Renouvelables : la France ne va pas investir 300 milliards

Non, la France n’investira pas 300 milliards dans les renouvelables, le budget de l’État n’est pas l’unique voie de financement, et le soutien public en 2025 reste maîtrisé : les données de la CRE permettent de rétablir la réalité derrière trois idées largement répandues sur l’électricité.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 2 septembre 2025 9h15
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Renouvelables : la France ne va pas investir 300 milliards - © Economie Matin
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Ce 1er septembre 2025, le document de la CRE, intitulé Démêler le vrai du faux, éclaire trois affirmations souvent reprises dans l’espace public : un prétendu investissement de 300 milliards pour les énergies renouvelables, l’idée que leur développement pèserait automatiquement sur le budget de l’État, et l’évolution du soutien public aux EnR en 2025.

La France a-t-elle prévu 300 milliards d’euros pour les EnR ?

La rumeur de 300 milliards d’euros attribués aux énergies renouvelables circule depuis plusieurs mois. Or, les chiffres officiels démentent cette projection. Selon la CRE, les investissements prévus concernent d’abord les réseaux : environ 100 milliards d’euros pour RTE (transport) et 90 milliards pour Enedis (distribution) d’ici 2040. Ces sommes couvrent la maintenance, le renouvellement, le raccordement de nouveaux consommateurs et l’adaptation au changement climatique. En additionnant les coûts dédiés spécifiquement au raccordement des EnR, environ 18 milliards pour les installations terrestres et 37 milliards pour l’éolien en mer, on reste très loin des 300 milliards évoqués.

En parallèle, la CRE estime le soutien public nécessaire pour atteindre les objectifs à environ 50 milliards d’ici 2060 dans un scénario médian des prix de marché. Même en ajoutant raccordements et soutien public, le total reste bien en dessous du chiffre avancé. Surtout, ces investissements sont étalés sur plusieurs décennies, et ne constituent pas un effort budgétaire immédiat. L’idée d’un « plan 300 milliards » unique et massif pour les renouvelables ne repose donc sur aucune donnée officielle.

Le développement des EnR implique-t-il forcément plus de budget d’État ?

Dire que les énergies renouvelables dépendent exclusivement du budget de l’État est une simplification. En réalité, la CRE rappelle que le financement est partiellement public, partiellement privé. En 2025, environ 6,9 milliards d’euros sont inscrits comme soutien public aux EnR, par le biais de mécanismes tels que l’obligation d’achat ou le complément de rémunération. Mais ces montants varient selon le prix de marché. Lorsque celui-ci est élevé, les filières compétitives peuvent même rapporter de l’argent à l’État. Ainsi, pendant la crise énergétique 2022-2023, les EnR ont généré 5,5 milliards d’euros de recettes budgétaires.

Par ailleurs, d’autres voies de financement existent. Les PPA (power purchase agreements), contrats conclus directement entre producteurs et acheteurs privés, permettent de développer de nouvelles capacités sans solliciter le budget de l’État. La CRE encourage leur montée en puissance à travers un premier observatoire publié en 2025. Affirmer que le développement des renouvelables passe « forcément » par une hausse budgétaire de l’État est inexact et incomplet.

En 2025, le soutien public aux EnR est-il en augmentation ?

La réponse est oui, mais de façon mesurée. La CRE chiffre à 6,9 milliards d’euros le soutien public aux énergies renouvelables en 2025, contre 6,4 milliards en 2020. Cette hausse relative s’explique surtout par une augmentation des volumes soutenus, passés de 72 TWh à 81 TWh, alors même que les charges unitaires diminuent, de 89,74 €/MWh à 85,62 €/MWh. Autrement dit, l’État dépense un peu plus au global car il soutient davantage de production, mais le coût par unité baisse.

Il faut aussi noter le poids persistant des anciens contrats photovoltaïques signés avant 2010, avec des tarifs supérieurs à 500 €/MWh. Ces engagements représentent encore près de 2 milliards d’euros en 2025, mais la majorité arrivera à échéance avant 2033, avec une baisse progressive dès 2029. En conséquence, si le soutien public 2025 est légèrement supérieur à celui de 2020, il reste dans la continuité.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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