À partir du premier semestre 2025, EDF mettra aux enchères son électricité nucléaire en Europe. Il s’agit de stabiliser les prix et d’assurer une meilleure visibilité financière pour financer les investissements colossaux du groupe.
EDF mise sur des enchères pour son électricité nucléaire

L’électricité nucléaire, longtemps considérée comme un atout stratégique pour la France, est désormais soumise aux lois du marché européen. EDF, jusqu’ici contraint par des mécanismes de régulation nationaux, adopte un nouveau modèle qui pourrait redéfinir l’équilibre énergétique du continent.
EDF change de modèle : une mise aux enchères de l’électricité nucléaire en Europe
EDF a annoncé, le 6 mars 2025, qu’il proposerait des contrats d’achat d’électricité nucléaire à long terme via un système d’enchères à l’échelle européenne. Ce mécanisme vise à sécuriser l’approvisionnement des grands consommateurs d’énergie et des fournisseurs alternatifs. L’objectif affiché est double : réduire l’exposition à la volatilité des prix et offrir une meilleure visibilité financière pour EDF, dont les besoins en financement sont colossaux, notamment pour l’entretien et la construction de nouveaux réacteurs.
Jusqu’ici, une partie de la production nucléaire d’EDF était vendue à un prix réglementé via le mécanisme de l’ARENH (Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique). Ce dispositif, instauré en 2010, permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter de l’électricité nucléaire à un tarif fixe, souvent plus avantageux que les prix du marché. Problème : ce mécanisme arrive à échéance le 31 décembre 2025, et son remplacement par un nouveau modèle devenait indispensable.
EDF met donc en place une alternative : les Contrats d’Allocation de Production Nucléaire (CAPN). Ceux-ci permettent aux clients de sécuriser une partie de l’électricité produite par EDF sur une période de dix à quinze ans, à des prix reflétant les coûts réels du parc nucléaire. Contrairement à l’ARENH, les CAPN seront proposés via un système d’enchères ascendantes ouvertes à l’ensemble du marché européen.
Un changement stratégique aux enjeux multiples
EDF mettra en vente dix térawattheures par an, disponibles à partir de janvier 2026, à travers ces enchères européennes. Ce volume sera accessible à des entreprises industrielles de taille significative ayant des besoins énergétiques élevés, ainsi qu’aux fournisseurs d’électricité opérant en France, qui pourront ensuite revendre cette énergie à leurs propres clients.
L’enjeu principal est autant économique qu’industriel. Pour EDF, il s’agit de sécuriser des revenus stables et prévisibles afin de financer la maintenance du parc nucléaire et la construction des nouveaux réacteurs. Pour les industriels, cette offre représente une opportunité d’accéder à une électricité bas carbone à prix compétitif, évitant ainsi les fluctuations brutales du marché.
Cette évolution pourrait également impacter les consommateurs finaux. Une meilleure prévisibilité des prix permettrait de limiter les hausses soudaines sur les factures des ménages et des entreprises. Toutefois, en ouvrant la porte aux enchères, EDF pourrait être tenté d’aligner ses tarifs sur les prix du marché européen, au détriment de prix plus abordables pour les consommateurs français.
Une réforme sous pression politique et économique
Derrière cette décision, l’État joue un rôle important. L’accord signé entre EDF et l’État en 2023 avait déjà posé les bases de cette transformation. L’exécutif pousse EDF à accélérer la conclusion de contrats avec les industriels électro-intensifs, qui dénoncent depuis des mois des prix trop élevés. En effet, à ce jour, EDF n’a signé qu’un seul CAPN, couvrant moins de un pour cent des objectifs initiaux.
Le ministère de l’Énergie a fait savoir qu’un bilan était attendu sous peu, indiquant que les négociations étaient loin d’être terminées. Certains industriels réclament un accès facilité à l’électricité nucléaire française pour rester compétitifs face aux entreprises allemandes ou espagnoles, souvent mieux loties en termes de prix de l’énergie.
La fin de l’ARENH et son remplacement par un système d’enchères modifie profondément les règles du jeu. Avec l’ARENH, EDF était tenu de vendre son électricité à un prix fixe de 42 euros par mégawattheure, garantissant une certaine stabilité aux fournisseurs alternatifs. Désormais, les enchères détermineront le prix de vente, avec des contrats de plus longue durée pouvant aller jusqu’à 15 ans.
Cette transition vise à offrir plus de visibilité financière à EDF et à mieux refléter les coûts réels du nucléaire. Toutefois, elle risque de créer une segmentation du marché, où seuls les acteurs les plus solvables pourront s’assurer un approvisionnement stable à un prix maîtrisé. L’impact sur les consommateurs dépendra de l’évolution des prix aux enchères : si les tarifs restent compétitifs, les effets seront limités ; en revanche, si EDF privilégie les offres les plus élevées, les factures pourraient progressivement augmenter.
