La France, « homme malade de l’Europe » : le réveil brutal

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud
La France, "homme malade de l'Europe" : le réveil brutal
La France, "homme malade de l'Europe" : le réveil brutal - © Economie Matin

Pendant que le budget 2027 s'examine au Parlement, la presse internationale nous administre une douche froide : la France est désormais citée en exemple... de ce qu'il ne faut pas faire. Entre fonctionnaires trop nombreux et économies en trompe-l'œil, le compte n'y est toujours pas.

1 076

Nombre d'équivalents temps plein supprimés dans la fonction publique d'État en 2027 — sur 5,7 millions d'agents publics au total. Soit 0,02% des effectifs.

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Quand le monde entier nous regarde dépenser

"L'homme malade de l'Europe." "Maillon faible." "Moment grec." Ces expressions ne viennent pas de pamphlets populistes français. Elles ornent les colonnes du *Financial Times*, des grands quotidiens allemands et britanniques, alors que le Parlement entame mercredi l'examen du budget 2027. La gifle est publique, internationale, et parfaitement méritée.

Force est de constater que la France a réussi un exploit remarquable : se faire montrer du doigt par des pays qui ne sont pourtant pas eux-mêmes sans reproche. Quand Berlin ou Londres nous donnent des leçons de rigueur budgétaire, c'est que la situation est sérieuse. Très sérieuse. Notre déficit public caracole autour de 6% du PIB, notre dette frôle les 115% du PIB, et nos créanciers commencent à regarder les taux d'intérêt de nos obligations avec un sourcil levé.

Ce qui m'inquiète, ce n'est pas tant le regard des journaux étrangers. C'est que ces mêmes journaux parlent à nos investisseurs, à nos partenaires commerciaux, aux entreprises qui hésitent à s'installer en France plutôt qu'en Pologne ou aux Pays-Bas. Chaque article assassin a un prix — et c'est l'économie française qui le paie.

1 076 suppressions de postes : le grand bluff

Voilà le chiffre que le gouvernement a sorti avec une certaine fierté : 1 076 équivalents temps plein supprimés en 2027 dans les ministères et opérateurs de l'État. Sur 5,7 millions d'agents publics, cela représente exactement 0,02% des effectifs. Je vous laisse apprécier l'effort.

Ce qui est pire, c'est que ces "suppressions" sont à nuancer, comme le révèle le Figaro. Certains postes sont simplement transférés d'une case à une autre du tableau de bord administratif. La France compte aujourd'hui davantage de fonctionnaires qu'il y a dix ans, malgré des décennies de promesses de réforme de l'État. Pendant ce temps, la Suède a réduit de 20% la taille de son secteur public en quinze ans, sans que les services aux citoyens ne s'effondrent — bien au contraire.

Je pense que le vrai problème est culturel autant que budgétaire. Des hauts fonctionnaires de l'association Servir, anciens élèves de l'ENA, le reconnaissent eux-mêmes dans un "Livre vert" publié cette semaine : il existe une "insouciance partagée" sur la dette. Quand les gardiens du temple avouent avoir collectivement regardé ailleurs, on mesure l'ampleur du déni qui a prévalu.

La lucidité, maintenant ou jamais

Le RN propose 140 milliards d'économies d'ici 2032. Les économistes relèvent des approximations importantes, des dépenses sous-estimées, des recettes surévaluées. Le gouvernement lui répond avec ses 1 076 postes supprimés. Franchement, ni l'un ni l'autre ne semblent à la hauteur de l'enjeu.

Ce dont la France a besoin, ce n'est pas d'une nouvelle trajectoire budgétaire sur cinq ans, dessinée à la règle sur un coin de table en période électorale. C'est d'une transformation structurelle : moins de millefeuille administratif, moins de subventions distribuées à tout-va, une fiscalité qui donne envie d'entreprendre plutôt que de fuir.

Nos voisins allemands, suisses, hollandais n'ont pas trouvé de formule magique. Ils ont simplement fait ce que nous refusons obstinément depuis trente ans : dire la vérité aux Français sur ce que le pays peut se permettre.

Le monde entier nous regarde. La question est : allons-nous continuer à faire semblant de ne pas voir ?

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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