Le gouvernement prépare une évolution majeure du Compte Personnel de Formation (CPF). Dans le cadre du budget 2027, il souhaite rendre obligatoire la validation des projets de formation avant tout financement. Une mesure qui marque un changement profond de philosophie, entre recherche d’économies, efficacité des dépenses publiques et recentrage sur les besoins du marché du travail.
Formation : le gouvernement revient sur la liberté totale de choix

Le CPF au cœur d'un changement de philosophie de la formation
Le compte personnel de formation (CPF) s'apprête à connaître l'une de ses transformations les plus importantes depuis la réforme de 2018. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a confirmé que l'exécutif envisage désormais d'imposer une validation préalable de chaque projet de formation financé par le dispositif. L'objectif affiché est double : mieux orienter les actifs vers des parcours débouchant réellement sur un emploi et contenir une dépense publique devenue particulièrement dynamique.
Cette inflexion intervient alors que le gouvernement prépare le projet de loi de finances pour 2027 dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. La formation professionnelle figure parmi les politiques appelées à contribuer à l'effort de redressement des finances publiques. Derrière cette réforme se dessine ainsi une remise en question de l'un des fondements du CPF : la liberté laissée à chaque titulaire de choisir directement sa formation.
Le principe défendu par le gouvernement est relativement simple. Avant qu'une formation puisse être financée par le CPF, son intérêt devra être évalué par un tiers. Pour les salariés suivant une formation sur leur temps de travail, cette validation passerait par l'employeur. Dans les autres situations, elle serait confiée à un conseiller en évolution professionnelle (CEP), qu'il s'agisse de France Travail, de l'Apec, des Missions locales, de Cap Emploi ou des opérateurs privés agréés selon les profils des bénéficiaires.
Le ministère du Travail souhaite ainsi s'assurer que chaque parcours de formation corresponde réellement au projet professionnel de son titulaire tout en répondant aux besoins du marché de l'emploi. Jean-Pierre Farandou résume cette orientation par une formule appelée à marquer les débats : il veut transformer le « P » du CPF, qui ne signifierait plus seulement « personnel », mais également « professionnel ». Selon le ministre, la priorité n'est plus d'encourager une consommation massive de formations, mais d'améliorer leur efficacité économique et leur impact sur l'emploi.
Cette approche constitue un véritable changement par rapport à la réforme portée en 2018 par Muriel Pénicaud. À l'époque, le gouvernement avait supprimé les intermédiaires afin de donner davantage d'autonomie aux actifs grâce à l'application Mon Compte Formation. Chaque salarié pouvait mobiliser librement les droits accumulés sur son compte, alimenté de 500 euros par an dans la limite de 5.000 euros pour la majorité des actifs. Ce fonctionnement avait largement contribué au succès du dispositif, qui s'est imposé comme l'un des principaux outils de développement des compétences en France.
Le succès du CPF s'est toutefois accompagné de plusieurs dérives. La multiplication des fraudes, le développement de certaines formations jugées peu utiles au regard de l'emploi et la hausse continue des dépenses publiques ont progressivement conduit les pouvoirs publics à renforcer les contrôles. Depuis plusieurs années, plusieurs tours de vis se sont succédé : participation financière obligatoire des bénéficiaires, restrictions concernant certains permis de conduire, suppression du financement de certaines formations à la création d'entreprise ou encore renforcement des dispositifs de lutte contre les fraudes.
Le gouvernement cherche à rendre le CPF plus efficace et moins coûteux
La future réforme s'inscrit directement dans cette logique de régulation. Bercy espérerait générer environ 350 millions d'euros d'économies supplémentaires chaque année grâce à cette nouvelle organisation. À titre de comparaison, France compétences prévoit de consacrer environ 1,35 milliard d'euros au financement du CPF en 2026. Dans le contexte actuel des finances publiques, chaque levier de maîtrise des dépenses fait désormais l'objet d'un examen attentif.
Le gouvernement estime également que la question ne relève plus seulement du volume des dépenses mais de leur efficacité. Jean-Pierre Farandou défend une logique d'investissement dans les compétences plutôt qu'une logique de consommation de formations. L'idée consiste à privilégier les parcours offrant de véritables perspectives d'insertion, d'évolution professionnelle ou de reconversion plutôt que des formations dont l'impact sur l'emploi apparaît limité.
Cette orientation trouve un écho dans le récent rapport du sénateur Emmanuel Capus consacré au fonctionnement du CPF. Tout en reconnaissant que la réforme de 2018 a largement démocratisé l'accès à la formation, le parlementaire juge que les résultats demeurent insuffisants au regard des sommes engagées. Plus de 1,2 million de personnes utilisent désormais le dispositif chaque année, mais plusieurs indicateurs interrogent sur son efficacité réelle.
Les données rassemblées par le Sénat montrent notamment que seulement 57% des bénéficiaires valident effectivement leur formation. Une étude de la Dares souligne également que parmi les demandeurs d'emploi ayant suivi une formation via le CPF, seuls 35 % occupent un emploi huit à neuf mois plus tard. Enfin, un utilisateur sur cinq déclare ne poursuivre aucun objectif professionnel précis au moment de mobiliser ses droits. Autant d'éléments qui alimentent aujourd'hui le discours du gouvernement en faveur d'un encadrement renforcé des achats de formation.
La formation devient un investissement davantage encadré
Au-delà de la validation préalable des projets, le gouvernement poursuit un objectif plus large : améliorer la qualité globale des formations financées par des fonds publics. Une nouvelle version du référentiel qualité destiné aux organismes de formation est attendue dans les prochaines semaines. L'exécutif souhaite ainsi renforcer les exigences applicables aux prestataires afin de limiter les formations jugées peu pertinentes ou insuffisamment professionnalisantes.
Cette volonté rejoint plusieurs recommandations formulées par le Sénat. Emmanuel Capus estime notamment qu'une part importante des formations suivies reste insuffisamment qualifiante. Les formations non certifiantes représentent encore plus de 38% des actions financées, tandis que les formations inscrites au Répertoire national des certifications professionnelles ne constituent que 17,4% de l'offre suivie. Le rapport invite ainsi à orienter davantage les financements vers des parcours répondant aux besoins des entreprises, des territoires et des secteurs en tension.
La lutte contre la fraude continue également de se durcir. La loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales renforce les obligations des organismes de formation et des bénéficiaires. Désormais, un titulaire du CPF absent sans motif légitime à l'examen final d'une formation certifiante devra rembourser les sommes engagées pour cette formation. Les organismes devront également transmettre davantage d'informations à la Caisse des dépôts et publier leurs taux de réussite, tandis que les sanctions financières sont alourdies en cas de fraude ou de remboursement tardif.
Ces nouvelles règles prolongent plusieurs mesures adoptées depuis deux ans pour contenir les abus. Le reste à charge, instauré en 2024 puis porté à 150 euros au printemps 2026, les restrictions sur le financement de certains permis de conduire ou encore la fin de l'éligibilité de certaines formations à la création d'entreprise participent toutes d'une même stratégie : réserver davantage les financements publics aux formations présentant un véritable intérêt professionnel.
Le CPF entre maîtrise budgétaire et liberté de choix
Cette évolution ne fait toutefois pas l'unanimité. Plusieurs acteurs de la formation professionnelle redoutent que la validation obligatoire constitue un recul par rapport aux principes ayant fondé le succès du CPF. D'après les informations du quotidien Les Échos, Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud et artisan de la réforme de 2018, dénonce une remise en cause de la liberté laissée aux actifs de construire leur propre parcours professionnel. Selon lui, le véritable enjeu consiste à mieux réguler l'offre de formation plutôt qu'à restreindre les possibilités offertes aux utilisateurs.
Le député Renaissance Sylvain Maillard a lui aussi vivement réagi en estimant qu'« enterrer le CPF » reviendrait à faire preuve de défiance envers la capacité des salariés à choisir eux-mêmes leur avenir professionnel. Il s'interroge également sur le calendrier de cette annonce, formulée en pleine préparation budgétaire, alors que les arbitrages parlementaires n'ont pas encore commencé.
Les professionnels de la formation observent également les conséquences économiques des réformes successives. Selon plusieurs études publiées en juillet, le nombre de formations financées a reculé de 11% en 2025. Dans le même temps, les prix moyens continuent de progresser. Une formation financée par le CPF coûte désormais en moyenne 1.785 euros, soit une hausse de 3,8% sur un an. Les organismes doivent donc composer avec une demande moins dynamique, des plafonds de financement plus contraignants et des exigences de qualité de plus en plus élevées.
Cette transformation est déjà perceptible sur le marché. La demande de formations affichait en mai 2026 un recul de 38% par rapport à la moyenne observée en 2023. Pour autant, plusieurs spécialistes estiment que cette période pourrait ouvrir un nouveau cycle pour la formation professionnelle. Les organismes seraient amenés à démontrer davantage la valeur ajoutée de leurs programmes, tandis que les entreprises retrouveraient un rôle plus important dans le financement et l'orientation des parcours grâce au développement des mécanismes de cofinancement et d'abondement.
