EasyJet accepte un accord de principe pour son rachat par Castlelake à 6,90 livres par action, valorisant la compagnie à 5,5 milliards de livres. L’offre représente une prime de 73% par rapport au cours du 29 mai 2026, transformant les portefeuilles des actionnaires. Le fonds américain dispose jusqu’au 3 août pour formaliser une offre ferme.
EasyJet se fait racheter près de deux fois son prix

Le conseil d'administration d'EasyJet a accepté samedi 5 juillet un accord de principe pour le rachat de la compagnie aérienne britannique par le fonds américain Castlelake. L'offre valorise le groupe à 6,90 livres par action, soit 5,5 milliards de livres sterling (7,34 milliards de dollars). Pour les actionnaires, l'opération représente une prime de 73% par rapport au cours de clôture du 29 mai 2026, date à laquelle Castlelake a révélé publiquement son intérêt. Une aubaine financière qui transformerait radicalement la structure capitalistique du transporteur low-cost.
Une valorisation qui double par rapport au cours de mai
Le 29 mai dernier, l'action EasyJet cotait 3,99 livres à la clôture. Cinq semaines plus tard, Castlelake propose 6,90 livres, propulsant mécaniquement la valorisation à des niveaux inédits depuis 2019. Les investisseurs qui détenaient des titres fin mai voient leur portefeuille bondir de 73% si l'opération se concrétise. Pour un actionnaire ayant acquis 1 000 actions à 3,99 livres (3 990 livres investies), la revente à Castlelake générerait 6 900 livres, soit un gain brut de 2 910 livres. Une performance exceptionnelle sur une période aussi courte, même si le titre EasyJet reste en retrait par rapport à son pic historique de 2017.
6,90 livres par action : une prime de 73% en jeu
La prime offerte par Castlelake dépasse largement les standards habituels des offres publiques d'achat dans le secteur aérien européen. Entre 2020 et 2025, les primes moyennes oscillaient autour de 30 à 40% selon les données de marché. Ici, le fonds américain paie quasiment le double du cours non perturbé. Selon Le Figaro, EasyJet avait rejeté quatre propositions antérieures, dont une à 6,50 livres par action en juin, jugée insuffisante. La négociation a finalement abouti à 6,90 livres, montant que le conseil estime désormais acceptable. "À une valeur que le conseil serait enclin à recommander aux actionnaires d'EasyJet", précise le communiqué officiel du groupe.
5,5 milliards de livres sterling (7,34 milliards de dollars) : le prix de l'accord
La valorisation totale de 5,5 milliards de livres inclut la totalité du capital social d'EasyJet. À titre de comparaison, la capitalisation boursière du transporteur s'élevait à 3,18 milliards de livres le 29 mai. Castlelake débourse donc 2,32 milliards supplémentaires pour convaincre les actionnaires de céder leurs titres. Le fonds dispose de ressources financières substantielles : il gère 38 milliards de dollars d'actifs selon ses propres données, principalement dans le leasing aéronautique. Sa flotte compte 375 appareils loués à environ 200 compagnies aériennes mondiales. L'acquisition d'EasyJet, avec ses 355 avions et ses créneaux d'atterrissage stratégiques à Londres-Gatwick, Paris et Genève, s'inscrit dans la logique d'expansion du portefeuille de Castlelake.
Qui est Castlelake et pourquoi cette acquisition ?
Fondé en 2005 à Minneapolis, Castlelake s'est spécialisé dans les investissements alternatifs, notamment l'aviation commerciale. Le fonds loue des avions à des opérateurs mais ne possède pas encore de compagnie aérienne en propre. Racheter EasyJet lui permettrait de contrôler directement une exploitation commerciale, au-delà de la simple propriété d'actifs. Dans son communiqué, Castlelake affirme son "profond respect pour EasyJet et son intention de soutenir sa croissance future et sa transformation en une compagnie aérienne européenne plus solide". Le fonds mise sur la modernisation de la flotte, enjeu central pour la compétitivité face à Ryanair et Wizz Air, concurrents directs sur le marché low-cost européen.
Un fonds spécialisé dans le leasing aéronautique avec 38 milliards d'actifs
Les 38 milliards de dollars gérés par Castlelake couvrent divers secteurs (immobilier, infrastructure, aviation), mais l'aérien représente le cœur historique de son activité. Le fonds possède une expertise reconnue dans la gestion d'actifs aéronautiques, avec 375 appareils en portefeuille. Cette maîtrise technique rassure les analystes quant à la capacité de Castlelake à piloter efficacement EasyJet post-acquisition. Toutefois, la réglementation européenne impose une contrainte majeure : les compagnies aériennes de l'Union européenne doivent être détenues et contrôlées majoritairement par des ressortissants de l'UE. Pour contourner cet obstacle, Castlelake ne détiendra que 49% de la structure d'acquisition, les 51% restants étant contrôlés par Peter Bellew (ancien directeur des opérations d'EasyJet) et Mark Breen (PDG d'Oneiros Aerospace). Une architecture juridique complexe mais conforme aux règles de Bruxelles.
Les conditions de l'accord et le calendrier jusqu'au 3 août
L'accord annoncé samedi reste conditionnel. Castlelake dispose jusqu'au 3 août 2026 pour présenter une offre ferme et contraignante aux autorités britanniques de régulation des marchés. "Il n'existe aucune certitude qu'une telle offre sera finalement déposée", prévient EasyJet dans son communiqué. Entre-temps, le fonds a obtenu le 25 juin un accès limité aux données commerciales confidentielles de la compagnie, facilitant la due diligence financière. Les actionnaires d'EasyJet, notamment Stelios Haji-Ioannou, fondateur et principal détenteur avec 15% du capital familial, observent attentivement l'évolution du dossier. Haji-Ioannou n'a pas encore commenté publiquement l'offre de 6,90 livres.
Un accord de principe qui doit devenir offre ferme
La transformation d'un accord de principe en offre ferme nécessite plusieurs étapes réglementaires. Castlelake doit finaliser les financements, obtenir les autorisations antitrust européennes et britanniques, et valider la structure de contrôle avec les autorités de l'aviation civile. Le délai du 3 août laisse moins d'un mois pour boucler ces formalités. Si Castlelake échoue à déposer une offre contraignante, le dossier retombera et les actionnaires devront se contenter du cours boursier actuel, probablement en baisse après la déception. À l'inverse, une offre ferme déclencherait une procédure d'OPA classique, avec un délai d'acceptation pour les actionnaires et une sortie probable de la cote londonienne. Le secteur aérien européen connaît une phase de consolidation, et le retrait d'EasyJet de la Bourse marquerait un tournant stratégique majeur.
La position de Stelios Haji-Ioannou (15% du capital)
Stelios Haji-Ioannou, entrepreneur chypriote qui a fondé EasyJet en 1995, contrôle avec sa famille environ 15% du capital selon Airways Magazine. Son vote sera déterminant pour atteindre le seuil d'acceptation nécessaire à la réussite de l'OPA. Historiquement, Haji-Ioannou a multiplié les critiques publiques contre la direction d'EasyJet, contestant notamment la stratégie d'investissement dans les nouveaux appareils Airbus. En 2020, il avait tenté de faire démettre plusieurs administrateurs. Sa position sur l'offre Castlelake reste inconnue à ce stade, mais la prime de 73% pourrait le convaincre de céder ses parts, lui permettant de réaliser une plus-value substantielle. Si Haji-Ioannou refuse, Castlelake devra négocier ou renoncer, rendant son positionnement crucial pour l'issue de l'opération. Les investissements dans la flotte restent au cœur des débats stratégiques du secteur.
