Fraude aux allocations : un fléau de mieux en mieux détecté

Des chiffres de fraude aux allocations qui grimpent, des méthodes de plus en plus sophistiquées, et des institutions à cran. Derrière les montants en jeu, se dessine une bataille souterraine que les services sociaux mènent au quotidien, entre vigilance algorithmique et poursuites pénales. Mais peut-on encore endiguer une dérive aussi systémique ?

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Rédacteur Published on 11 mai 2025 14h00
fraude
Fraude aux allocations : un fléau de mieux en mieux détecté - © Economie Matin
20En 2024, 20% de fraudes aux allocations familiales ont été détectées en plus.

Dans les colonnes de La Tribune Dimanche, le 4 mai 2025, le directeur de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), Nicolas Grivel, a dressé un tableau inédit de la situation en matière de fraude aux aides sociales. Un mot qui rime avec défiance, contrôle renforcé, mais aussi progrès technique. En 2024, les chiffres battent des records, et le ton s’alourdit.

Fraude : les chiffres accablants d’une année noire

En 2024, la Cnaf a détecté 450 millions d’euros de fraudes aux allocations, selon son directeur. Ce chiffre, en hausse de 20 % par rapport à 2023, marque une nouvelle étape dans la traque des comportements frauduleux. « Cette hausse (…) ne signifie pas que les allocataires fraudent plus qu’avant, mais que nous avons amélioré notre capacité de contrôle », insiste Nicolas Grivel dans son entretien à La Tribune Dimanche.

En effet, pas moins de 30 millions de contrôles ont été réalisés, selon le dossier de presse officiel de la CAF publié le 5 mai 2025. Un record absolu, rendu possible par le croisement massif de données avec France Travail, la Direction générale des Finances publiques ou encore les parquets.

Pour la CAF, la fraude sociale ne dépasse pas 3 % des montants versés, soit environ 3 milliards d’euros sur les 100 milliards distribués chaque année, comme le rapporte Capital. Un taux marginal ? Pas tout à fait : sur le terrain, les enquêteurs spécialisés, épaulés de gendarmes, juristes, data scientists et banquiers, multiplient les investigations. C’est que la fraude ne se contente plus d’être artisanale.

Fraude : l’individu au cœur du système

Si les escroqueries en réseau attirent les projecteurs, la majorité des fraudes restent individuelles. « Un allocataire qui occulte certaines informations pour obtenir une prestation plus élevée, qui ne déclare pas la totalité de ses ressources ou encore qui ne mentionne pas qu’il est en couple », énumère Nicolas Grivel. À cela s’ajoute la désormais classique fraude à la résidence, qui consiste à percevoir des aides alors qu’on vit à l’étranger plus de trois mois par an — une condition éliminatoire.

Cette fraude de proximité, quasi-invisible sans croisement de fichiers, repose souvent sur des déclarations mensongères : ressources minorées, situations de famille dissimulées, domiciles fictifs… Rien de très numérique, mais tout de même rentable. Les fraudeurs savent comment ajuster leurs déclarations pour rester sous les radars. Ou plutôt, savaient.

Car aujourd’hui, l’intelligence artificielle est à la manœuvre : les systèmes informatiques de la CAF « détectent automatiquement des anomalies de déclaration », avant qu’un contrôleur ne prenne le relais. Une politique de contrôle désormais centrée sur les profils à risque, et non plus sur des vérifications aléatoires.

Fraude : l’industrie du contournement s’organise

Mais le plus préoccupant reste ailleurs. Comme l’indique Nicolas Grivel, « une montée en puissance de la fraude organisée » s’observe, avec des réseaux structurés, souvent transnationaux, exploitant la complexité administrative pour créer des identités fictives, des fausses déclarations d’activité ou des entreprises écran.

Ces fraudeurs nouvelle génération ne se contentent plus de petites tricheries : ils exploitent des failles, recrutent des complices, utilisent les réseaux sociaux pour vendre des conseils illégaux ou proposer des services de fabrication de faux documents. Pire : dans certains cas, les allocataires eux-mêmes deviennent les victimes d’usurpations ou de montages frauduleux sans même le savoir.

Face à ces techniques industrielles, la CAF a réagi : le Service national de lutte contre la fraude (SNLF) a été renforcé, avec 40 agents spécialisés répartis sur le territoire, en coordination étroite avec la Justice, selon le dossier de presse de la CAF (mai 2025). « Nous ne sommes pas naïfs », déclarait Grivel dans La Tribune Dimanche. Les sanctions aussi montent en intensité : pénalité de 10 % des sommes indûment perçues, remboursement intégral, voire amendes jusqu’à 375 000 euros et 5 ans de prison pour les cas les plus graves (legifrance.gouv.fr, Article L553-2 du Code de la sécurité sociale).

No comment on «Fraude aux allocations : un fléau de mieux en mieux détecté»

Leave a comment

* Required fields