Le 7 septembre 2026, à Nuuk, au Groenland, Ursula von der Leyen a matérialisé le rapprochement entre l’Union européenne et le Groenland par une annonce très concrète : un package « Global Gateway » de 200 millions d’euros destiné à être investi en 2026 et 2027.
Groenland : où iront les 200 millions d’euros promis par l’UE ?

Groenland : Ursula von der Leyen met 200 millions d’euros sur la table
Le déplacement de la présidente de la Commission européenne, aux côtés du Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen et de la Première ministre danoise Mette Frederiksen, s’est accompagné de la signature d’une nouvelle déclaration commune entre l’UE, le Groenland et le Danemark. L’enjeu dépasse cependant l’affichage diplomatique. Les fonds européens doivent irriguer des projets de câbles sous-marins, de communications satellitaires, d’énergie renouvelable et de matières premières critiques. Dans un Arctique redevenu un espace de compétition économique et géopolitique, Bruxelles cherche ainsi à transformer son soutien politique au Groenland en investissements visibles.
Le nouveau paquet européen est d’abord une enveloppe d’investissement. La Commission européenne en fixe le montant à 200 millions d’euros et précise qu’elle sera mobilisée cette année et l’année prochaine, donc sur 2026 et 2027. « Le Groenland peut compter sur l’UE », a déclaré Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission a assuré que l’Union était « pleinement solidaire du Royaume du Danemark et du peuple du Groenland ».
L’investissement devient ainsi le prolongement financier d’un engagement diplomatique réaffirmé à Nuuk. Surtout, les 200 millions d’euros ne sont pas annoncés comme une subvention indifférenciée. Bruxelles veut les orienter vers des secteurs capables de réduire plusieurs fragilités structurelles de l’île. La connectivité figure au premier rang. L’Union européenne doit travailler avec l’opérateur groenlandais Tusass afin d’accroître, pendant cinq ans, les capacités de connexion par satellite grâce à des fournisseurs européens. Des études doivent également déterminer si le développement de centres de données pourrait devenir économiquement viable à mesure que les infrastructures numériques et énergétiques progressent.
Cette priorité s’appuie déjà sur des financements européens engagés auparavant. La Commission européenne indique avoir attribué 54,7 millions d’euros au projet Tusass Connect, un câble sous-marin destiné à relier Aasiaat à Qaqortoq et à mieux connecter le nord et le centre-ouest du Groenland avec le sud de l’île. L’objectif dépasse le simple confort numérique : dans un territoire de plus de 2,1 millions de kilomètres carrés pour environ 56.600 habitants, la fiabilité des télécommunications conditionne l’accès aux services, le fonctionnement des entreprises et la résilience de communautés très éloignées les unes des autres.
La Commission européenne cible câbles, énergie et minerais
Le deuxième grand axe concerne l’énergie. La Commission européenne entend soutenir un programme conduit par l’entreprise publique groenlandaise Nukissiorfiit pour moderniser et décarboner l’approvisionnement des localités isolées. Des systèmes hybrides faisant davantage appel aux énergies renouvelables doivent permettre d’améliorer simultanément la fiabilité de la fourniture électrique et la part des sources propres. Bruxelles et Nuuk étudient aussi un soutien à l’extension de Buksefjord, principale installation hydroélectrique du Groenland, afin d’accompagner l’augmentation de la demande d’électricité dans la capitale.
Les matières premières constituent l’autre pilier économique du dispositif. Le Groenland détient 25 des 34 matières premières critiques recensées par l’Union européenne comme essentielles aux transitions verte et numérique. L’intérêt de Bruxelles ne consiste donc pas uniquement à financer l’extraction. La coopération vise également les analyses techniques, la mise en relation avec les investisseurs et l’intégration de projets groenlandais dans les chaînes de valeur industrielles européennes. La fiche officielle UE-Groenland cite notamment le projet de graphite d’Amitsoq, porté par GreenRoc, ainsi que le projet de molybdène de Malmbjerg comme exemples du potentiel de chaînes de valeur communes.
Cette orientation est déjà encadrée politiquement. La déclaration signée à Nuuk reprend l’objectif de développer des chaînes de valeur de matières premières selon des standards environnementaux, sociaux et de gouvernance élevés. Elle mentionne aussi les infrastructures portuaires et aéroportuaires, le logement, l’énergie bas carbone, les câbles sous-marins, les satellites, la recherche, la cybersécurité et la protection des infrastructures critiques. Le document, toutefois, ne crée pas à lui seul d’obligations juridiques ou financières. Les engagements concrets dépendront donc des programmes, projets et instruments budgétaires qui seront effectivement mobilisés.
Groenland : la Commission européenne prépare un saut budgétaire
L’annonce des 200 millions d’euros prend une autre dimension lorsqu’elle est comparée aux crédits européens déjà consacrés au territoire. Pour la période 2021-2027, l’Union a alloué 225 millions d’euros au Groenland dans le cadre de la décision d’association outre-mer. Sur cette somme, 90 % sont consacrés à l’éducation et 10% à la croissance verte. À elle seule, cette enveloppe représente 45% des 500 millions d’euros destinés à l’ensemble des pays et territoires d’outre-mer associés à l’Union.
Le nouveau paquet marque donc une diversification rapide de l’usage de l’argent européen. Historiquement, l’éducation demeure un axe central de la relation entre Bruxelles et Nuuk. La pêche constitue l’autre pilier ancien : le protocole couvrant la période 2025-2030 prévoit une contribution européenne d’environ 17,3 millions d’euros par an, dont 3,2 millions d’euros destinés au développement durable du secteur groenlandais. Désormais, la logique s’élargit à l’énergie, aux infrastructures numériques, aux minerais, au logement et au tourisme.
Le mouvement pourrait encore s’amplifier après 2027. La Commission européenne propose d’allouer 530 millions d’euros au Groenland pour la période 2028-2034. Le montant serait donc supérieur de 305 millions d’euros à l’enveloppe de 225 millions prévue dans le cadre actuel. Dans le même temps, Bruxelles propose de porter à 999 millions d’euros le financement total destiné aux pays et territoires d’outre-mer. Reuters relève également ce projet de hausse très importante du soutien au Groenland. À ce stade, il s’agit toutefois d’une proposition liée au prochain cadre financier européen et non d’une dépense définitivement adoptée.
Ursula von der Leyen inscrit l’investissement dans une stratégie arctique
L’accélération budgétaire européenne ne peut être dissociée du contexte géopolitique. Cette visite d'Ursula von der Leyen intervient dans une période de fortes tensions provoquée par les ambitions exprimées par Donald Trump à l’égard du Groenland. Pour Bruxelles, les investissements servent ainsi deux objectifs parallèles : soutenir le développement économique du territoire selon les priorités groenlandaises et consolider la présence européenne dans une région devenue stratégique pour la sécurité, les ressources et les communications.
Cette dimension politique n’efface pas la volonté de présenter les dépenses sous l’angle des retombées locales. Le package doit également financer ou préparer des actions concernant le logement, le tourisme durable et les petites entreprises. Le logement répond notamment au vieillissement d’une partie du parc immobilier, tandis que le tourisme est considéré comme un levier de diversification et d’emplois. Une unité de gestion de programme doit par ailleurs renforcer les capacités administratives du gouvernement groenlandais pour mettre en œuvre les priorités et les programmes soutenus par l’Union.
À Nuuk, Jens-Frederik Nielsen a résumé cette interdépendance en déclarant : « Le Groenland a besoin de l’Union européenne, et l’Union européenne a besoin du Groenland ». La relation possède déjà des fondations institutionnelles particulières : le Groenland a quitté la Communauté économique européenne en 1985, mais reste associé à l’UE en tant que pays et territoire d’outre-mer, tandis que les Groenlandais disposent de la citoyenneté européenne en raison de leur nationalité danoise, rappelle la Commission européenne.
