Dirigeants d’entreprise : la moitié juge le contexte moins prévisible depuis le Covid-19

Selon une enquête réalisée par l’Unédic, un dirigeant d’entreprise sur deux juge son environnement moins prévisible depuis le Covid-19. Face aux polycrises successives, 75% qualifient le contexte d’imprévisible, et 66% estiment cette incertitude durable.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 11 juin 2026 9h16
Dirigeants d'entreprise : la moitié juge le contexte moins prévisible depuis le Covid-19
Dirigeants d’entreprise : la moitié juge le contexte moins prévisible depuis le Covid-19 - © Economie Matin
66%De l'avis de 66% des dirigeants d'entreprise, le climat d'incertitude actuel devrait persister.

Trois quarts des entreprises françaises naviguent en eaux troubles

Un dirigeant d'entreprise sur deux considère son environnement économique moins prévisible depuis la pandémie de Covid-19. La 4ème édition de l'enquête « Le travail en transitions » publiée par l'Unédic le 8 juin 2026 confirme une mutation profonde du paysage entrepreneurial français : l'incertitude permanente s'impose comme nouvelle norme de gestion. L'étude, menée auprès de 400 dirigeants d'entreprise d'au moins un salarié entre le 26 janvier et le 23 février 2026, mesure l'ampleur de la transformation.

Les chiffres révèlent une perception généralisée de l'instabilité : trois quarts des dirigeants qualifient l'environnement actuel d'imprévisible, dont 29% le jugent « très imprévisible ». Permacrises, polycrises, accumulation de chocs depuis 2020 : l'imprévisibilité transcende désormais secteurs d'activité et tailles d'entreprise, touchant l'ensemble du tissu économique français.

Plus alarmant encore, 66% des dirigeants anticipent la persistance de ce climat d'incertitude. L'instabilité politique nationale pèse « beaucoup » sur leur capacité à se projeter pour 71% d'entre eux, devançant l'inflation (61%) et les évolutions du marché (54%). Conflits géopolitiques et besoins en recrutement complètent un tableau préoccupant, chacun affectant 46% des répondants.

L'horizon de planification se rétrécit drastiquement

L'atmosphère incertaine réduit mécaniquement la capacité d'anticipation des chefs d'entreprise. Un quart d'entre eux ne parviennent plus à se projeter au-delà de six mois, dont 7% renoncent totalement aux projections. Une situation inédite qui tranche avec les décennies précédentes, où la planification stratégique s'étendait couramment sur trois à cinq ans. L'instabilité politique française aggrave la donne. La perspective d'un État potentiellement bloqué financièrement jusqu'en 2027, sans véritable budget jusqu'en août ou septembre, constitue un scénario inédit sous la Ve République qui renforce l'anxiété entrepreneuriale.

Face à cette nouvelle donne, les dirigeants privilégient une approche défensive. Au cours des douze derniers mois, six sur dix ont reporté ou réduit leurs investissements, tandis qu'un sur deux a modifié ses prix de vente et renégocié avec ses fournisseurs. La préservation de trésorerie l'emporte sur l'expansion, comme en témoigne l'adaptation des stratégies de gouvernance d'entreprise face aux risques accrus.

Les ressources humaines subissent également cette pression. Plus de huit dirigeants sur dix ont dû arbitrer sur au moins un levier RH : 46% ont privilégié la formation de leurs collaborateurs à de nouvelles compétences, 45% ont gelé leurs recrutements et 40% ont suspendu les promotions internes. Jean-Eudes Tesson, vice-président de l'Unédic, précise que « quand la visibilité se réduit, les chefs d'entreprise doivent faire des choix forts, qu'il s'agisse d'embauches, d'investissements ou de réorganisation ».

Une stratégie attentiste pour l'année à venir

L'année prochaine s'annonce placée sous le signe de la prudence. Les dirigeants prévoient majoritairement de maintenir leurs niveaux d'investissements technologiques (63%) et en moyens de production (62%). La recherche et développement pâtit davantage de l'atmosphère incertaine, avec seulement 51% des entreprises prévoyant de conserver leur niveau d'investissement.

Concernant les effectifs, plus de trois dirigeants sur quatre optent pour un gel de leurs équipes, excluant tant les recrutements que les réductions de postes. L'impossibilité de trancher dans un sens ou dans l'autre face à un avenir si incertain génère une stratégie d'attentisme généralisée.

L'enquête ayant été réalisée avant le conflit impliquant les États-Unis, Israël et l'Iran, ces arbitrages concernant les stratégies RH ont potentiellement évolué depuis vers encore plus de prudence.

Quand l'incertitude mine le moral entrepreneurial

Au-delà des aspects financiers et organisationnels, l'incertitude permanente pèse lourdement sur l'état psychologique des dirigeants. Paradoxalement, 96% se disent déterminés et trois quarts affichent leur optimisme. Pourtant, 62% se sentent fatigués, et 60% sous pression ou stressés.

La fatigue psychologique touche particulièrement les dirigeants de TPE et ceux qui anticipent une instabilité durable. Un phénomène préoccupant quand ces entrepreneurs constituent l'épine dorsale du tissu économique français et les acteurs clés de la réindustrialisation du pays.

L'enquête de l'Unédic révèle une transformation structurelle du rapport des dirigeants à l'avenir économique. L'incertitude n'est plus un accident de parcours mais une donnée permanente avec laquelle composer. Une mutation qui interroge autant sur les nouveaux modèles de pilotage d'entreprise que sur l'accompagnement nécessaire de ces dirigeants face aux défis d'un monde économique en perpétuelle évolution.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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