Google achète (déjà) de l’énergie issue de la fusion nucléaire

Deux cents mégawatts de fusion, une centrale inédite en Virginie et un géant du numérique qui parie sur l’impossible. L’alliance entre Google et CFS propulse la fusion nucléaire du laboratoire au marché.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 7 juillet 2025 7h00
fusion-nucleaire-cfs-google-reacteur-arc
fusion-nucleaire-cfs-google-reacteur-arc - © Economie Matin
1,8 MILLIARD $Google a investi 1,8 milliard de dollars dans la technologie de CFS

Le 30 juin 2025, Google a officialisé un partenariat stratégique avec la société Commonwealth Fusion Systems (CFS), une entreprise issue du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ce contrat porte sur l’achat de 200 mégawatts d’électricité provenant de la toute première centrale commerciale à fusion nucléaire, nommée ARC. Située à Chesterfield, près de Richmond, en Virginie, cette installation devrait être opérationnelle au début des années 2030.

Fusion nucléaire : Google y croit et s’associe à CFS

C’est la première fois qu’un acteur privé conclut un contrat d’achat d’électricité (PPA) à partir d’énergie de fusion. Selon Michael Terrell, directeur de l’énergie avancée chez Google, « cet accord illustre notre engagement de long terme à soutenir les technologies capables de fournir une énergie propre, fiable et abondante », explique TechCrunch.

La fusion nucléaire repose sur un principe simple : reproduire le fonctionnement du soleil en fusionnant deux noyaux d’hydrogène pour libérer une quantité massive d’énergie. Contrairement à la fission nucléaire, cette méthode ne génère ni déchets à vie longue ni émissions de gaz à effet de serre.

CFS développe actuellement le démonstrateur SPARC dans la région de Boston. Ce réacteur expérimental repose sur un tokamak compact équipé d’aimants supraconducteurs à haute température, conçus pour confiner un plasma chauffé à plus de 100 millions de degrés Celsius. SPARC vise à prouver qu’un réacteur à fusion peut produire plus d’énergie qu’il n’en consomme – un seuil critique connu sous le nom de Q>1.

Une fois cette performance validée, SPARC ouvrira la voie à la centrale ARC, qui vise une production nette de 400 mégawatts, soit l’équivalent d’une centrale à gaz naturel. Bob Mumgaard, PDG de CFS, résume l’enjeu : « Dès qu’on aura prouvé qu’un réacteur de fusion peut fonctionner, on pourra le déployer à l’échelle mondiale ».

CFS : Un nouveau financement de la part de Google

Google ne se contente pas de signer un contrat d’achat. L’entreprise a également annoncé une participation financière dans un nouveau tour de table de CFS, dont le montant serait similaire à celui de 2021, soit 1,8 milliard de dollars. Cette prise de participation confirme l’intérêt croissant des géants technologiques pour les technologies énergétiques disruptives.

L’accord prévoit également une option pour Google d’acheter de l’électricité issue de futures centrales ARC, renforçant ainsi la dimension stratégique du partenariat. « Fusion intègre désormais notre portefeuille croissant de technologies de rupture pour une énergie propre », affirme Google dans un communiqué repris par ESG News.

L’objectif affiché est clair : décarboner l’ensemble des infrastructures de Google, dont les besoins en électricité explosent, notamment pour alimenter les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. En 2024, Google a acquis plus de 8 GW d’énergies renouvelables, soit deux fois plus que l’année précédente.

Fusion nucléaire : la course mondiale à l’énergie propre du futur

L’accord entre Google et CFS s’inscrit dans un contexte de compétition féroce. En 2023, Microsoft avait signé un contrat similaire avec Helion Energy, une autre start-up spécialisée dans la fusion. Mais le contrat de CFS va plus loin : il est le premier à porter sur une centrale commerciale, avec un calendrier précis et une implantation définie.

La centrale ARC représentera un saut technologique majeur. Conçue pour fonctionner de manière stable et continue, elle pourrait alimenter l’équivalent de 150 000 foyers américains. Si le projet réussit, il ouvrirait la voie à une série d’unités reproductibles à l’échelle industrielle, marquant l’entrée de la fusion dans l’ère de la production énergétique globale.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

1 comment on «Google achète (déjà) de l’énergie issue de la fusion nucléaire»

  • Gérard

    Vous ne mentionnez pas le projet international ITER en cours de développement à Cadarache, dont le prototype devrait être opérationnel en 2035

    Répondre
Leave a comment

* Required fields