction de circuler sur autoroute. La seconde, baptisée M1 ASEV, permettrait un usage sur voies rapides, mais resterait compacte et allégée par rapport aux berlines classiques.

Les avantages sont multiples : moindre empreinte carbone grâce à des batteries réduites, coût d’achat plus bas, maniabilité en ville, stationnement facilité. De plus, l’empreinte matérielle étant inférieure à celle d’un SUV, l’impact environnemental est réduit. Mais ces atouts s’accompagnent de concessions. Les autonomies resteront limitées, le confort réduit, et les dispositifs de sécurité simplifiés. Pour de nombreux automobilistes, l’image de protection associée à la taille d’un véhicule risque de freiner l’acceptation de ces modèles.

Attentes du public et compromis possibles entre normes et accessibilité

Les Européens attendent des véhicules fiables, abordables et sécurisés. L’e-car ne pourra convaincre que si elle préserve un équilibre entre sobriété et sécurité. Les consommateurs réclament une autonomie suffisante pour un usage quotidien, une protection correcte en cas d’accident et un prix d’achat réellement compétitif. C’est sur ces critères que se jouera son succès commercial.

Pour y parvenir, Bruxelles pourrait assouplir certaines obligations. Des associations proposent de plafonner la hauteur des capots à 85 cm pour limiter les risques pour les piétons, sans renoncer à la protection des occupants. D’autres suggèrent de réserver certaines aides électroniques aux modèles haut de gamme, afin de réduire les coûts des citadines électriques. Ce compromis viserait à rendre l’e-car viable économiquement, tout en respectant l’esprit des normes de sécurité et des attentes sociales.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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