La fraude bancaire poursuit sa progression en France. Si les taux restent contenus, les montants détournés continuent d’augmenter, portés par l’essor des paiements dématérialisés et par une fraude par manipulation de plus en plus sophistiquée. Les dernières données de la Banque de France confirment un basculement préoccupant.
La fraude bancaire dépasse les 600 millions d’euros en 2025

Le 27 janvier 2026, la Banque de France a publié les chiffres semestriels de la fraude aux moyens de paiement en France. Selon l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, la fraude progresse nettement au premier semestre 2025, confirmant une tendance structurelle qui inquiète le secteur bancaire, malgré une maîtrise globale des taux de fraude.
La fraude bancaire progresse en France et dépasse 600 millions d’euros
La fraude bancaire continue de gagner du terrain en France. Au premier semestre 2025, l’usage des moyens de paiement scripturaux progresse fortement, atteignant 18 087 milliards d’euros, en hausse de 5 % sur un an selon la Banque de France. Dans le même temps, la fraude augmente plus rapidement, avec une progression de 7 % en montant, pour atteindre 618 millions d’euros. Cette évolution confirme que la fraude accompagne mécaniquement l’essor des paiements.
Toutefois, derrière cette apparente stabilité, la structure de la fraude bancaire évolue profondément. La Banque de France insiste sur le fait que la hausse des montants fraudés appelle à une vigilance accrue, notamment face à l’adaptation rapide des fraudeurs. Si le système bancaire parvient à contenir les ratios de fraude, la multiplication des transactions et la sophistication des attaques font peser un risque croissant sur les utilisateurs comme sur les établissements.
Fraude bancaire : le recul de la carte bancaire masque une menace émergente
La fraude bancaire recule nettement sur les moyens de paiement traditionnels. Au premier semestre 2025, la fraude à la carte bancaire diminue de 9,8 %, pour s’établir à 211 millions d’euros. Le taux de fraude atteint un niveau historiquement bas de 0,048 %, contre 0,053 % un an plus tôt, selon les chiffres de l’Observatoire. Cette amélioration concerne la quasi-totalité des usages, y compris les paiements sur internet, dont le taux de fraude recule à 0,129 %.
Dans le même temps, la fraude bancaire liée aux chèques poursuit son repli. Les montants fraudés reculent de 16 %, à 123 millions d’euros, dans un contexte de baisse continue de l’usage du chèque. La Banque de France met en avant l’efficacité accrue des dispositifs de détection bancaire, tout en soulignant que la sécurisation des remises de chéquiers reste un enjeu. Cette amélioration globale masque toutefois une menace bien plus préoccupante.
La fraude bancaire par manipulation est le nouveau risque majeur en France
La principale alerte concerne la fraude bancaire par manipulation. Après une stabilisation en 2024, ce type de fraude repart fortement à la hausse au premier semestre 2025. Les montants bondissent de 37 %, pour atteindre 245 millions d’euros, selon la Banque de France. Cette fraude cible prioritairement les virements réalisés depuis les espaces de banque en ligne, aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels.
Les fraudeurs exploitent désormais les ressorts de l’ingénierie sociale avec une efficacité croissante. Faux appels, SMS frauduleux, courriels usurpant l’identité d’un conseiller bancaire ou messages diffusés via des applications de messagerie constituent le cœur de ces attaques. La Banque de France souligne que, malgré le déploiement de l’authentification forte et du mécanisme d’authentification des numéros, les fraudeurs adaptent leurs techniques en utilisant des numéros banalisés en 06 ou 07.
Face à cette évolution, le secteur bancaire déploie de nouveaux outils. Depuis octobre 2025, la vérification du bénéficiaire permet de contrôler la cohérence entre un IBAN et l’identité du titulaire du compte. Un fichier national des IBAN signalés pour risque de fraude doit également entrer en service en mai 2026, dans le cadre de la loi du 6 novembre 2025 contre la fraude bancaire. Pour Denis Beau, sous-gouverneur de la Banque de France et président de l’Observatoire, « la reprise du développement des fraudes par manipulation montre que l’effort collectif doit se poursuivre ».
