La falaise des brevets : l’occasion que la France va rater

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By Agnès C.
La falaise des brevets : l'occasion que la France va rater
La falaise des brevets : l'occasion que la France va rater - © Economie Matin

D'ici 2035, des milliers de brevets pharmaceutiques vont expirer dans le monde entier. Une aubaine historique pour réduire la facture des médicaments de plusieurs milliards d'euros. Sauf que profiter de cette manne suppose d'avoir une industrie du générique compétitive — et une politique du médicament intelligente. Deux cases vides dans le formulaire français.

19,4 Mds€

C'est ce que la France rembourse chaque année en médicaments via l'Assurance maladie — un budget sous pression que la falaise des brevets pourrait alléger significativement, à condition d'agir.

Une fenêtre historique qui ne se rouvrira pas

Imaginez un instant une vague qui déferle : d'ici 2035, des dizaines de médicaments blockbusters vont perdre leur protection brevetée. Ozempic, Keytruda, Dupixent — des noms qui pèsent chacun plusieurs milliards de dollars de chiffre d'affaires mondial. Quand un brevet tombe, les génériques entrent en scène. Et quand les génériques arrivent, les prix s'effondrent, parfois de 60 à 80 % en quelques mois. Pour les systèmes de santé qui savent jouer cette carte, c'est une économie colossale, immédiate, sans douleur pour le patient.

L'Allemagne l'a compris depuis longtemps. Outre-Rhin, la part des génériques dépasse 80 % des volumes prescrits. Au Danemark, les pharmaciens sont incités contractuellement à substituer le princeps par le générique le moins cher disponible. En France ? On atteint péniblement 37 % de génériques en valeur, avec des médecins qui cochent encore la case "non substituable" par habitude ou par pression des labos. Un retard structurel qui coûte des milliards chaque année — et que la falaise des brevets va rendre encore plus inexcusable.

Le rendez-vous raté d'une politique du médicament à courte vue

Force est de constater que la France n'a jamais vraiment décidé si elle voulait être un pays producteur de médicaments ou un pays acheteur intelligent. Elle essaie d'être les deux — et réussit médiocrement dans les deux cas. D'un côté, on subventionne l'innovation pharmaceutique via le crédit impôt recherche, sans exiger en retour des prix raisonnables sur les produits développés ici. De l'autre, on freine l'essor des génériques pour ménager les grands laboratoires, qui emploient et qui lobbient.

Résultat : quand une molécule tombe dans le domaine public, la France n'a pas toujours la capacité industrielle locale pour produire le générique, ni le cadre réglementaire assez souple pour référencer vite les nouveaux entrants. Les procédures d'autorisation à la française — tatillonnes, lentes, normées à l'excès — ralentissent l'arrivée des génériques de six à dix-huit mois après leur homologation européenne. Ce délai a un coût. Un coût que personne ne calcule officiellement. Un coût que le contribuable paie en silence.

Ce que les réformateurs courageux feraient dès demain

La bonne nouvelle, c'est que le levier existe. Il est connu, documenté, éprouvé chez nos voisins. Premier chantier : automatiser la substitution générique sauf exception médicale dûment justifiée, et non l'inverse comme aujourd'hui. Deuxième chantier : accélérer les procédures de référencement des biosimilaires — ces génériques du vivant qui arrivent derrière les grandes molécules biologiques. Troisième chantier : conditionner partiellement les remboursements des princeps à leur écart de prix avec le générique disponible.

Ces trois mesures, appliquées avec fermeté sur la durée du prochain quinquennat, pourraient économiser entre 3 et 5 milliards d'euros par an sur la facture médicament — sans toucher à un seul lit d'hôpital, sans supprimer un seul poste de soignant.

La falaise des brevets est une chance que l'histoire offre une fois par génération. On peut la saisir. Ou regarder l'Allemagne et la Suède encaisser les économies pendant qu'on débat encore du formulaire de substitution. Le choix appartient aux décideurs. L'addition, elle, appartient à tout le monde.

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Agnès C. est une économiste libérale qui conseille dans l'ombre une large partie du personnel politique français, proposant des solutions pragmatiques et courageuses pour redresser les comptes publics.

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