La fraude redessine le paysage bancaire français. Les pertes s’alourdissent, les risques se complexifient et la pression réglementaire s’intensifie, au moment même où la banque accélère vers le tout-numérique. Selon l’« Enquête auprès des dirigeants bancaires sur les risques de fraude – Édition France 2026 » publiée par BioCatch, la menace devient structurante pour le modèle économique des établissements.
Fraude : des pertes en forte hausse pour les banques françaises

Fraude : hausse des pertes pour le secteur bancaire
La première alerte concerne l’ampleur des pertes. Selon BioCatch, « 44 % observent une augmentation des pertes et 43 % estiment qu’elles dépassent 10 millions de dollars par an ». Près d’un établissement sur deux constate donc une dégradation de son exposition financière.
Ce chiffre n’est pas isolé. Toujours selon l’enquête, 60 % des cadres supérieurs français identifient les comptes mules comme une menace majeure. Ces structures servent de relais aux flux détournés, industrialisent la fraude et compliquent la récupération des fonds. Par conséquent, la perte ne se limite plus à quelques incidents ponctuels : elle s’inscrit dans des chaînes organisées, plus rapides, plus difficiles à tracer. BioCatch écrit : « Les escroqueries par usurpation d’identité, en particulier celles impliquant de faux conseillers bancaires, continuent de frapper les institutions financières françaises » L’ingénierie sociale exploite la confiance du client dans sa banque. Dès lors, la fraude n’attaque pas seulement un système informatique ; elle attaque la relation.
Les dispositifs anti-fraude sont efficaces, mais...
Sur le papier, les banques affichent une certaine confiance. Selon BioCatch, 64 % des dirigeants jugent leurs dispositifs antifraude « efficaces » et 34 % « très efficaces ». Cette perception positive reflète des investissements massifs, notamment dans l’analyse comportementale et le machine learning. Cependant, la réalité opérationnelle nuance fortement ce tableau. BioCatch indique que 79 % des répondants signalent des taux de faux positifs supérieurs à 40 %. Ce phénomène génère des frictions pour les clients, mobilise des équipes déjà sous pression et accroît les coûts internes. La lutte contre la fraude devient ainsi un facteur de complexité organisationnelle.
En outre, seuls 18 % des dirigeants déclarent résoudre la majorité des enquêtes fraude en moins d’une journée, selon BioCatch. Ce délai illustre l’écart entre détection et traitement. Plus la banque multiplie les contrôles, plus elle risque d’engorger ses propres circuits décisionnels. Le risque n’est donc pas uniquement financier ; il est aussi opérationnel.
Le risque réputationnel inquiète les banques françaises
Au-delà de la perte comptable, la réputation apparaît comme la principale inquiétude. BioCatch souligne que « 79 % considèrent que l’atteinte à la réputation constitue un risque plus préoccupant que l’impact financier » Dans un environnement concurrentiel, la banque repose sur la crédibilité de sa marque. Un client victime d’escroquerie attend une réaction rapide, transparente et équitable. À défaut, l’incident peut se transformer en crise médiatique ou en contentieux.
Cette préoccupation influence directement les politiques de remboursement. Toujours d’après l’enquête, 67 % des établissements français remboursent au moins la moitié des victimes d’escroqueries. Plus précisément, 43 % remboursent entre 51 % et 75 % des victimes, 24 % entre 76 % et 100 %, tandis que 25 % couvrent entre 26 % et 50 %. Une minorité – 3 % – rembourse seulement entre 1 % et 25 %, et 5 % traitent les dossiers au cas par cas.
Le numérique amplifie les risques de fraude
La digitalisation accélère encore les enjeux. Selon BioCatch, 69 % des répondants prévoient d’adopter un processus d’entrée en relation 100 % numérique. Cette évolution promet une réduction des coûts opérationnels et une amélioration de l’expérience client. Néanmoins, elle accroît parallèlement l’exposition aux identités synthétiques et à la création de comptes mules.
Le développement des paiements instantanés constitue un autre facteur de vulnérabilité. Le rapport souligne que l’adoption accrue des virements instantanés crée de nouvelles opportunités d’attaques, les fonds pouvant être transférés en quelques secondes. Dans un tel contexte, la fenêtre d’intervention se réduit drastiquement. La banque doit détecter, analyser et décider presque en temps réel.
