Près de neuf Français sur dix veulent replacer l’éducation au premier rang des priorités politiques, mais cette adhésion massive masque une fracture autrement plus préoccupante : seule une courte majorité croit encore à la capacité de l’école à garantir l’égalité des chances. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, un sondage IFOP pour la fondation Excellence Ruralités dessine ainsi le portrait d’un pays profondément attaché à son école, tout en devenant de plus en plus sévère sur ses résultats et sur la place qu’elle occupe dans le débat public.
Éducation : 9 Français sur 10 en font une priorité malgré une confiance en recul

L’éducation, une priorité pour une majorité écrasante des Français
Près de 9 Français sur 10 (soit 88%) considèrent l'éducation comme un chantier prioritaire pour le prochain président de la République, apprend-on d'un sondage IFOP pour Excellence Ruralités. Cette attente très largement partagée contraste cependant avec le regard porté sur le fonctionnement du système éducatif. Derrière le consensus sur la nécessité d’agir se dessinent une perte de confiance dans l’égalité des chances, des diagnostics très différents selon l’âge ou les sensibilités politiques et une volonté de revoir plusieurs piliers de la politique scolaire, des programmes du primaire jusqu’à l’allocation des moyens de l’éducation prioritaire.
Le premier enseignement est sans ambiguïté. Avec 88% d’opinions favorables, faire de l’éducation un chantier prioritaire du prochain quinquennat recueille un soutien qui traverse une très large partie de la population. Le niveau d’adhésion dépasse même 90% chez les plus de 50 ans et les cadres supérieurs. L’école apparaît donc moins comme une préoccupation réservée aux familles directement confrontées à la scolarité de leurs enfants que comme un enjeu collectif et durable.
Ce quasi-consensus n’empêche pas une frustration importante. Les trois quarts des personnes interrogées, soit 75%, considèrent que les questions liées à l’école ne sont pas suffisamment présentes ni valorisées dans le débat public national. Cette impression est particulièrement forte parmi les 65 ans et plus, qui sont 84% à la partager. Elle demeure également majoritaire chez les moins de 35 ans, à 62%. Autrement dit, l’écart entre l’importance accordée au sujet et sa visibilité perçue dans la conversation politique traverse les générations.
Cette dissociation constitue l’un des principaux messages de l’enquête. Les Français ne paraissent pas considérer l’école comme un thème secondaire dont l’importance varierait avec l’actualité immédiate. Ils réclament au contraire qu’elle retrouve une place centrale dans les priorités politiques. Pour les futurs candidats à la présidentielle, l’enjeu dépasse donc la seule présentation de mesures techniques : le sondage suggère l’existence d’une attente forte autour d’un projet éducatif plus lisible et davantage exposé dans le débat national.
Pour Jean-Baptiste Nouailhac, fondateur et directeur général d’Excellence Ruralités, les résultats doivent précisément provoquer une réponse politique : « Les Français constatent avec lucidité que notre système éducatif nécessite des réformes d’ampleur pour remplir sa mission première. En ce sens, cette étude montre un consensus transpartisan majeur pour replacer l'école au cœur des priorités nationales, là où une personne sur deux ne croît plus en sa capacité à faire mentir le déterminisme social. Il est donc urgent de la mettre au cœur des programmes politiques ».
L’éducation est quasi-absente du débat public
Le paradoxe est d’autant plus fort que cette attente intervient au moment où la confiance dans l’institution se fragilise. La promesse d’une école capable de donner à chacun les mêmes chances de réussir reste certes soutenue par une majorité, mais une majorité désormais particulièrement étroite. Seulement 52% des sondés considèrent que l’égalité des chances par l’école demeure possible. À l’inverse, 47% pensent que l’école n’est plus en mesure d’assurer cette fonction.
Plus révélateur encore, la conviction ferme est devenue minoritaire. Parmi les personnes interrogées, seuls 11% se déclarent pleinement convaincus que l’école permet toujours l’égalité des chances. La frontière entre confiance et défiance passe ainsi presque au milieu de la population. Sur l’un des fondements historiques du modèle scolaire français, l’adhésion reste majoritaire en nombre, mais elle semble beaucoup moins solide qu’un simple résultat de 52% pourrait le laisser penser.
Les écarts entre catégories de population sont également significatifs. Chez les 25-35 ans, 63% restent optimistes quant à la capacité de l’école à favoriser l’égalité des chances. Ce taux atteint 74% parmi les sympathisants de la majorité présidentielle. À l’opposé, le regard est plus critique chez les plus de 65 ans ainsi que dans les catégories populaires, où 55% mettent en doute cette capacité, et parmi les personnes sans emploi, à 56%.
Ces résultats décrivent donc moins un rejet uniforme de l’Éducation nationale qu’une confiance fortement différenciée. L’âge, la situation sociale et la sensibilité politique jouent sur la perception du système. Pourtant, un point commun demeure : y compris parmi les catégories les plus pessimistes, la priorité accordée à l’école reste très élevée. La défiance ne semble donc pas conduire au désengagement. Elle nourrit au contraire la demande de transformation.
Égalité des chances : l’Éducation nationale divise sur les causes
Lorsqu’il faut expliquer les difficultés du système, aucun diagnostic unique ne s’impose. Trois causes arrivent pratiquement au même niveau. La baisse du niveau et des exigences est citée par 43% des sondés, le manque de moyens humains et matériels par 42%, tandis que 42% évoquent également le manque de soutien apporté aux professeurs face aux élèves perturbateurs.
Cette proximité des résultats cache cependant de fortes divergences. « Sur les causes, chacun lit l'école avec ses lunettes : trois raisons arrivent à égalité – la baisse du niveau (43%), le manque de moyens (42%), le manque de soutien aux professeurs face aux élèves perturbateurs (42%) – mais les 65 ans et plus dénoncent d'abord l'autorité (63%, contre 28% des moins de 35 ans) et les sympathisants de gauche d'abord les moyens (58%) », détaille Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP.
L’écart générationnel est particulièrement net sur la question de l’autorité. Celle-ci est mise en avant par 63% des 65 ans et plus, contre seulement 28% des moins de 35 ans. La différence atteint donc 35 points. Le clivage politique apparaît tout aussi marqué sur la question des ressources : 58% des sympathisants de gauche privilégient le manque de moyens pour expliquer les difficultés de l’école.
Ces divergences compliquent mécaniquement la construction d’une réponse politique consensuelle. Les Français peuvent s’accorder très largement pour considérer l’éducation comme une priorité sans s’entendre sur le problème à résoudre en premier. Niveau académique, conditions d’enseignement, moyens disponibles ou autorité des professeurs ne mobilisent pas les mêmes catégories avec la même intensité. Le sondage fait ainsi apparaître un consensus sur l’urgence, mais une pluralité de diagnostics sur les causes.
Réduire le nombre d'élèves par classe et recentrer l'école primaire sur les savoirs fondamentaux
Malgré ces différences, deux réformes émergent presque au même niveau lorsqu’il est demandé aux sondés d’identifier les mesures à privilégier. Le recentrage des programmes du primaire sur les savoirs fondamentaux arrive légèrement en tête avec 48% de soutien. Cette proportion atteint 56% chez les seniors. Lecture, écriture, calcul et apprentissages de base s’imposent ainsi comme l’un des principaux leviers identifiés pour redresser le système scolaire.
Juste derrière, 47% des Français souhaitent réduire le nombre d’élèves par classe. Cette mesure bénéficie d’un soutien particulièrement élevé chez les sympathisants de gauche, où elle atteint 59%. Les deux premières propositions illustrent à nouveau les deux grandes lectures des difficultés scolaires mises en évidence par l’enquête : renforcer les exigences et la transmission des connaissances d’un côté, améliorer les conditions matérielles de l’enseignement de l’autre.
Un troisième terrain rassemble toutefois une majorité beaucoup plus large : la répartition des moyens de l’éducation prioritaire. Selon l’étude, 76% des personnes interrogées sont favorables à ce que ces ressources ne soient plus ciblées en particulier sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville, mais qu’elles puissent être attribuées à l’ensemble des établissements confrontés aux difficultés scolaires les plus importantes.
Une telle évolution permettrait notamment d’intégrer davantage de bourgs et de territoires ruraux aux dispositifs de soutien. Cette question territoriale est directement liée au positionnement de la fondation commanditaire de l’enquête, engagée sur les difficultés éducatives rencontrées dans les zones rurales et les petites villes. Le résultat n’en reste pas moins massif : plus de trois personnes interrogées sur quatre approuvent le principe d’un ciblage des moyens fondé plus largement sur les difficultés scolaires constatées.
À quelques mois de l’entrée de la campagne présidentielle de 2027 dans une phase plus active, les données du sondage mettent ainsi les responsables politiques face à plusieurs demandes simultanées. L’école doit être davantage présente dans le débat pour 75% des Français. Elle doit devenir un chantier prioritaire pour 88%. Mais elle doit surtout répondre à une fragilisation beaucoup plus profonde : lorsque seuls 52% des sondés croient encore à la capacité de l’école à offrir l’égalité des chances, la question éducative ne porte plus seulement sur le fonctionnement quotidien de l’Éducation nationale. Elle touche directement à l’une des promesses sociales centrales du modèle républicain français.
*Sondage IFOP pour Excellence Ruralités mené du 29 au 30 juillet 2026 auprès d’un échantillon de 1.000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
