La Gen Z est beaucoup plus sexiste que les Baby-Boomers

Le sexisme ne disparaît pas mécaniquement avec l’âge ni avec l’arrivée d’une nouvelle cohorte sur le marché du travail, dans les urnes ou dans la vie de couple. Une vaste étude internationale publiée le 5 mars 2026 montre au contraire qu’une partie des hommes de la génération Z adhère plus volontiers que ses aînés à des normes très traditionnelles sur l’autorité masculine, l’autonomie des femmes et la place de chacun dans le foyer. Ces résultats, loin d’annoncer un retour uniforme en arrière, dessinent surtout un paysage contradictoire, où aspirations modernes et réflexes conservateurs cohabitent.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 6 mars 2026 7h53
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La Gen Z est beaucoup plus sexiste que les Baby-Boomers - © Economie Matin
33%33 % des jeunes hommes jugent que le mari doit avoir le dernier mot

Le 5 mars 2026, à trois jours de la Journée internationale des droits des femmes, King’s College London et Ipsos ont rendu publique une enquête menée dans 29 pays auprès de 23 268 adultes. Le sujet est massif, et sa portée dépasse la simple photographie d’opinion. Car cette étude mesure une tension centrale de notre époque : le sexisme persistant au sein de la génération Z, y compris chez ceux que l’on imaginait spontanément plus favorables à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le résultat qui a le plus frappé les observateurs tient en une formule brutale. Près d’un tiers des hommes de la génération Z, soit 31 %, déclarent qu’une épouse devrait toujours obéir à son mari, tandis que 33 % estiment que le mari devrait avoir le dernier mot dans les décisions importantes du foyer, selon King’s College London. Le constat est d’autant plus marquant qu’il émane d’une génération souvent décrite comme la plus sensible aux enjeux d’égalité, de diversité et de justice sociale.

Le sexisme chez les hommes de la génération Z explose

L’étude montre d’abord un écart net entre jeunes hommes et générations plus âgées. Les hommes de la génération Z sont deux fois plus nombreux que les hommes baby-boomers à approuver l’idée qu’une épouse devrait obéir à son mari, avec 31 % contre 13 %, selon l’étude du King’s College London. Sur la question de l’autorité domestique, 33 % des jeunes hommes jugent que le mari doit avoir le dernier mot, contre 17 % chez les baby-boomers. Chez les femmes, le contraste existe aussi : 18 % des femmes de la génération Z adhèrent à cette injonction d’obéissance, contre 6 % des femmes baby-boomers.

Ces chiffres révèlent une persistance du sexisme sous une forme très classique, celle d’une hiérarchie au sein du couple. Or cette hiérarchie ne s’arrête pas à la décision conjugale. L’enquête indique que 24 % des hommes de la génération Z pensent qu’une femme ne devrait pas paraître trop indépendante ou autonome, contre 12 % des hommes baby-boomers. Elle montre aussi que 21 % des jeunes hommes considèrent qu’une « vraie femme » ne devrait jamais initier une relation sexuelle, contre 7 % chez les hommes baby-boomers, selon la même source.

La sociologue Heejung Chung, directrice du Global Institute for Women’s Leadership de King’s Business School, juge qu’« il est profondément préoccupant de voir les normes de genre traditionnelles persister aujourd’hui ». Dans le communiqué, elle souligne un « écart frappant entre les opinions personnelles, bien plus progressistes, et ce que les gens imaginent que la société attend d’eux ».

La masculinité toxique est très présente

L’un des apports les plus intéressants de l’étude est précisément de refuser la caricature. Les jeunes hommes apparaissent comme le groupe le plus conservateur sur plusieurs questions de genre, mais ils expriment aussi certaines attentes très contemporaines. 41 % des hommes de la génération Z déclarent trouver les femmes qui réussissent professionnellement plus attirantes, contre 27 % des baby-boomers des deux sexes. Ce décalage dit quelque chose d’une époque où l’autonomie féminine peut être valorisée symboliquement tout en restant contenue dès qu’elle touche au pouvoir, à l’indépendance quotidienne ou à l’équilibre du couple.

Kelly Beaver, directrice générale d’Ipsos au Royaume-Uni et en Irlande, résume cette ambivalence en parlant d’« une grande renégociation de la manière dont hommes et femmes habitent les rôles de genre dans la société actuelle », selon King’s College London. Cette formule éclaire bien le cœur du dossier. Le sexisme contemporain ne prend pas toujours la forme d’un rejet frontal de l’émancipation des femmes. Il peut aussi coexister avec l’admiration pour leur réussite, tant que cette réussite ne remet pas en cause certains privilèges masculins dans la sphère intime.

Le même mécanisme apparaît dans le rapport au masculin. Les hommes de la génération Z sont aussi plus nombreux à intérioriser des normes rigides sur leur propre comportement. Trente pour cent d’entre eux estiment que les hommes ne devraient pas dire « je t’aime » à leurs amis, 43 % pensent que les jeunes hommes devraient chercher à être physiquement durs même s’ils ne le sont pas naturellement, et 21 % considèrent que les hommes qui participent aux soins des enfants sont moins masculins. Le sexisme enferme donc à la fois les femmes et les hommes. Il assigne les premières à la retenue, à la dépendance ou à la docilité. Il impose aux seconds la dureté, l’autorité et la distance affective.

Le sexisme perçu comme norme sociale pèse sur l’égalité femmes-hommes

L’étudemesure aussi ce qu’ils croient être l’opinion dominante dans leur pays. Et c’est là que le tableau devient encore plus éclairant. À l’échelle des 29 pays, 20 % des personnes interrogées approuvent l’idée qu’une épouse devrait toujours obéir à son mari, tandis que 57 % s’y opposent, selon le rapport Ipsos. Pourtant, 31 % des répondants disent penser que, dans leur pays, les gens considèrent que les hommes doivent avoir le dernier mot dans les décisions importantes du foyer, contre 21 % seulement qui disent partager eux-mêmes cette opinion.

Ce fossé entre conviction personnelle et norme supposée a des effets très concrets. Il peut freiner la parole, banaliser les rapports de domination et donner à chacun le sentiment qu’il vaut mieux se conformer que contester. Au Royaume-Uni, par exemple, seuls 14 % des répondants disent personnellement que les femmes devraient assumer l’essentiel de la garde des enfants, mais 43 % pensent que la société l’attend d’elles ; de même, 15 % attribuent personnellement aux hommes la responsabilité principale de gagner l’argent, alors que 38 % estiment que cette attente pèse socialement sur eux. Le sexisme se perpétue donc aussi par anticipation : on se plie à ce que l’on croit être la règle générale.

Cette mécanique pèse directement sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle intervient dans le couple, dans l’éducation des enfants, dans le partage des tâches et dans la manière de se projeter professionnellement. Elle peut aussi nourrir l’idée d’une compétition entre les sexes. D’après le rapport Ipsos, 59 % des hommes de la génération Z estiment qu’on demande aux hommes d’en faire trop pour soutenir l’égalité, contre 45 % des baby-boomers.

L’égalité hommes-femmes associée à une société meilleure

L’enquête rappelle enfin que ces attitudes ne sont pas uniformes selon les pays. Dans l’échantillon de 29 pays, l’adhésion à l’idée qu’une épouse doit obéir à son mari atteint 66 % en Indonésie, 60 % en Malaisie et 52 % en Inde. À l’inverse, elle tombe à 6 % aux Pays-Bas, 4 % en Suède, 7 % en France et 7 % en Belgique, selon la même source. Le sexisme de la génération Z s’inscrit donc dans des contextes nationaux très différents, où les normes religieuses, familiales, politiques et médiatiques continuent de structurer les représentations.

L’étude montre pourtant qu’une majorité continue d’associer l’égalité à un bénéfice collectif. Dans la moyenne des 29 pays, 59 % estiment que les choses fonctionneraient mieux si davantage de femmes occupaient des postes de responsabilité dans les entreprises et les gouvernements. Le paradoxe est là. Les sociétés veulent plus de femmes au pouvoir, mais une partie non négligeable des jeunes hommes reste attachée à une répartition hiérarchique des rôles dans l’intimité. Le sexisme n’a pas disparu. Il s’est déplacé, parfois adouci dans son vocabulaire, souvent complexifié dans ses justifications, mais il continue de peser sur la possibilité d’une égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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