Élections de mi-mandat aux États-Unis : une course serrée qui annonce un Congrès divisé

Aux États-Unis, les élections de mi-mandat du 8 novembre 2022 ont été étonnamment serrées, les premiers résultats indiquant que les démocrates pourraient conserver de justesse le Sénat – bien que les résultats soient trop serrés pour être confirmés – et que les républicains pourraient obtenir une faible majorité à la Chambre des représentants.

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Par Stéphane Monier Modifié le 29 novembre 2022 à 9h21
Lections Midterms Usa Resultat Democrates
8,2%L'inflation annuelle aux Etats-Unis a atteint 8,2%.

À l'heure où nous rédigeons ces lignes, les démocrates avaient 48 sièges au Sénat contre 48 pour les républicains (51 sièges sont nécessaires pour obtenir la majorité). À la Chambre, les républicains ont obtenu 199 sièges contre 178 pour les démocrates (218 sièges sont nécessaires pour obtenir la majorité1). Les résultats définitifs pourraient ne pas être connus avant plusieurs semaines et la Géorgie pourrait organiser un second tour en décembre. Il est également possible que les résultats soient contestés au niveau juridique, alimentant le débat sur les processus démocratiques américains, qui dure depuis l'élection présidentielle de 2020.

Le parti du président a historiquement tendance à perdre des sièges durant les élections de mi-mandat, et le faible taux d'approbation de Joe Biden (53% des Américains désapprouvent l'action du Président2), devait peser sur la performance des démocrates. Cet été, ils étaient mieux placés dans les sondages: un marché du travail robuste, l'adoption de la loi sur la réduction de l'inflation (Inflation Reduction Act ou IRA), la décision de la Cour suprême en matière d'avortement et la baisse du prix de l'essence par rapport aux sommets de juin, contribuaient à accroître leurs chances.

Toutefois, dans les urnes, les inquiétudes à l'égard de l'économie et de l'inflation ont pesé lourd sur l'état d'esprit des électeurs. La hausse du coût de la vie crée des tensions sur l'ensemble du spectre des revenus. Alors que le prix de l'essence est reparti à la hausse, les électeurs s'inquiètent de la criminalité et de l'immigration illégale, du ralentissement de la croissance et de l'inflation annuelle de 8,2%, autant de facteurs qui ont considérablement favorisé les républicains. Toutefois, ces derniers, et en particulier les candidats soutenus par l'ancien président Donald Trump, ne se montrent pas à la hauteur des attentes qui prévoyaient une forte progression.

Blocage législatif

L'impact principal d'un Congrès divisé serait de limiter davantage la capacité des démocrates à faire adopter de nouvelles lois, ce qui accentuera probablement les blocages législatifs et forcera à davantage de compromis bipartisans dans des domaines tels que la défense, le soutien à l'Ukraine et la réduction de la dépendance des chaînes d'approvisionnement vis-à-vis de la Chine. Il existe néanmoins déjà un consensus sur ce dernier point, et nous ne prévoyons aucun changement significatif en matière de fiscalité, de législation environnementale ou de règlementation des entreprises technologiques suite à ces élections.

Avec un Congrès divisé, les républicains vont probablement adopter une ligne plus stricte en matière de discipline fiscale, par exemple en contrant des mesures de relance que les démocrates pourraient chercher à mettre en œuvre durant la récession à venir. Cela dit, les démocrates ont concentré sur les deux premières années de leur mandat de nombreuses initiatives politiques et mesures de relance importantes, parmi lesquelles l'IRA et près de 1 900 milliards de dollars de dépenses destinées aux infrastructures, à l'énergie propre et à l'industrie des semi-conducteurs, aux prix des médicaments et à la réforme Medicare, ainsi que des changements à la tête des autorités de réglementation et autres agences. Un contrôle plus strict des dépenses budgétaires pourrait aussi augmenter le risque de fermeture de l'administration fédérale, si le Congrès ne renouvelle pas le financement annuel des opérations du gouvernement avant la date limite du 16 décembre 2022 et l'arrivée au pouvoir du nouveau Congrès. Cette date tombe traditionnellement vers le mois d'octobre, et ce risque pourrait réapparaître en 2023 et 2024.

Discipline budgétaire plus stricte et plafond de la dette

Sa faible majorité à la Chambre des représentants diminuerait le risque que le parti républicain utilise le plafond de la dette pour forcer les démocrates à réduire les dépenses et à faire des concessions. Un dépassement de cette limite dans les mois à venir pourrait déclencher des mesures extraordinaires de la part du Trésor américain. Le républicain Patrick McHenry, probable nouveau président de la Commission des services financiers à la Chambre des Représentants, a souligné le danger qu'il y avait à utiliser le plafond de la dette comme élément de marchandage dans les négociations. Nous pensons donc que la probabilité d'un défaut technique est très faible. Entretemps, il semble que les démocrates discutent des moyens de relever ce plafond –potentiellement jusqu'en 2024 – dans les mois à venir, avant l'entrée en fonction du nouveau Congrès.

Alors qu'il existe un large consensus en faveur de sanctions à l'encontre de la Russie suite à l'invasion de l'Ukraine, l'avance des républicains pourrait se traduire par plus d'opposition à l'aide militaire et financière des États-Unis à ce pays. En effet, huit mois après le début du conflit, les républicains sont divisés sur la question des dépenses, alors que rien ne laisse présager la fin du conflit. Si certains exigent plus de surveillance et de responsabilité, d'autres se demandent si ces fonds ne devraient pas être plutôt consacrés aux problèmes économiques nationaux. Les démocrates pourraient chercher à obtenir un financement pour l'Ukraine en faisant adopter un programme d'aide avant le 3 janvier, date où le Congrès changera de mains.

La perte du contrôle de la Chambre des représentants va compliquer la suite du mandat du président Biden, et réduire ses chances de se représenter en 2024. Les républicains pourraient enquêter sur ses actions exécutives. La probable décision des républicains de clore l'enquête sur l'attentat du 6 janvier 2021 contre le Capitole pourrait diviser davantage encore un pays où le système politique reste contesté et les tensions vives. Toutefois, les résultats de mi-mandat plus médiocres que prévu pour les républicains, ainsi que le triomphe du rival républicain de Donald Trump, le gouverneur de Floride Ron DeSantis, pourraient compliquer la candidature attendue de l'ancien président à la Maison Blanche lors des élections de 2024. M. Trump pourrait l'annoncer le 15 novembre prochain.

Elections : Un moment crucial du cycle économique

Les élections de mi-mandat interviennent à un moment clé du cycle économique. Si elles constituent un test important pour le système politique américain, le facteur déterminant pour l'évolution des marchés reste bien sûr la trajectoire de la politique monétaire américaine, qui dépend du succès de la lutte contre l'inflation et, surtout, de l'évolution d'un marché du travail tendu. Bien que les données d'octobre montrent que la croissance de l'emploi ralentit, la pénurie de main-d'œuvre indique que le taux de chômage restera à un niveau bas, maintenant une pression aussi forte qu'inconfortable sur les salaires, et contraignant la Fed à resserrer sa politique. Après la quatrième hausse consécutive de 75 points de base (pb) en novembre, nous prévoyons un ralentissement à 50 pb en décembre et un pic des taux autour de 5,0% en 2023. Nous nous attendons à trois trimestres difficiles pour l'économie américaine, et à une croissance du produit intérieur brut réel de 0,7% seulement l'année prochaine, les marchés du logement et de l'emploi souffrant du resserrement des conditions financières.

Cela dit, les marchés accueilleront avec prudence ce nouveau rapport des forces au Congrès, car il pourrait avoir des répercussions positives sur les marchés obligataires et boursiers américains. Du fait qu'elle implique moins de nouvelles émissions et moins d'inflation, une discipline budgétaire plus stricte pourrait avoir un effet positif sur les obligations du Trésor. Même si une aide militaire supplémentaire à l'Ukraine devait s'avérer plus difficile à obtenir, les sanctions sur l'énergie russe devraient être maintenues, soutenant le dollar américain par rapport à l'euro grâce à l'avantage des Etats-Unis en matière des termes de l'échange.

Nous avons récemment augmenté nos expositions aux bons du Trésor à un niveau surpondéré, et nous conservons notre surpondération du dollar, dont la vigueur devrait perdurer dans les mois à venir. Nous conservons notre sous-pondération des actions américaines, privilégiant les valeurs de qualité. En termes de secteurs, nous surpondérons la santé et l'énergie.

Au fur et à mesure du dépouillement des votes restants, nous continuerons à suivre de près l'impact des résultats des élections de mi-mandat sur les marchés et la politique étrangère américaine, ainsi que sur les programmes budgétaires nationaux.

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Stéphane Monier est Chief investment officer chez Lombard Odier.

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