L’Union européenne a validé l’interdiction des importations de gaz russe d’ici à fin 2027, marquant une étape clé de son indépendance énergétique. Cette décision, à la fois économique et géopolitique, recompose la carte de l’énergie européenne et redéfinit la place de la France.
Le gaz russe banni par l’Union européenne d’ici fin 2027

Le 20 octobre 2025, les vingt-sept ont donné leur feu vert politique à l’interdiction d’importer du gaz russe dans l’Union européenne d’ici la fin de 2027. Le dispositif s’appuie sur une extinction progressive des contrats existants et la fermeture des vannes commerciales à court terme. L’objectif est double : réduire une dépendance encore importante et sécuriser l’énergie européenne par des alternatives crédibles.
Ce que l’UE vient de décider et pourquoi le calendrier est étagé
L’Union européenne a donné son feu vert sur l’interdiction d’importer du gaz russe d’ici à fin 2027, acte confirmé au niveau ministériel. L’approche retenue reste graduelle, afin de préserver la sécurité d’approvisionnement et de ménager la transition contractuelle. D’après la position formalisée par le Conseil de l’UE le 20 octobre 2025, l’architecture prévoit l’arrêt des nouveaux contrats de gaz russe au 1ᵉʳ janvier 2026, la fin des contrats de court terme au 17 juin 2026, puis l’extinction des contrats de long terme au 1ᵉʳ janvier 2028 — l’objectif politique restant la fin 2027 pour ne plus importer de gaz russe. Selon le Conseil, ce phasage vise à sécuriser la transition tout en réduisant rapidement les flux liés à la Russie.
Au-delà des dates, la raison est stratégique. En 2021, près de la moitié des importations européennes de gaz provenaient de Russie ; en 2024-2025, cette part est retombée autour de 19 %, signe d’une décrue spectaculaire mais inachevée. Les Vingt-Sept veulent donc verrouiller juridiquement le reflux de ces flux, à la fois pour limiter un levier géopolitique russe et pour éviter que des contrats de gaz survivants prolongent la dépendance. La logique est assumée : d’ici 2027, l’Union européenne doit pouvoir fonctionner sans gaz russe, quitte à accélérer la diversification des origines et à intensifier les efforts d’économies d’énergie.
Qui reste dépendant du gaz russe, et dans quelles proportions ?
Même si la part de la Russie s’est réduite, elle reste visible. Des États comme la Hongrie ou la Slovaquie importent encore des volumes significatifs de gaz russe, ce qui explique les mécanismes transitoires. Près de 20 % du gaz acheté par l’Europe est russe. La dynamique reste néanmoins puissante : la Norvège a pris le relais via les gazoducs, tandis que le GNL (gaz naturel liquéfié) s’est imposé comme amortisseur de chocs, avec des importations qui ont dépassé la centaine de milliards de m³ en 2024.
Cette recomposition n’est pas homogène. Certains pays ont basculé massivement vers le GNL, d’autres ont optimisé leurs interconnexions, d’autres encore ont réduit leur demande de gaz par des économies d’énergie et le déploiement accéléré des renouvelables. L’Union européenne a ainsi transformé en moins de trois ans l’équation d’approvisionnement, mais l’interdiction à horizon 2027 oblige à finaliser les derniers chaînons : contrats alternatifs fermes, logistique portuaire, capacités de regazéification et stockage alignés avec les pics hivernaux.
Comment l’UE et ses États membres vont-ils remplacer ces volumes ?
La substitution repose sur trois piliers. D’abord, la diversification des origines de gaz (Norvège pour les gazoducs ; Qatar, États-Unis, Afrique de l’Ouest pour le GNL), afin de diluer le risque fournisseur. Ensuite, l’adaptation rapide des infrastructures : terminaux méthaniers — fixes et flottants —, renforcement des interconnexions, et capacités de stockage dimensionnées pour la pointe. Enfin, la demande de gaz doit baisser structurellement via l’efficacité énergétique, l’électrification ciblée, la montée en puissance du biogaz et, à terme, de l’hydrogène renouvelable. Cette combinaison est déjà visible dans les chiffres : la part du gaz russe a fondu, tandis que le GNL européen a franchi des seuils record en 2024.
Politiquement, l’interdiction formalise une trajectoire déjà enclenchée depuis 2022. Techniquement, elle sécurise un cap commun, avec un calendrier clair pour les opérateurs. Économiquement, elle suppose de composer avec un gaz souvent plus cher que les anciens flux russes, surtout quand le GNL devient marginal fournisseur d’équilibre. Néanmoins, la visibilité réglementaire aide à négocier des contrats de moyen terme et à programmer les investissements d’énergie nécessaires à l’échelle de l’Union européenne.
