Bruxelles dévoile une campagne d’éducation financière inédite. Son ambition : transformer l’épargne dormante en investissement productif et donner aux Européens les clés pour naviguer dans la Bourse, les banques et les marchés avec davantage de connaissances.
Épargne : Bruxelles veut éduquer pour mobiliser les 11.000 milliards d’euros qui dorment

Le 30 septembre 2025, la Commission européenne a présenté une vaste stratégie d’éducation financière. L’objectif est clair : renforcer les connaissances des citoyens et encourager une mobilisation plus efficace de l’épargne. Dans une Union européenne où la moitié de la richesse des ménages repose encore sur des dépôts bancaires, Bruxelles veut créer un nouvel élan en matière d’investissement et d’accès à la Bourse.
Que veut faire Bruxelles en matière d’éducation financière ?
La Commission a annoncé deux initiatives complémentaires. D’un côté, une stratégie commune pour développer la littératie financière. Aujourd’hui, moins de 20 % des citoyens affichent un haut niveau de connaissances en matière d’éducation financière, selon l’Eurobaromètre publié avec la Commission européenne. Pour combler ce retard, Bruxelles prévoit une campagne de sensibilisation paneuropéenne, un financement spécifique et la mise en commun des meilleures pratiques. Comme l’a souligné l’exécutif européen : « Avec la bonne combinaison de connaissances et de compétences financières, les citoyens peuvent mieux budgétiser, éviter les escroqueries et la fraude, économiser plus efficacement et se sentir mieux équipés pour investir pour leur avenir ».
De l’autre, Bruxelles recommande la création de « comptes d’épargne et d’investissement » (Savings and Investment Accounts). Ces SIAs offriraient des avantages fiscaux et une fiscalité simplifiée, tout en étant accessibles à travers divers prestataires, notamment des banques traditionnelles, des néo-courtiers ou des sociétés d’investissement. L’idée est de réduire les obstacles pour les particuliers et d’intégrer davantage de citoyens européens dans les circuits de financement de l’économie réelle.
Mobiliser 11.000 milliards d’euros dormants
Les chiffres confirment l’urgence. Environ 11 500 milliards d’euros dorment dans les dépôts bancaires de l’Union, selon la Fédération bancaire européenne. Or, ces fonds sont sous-utilisés pour soutenir la croissance et l’investissement. La Commission rappelle que près de la moitié de la richesse des ménages est immobilisée en dépôts, tandis qu’un tiers seulement des Européens investissent en actions, selon le Financial Times.
Dans ce contexte, Maria Luís Albuquerque, commissaire aux services financiers, a affirmé : « Nous voulons donner à nos citoyens les incitations pour mettre réellement leurs économies au travail ». Le but est de faire de l’éducation financière un levier pour transformer l’épargne en capital productif, stimuler l’investissement dans les entreprises européennes et renforcer l’autonomie économique de l’Europe.
Mais Bruxelles doit composer avec les compétences fiscales, détenues par les États membres. L’Union ne peut pas imposer la création de SIAs, seulement les recommander. Chaque pays devra donc adapter cette initiative à son propre cadre fiscal et bancaire, ce qui suppose une concertation délicate.
Comment cette campagne va se mettre en œuvre sur le terrain
La mise en pratique passe par plusieurs leviers. Une information massive sera diffusée via une campagne européenne destinée à rappeler les bases : comprendre un budget, évaluer un risque, comparer des produits d’épargne ou distinguer un investissement en actions d’un dépôt bancaire. Ces messages viendront compléter les actions locales déjà lancées dans certains pays.
Bruxelles soutiendra aussi financièrement les initiatives nationales, en développant des programmes pilotes et des outils pédagogiques pour les écoles et les adultes. Le suivi sera assuré grâce à des indicateurs européens, comme le baromètre Eurobaromètre, mais aussi via des indicateurs nationaux pour mesurer les progrès. L’EBF a par ailleurs formulé huit recommandations : intégrer l’éducation financière tout au long de la vie, renforcer l’évaluation des programmes et partager les meilleures pratiques. Selon la fédération, « les niveaux de culture financière restent faibles dans l’UE », et seule une approche systématique permettra de mobiliser l’épargne vers la Bourse et les marchés de capitaux.
