Trois questions à Hugo Larricq, CEO de Mon courtier énergie
Guerre en Iran : quelles conséquences pour le prix du gaz ?
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Published on 7 mars 2026 8h30

40%Avant la guerre en Ukraine, la Russie fournissait plus de 40 % du gaz consommé dans l’Union européenne.
Faut-il craindre une pénurie de gaz en France à court terme ?
La réponse est non, et ce pour plusieurs raisons structurelles et conjoncturelles.
D'abord, le niveau de nos réserves : si elles sont actuellement à 20 % de leur capacité, nous sommes sur les mêmes niveaux qu’en 2025. Certes, au niveau européen, les stocks sont plus bas (31 %, soit une baisse de 22 % par rapport à l'an dernier) à cause d'un hiver plus rude sur le continent, mais la France bénéficie d'une météo récente favorable. Les tempêtes actuelles génèrent des flux océaniques plutôt que des vents froids, entraînant une chute de la consommation de -25 % ces dernières semaines.
Ensuite, notre approvisionnement est sécurisé et n'a plus rien à voir avec la crise de 2022 :
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Plus de la moitié arrive par gazoducs, dont 40 % provient de Norvège.
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L’autre moitié arrive par GNL (navires) via les ports de l’Atlantique et de la Méditerranée, avec les États-Unis comme premier fournisseur (21 %).
Enfin, les marchés restent sereins. Si l'on observe de la volatilité, les contrats à long terme (au-delà de 2027) n'intègrent aucune hausse majeure, signe que le marché anticipe une résolution des tensions rapidement. De plus, la France est structurellement moins dépendante des zones de conflit actuelles que l'Asie, qui repose davantage sur le gaz du Moyen-Orient.
Quels sont les leviers prioritaires pour les ménages afin de limiter leurs factures ?
L’effort de sobriété est déjà bien engagé. Entre 2020 et 2023, la température moyenne est passée de 19,9°C à 19,2°C dans le privé, et de 21,1°C à 20,2°C dans les copropriétés.
Mais il reste une marge de progression, notamment dans les grandes villes où le chauffage représente encore 70 % à 80 % de la consommation globale. Les réflexes à adopter sont :
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Le pilotage thermique : Baisser de 1°C permet d'économiser 7 % sur sa facture. L'utilisation de thermostats programmables ou connectés est essentielle pour réduire la chauffe la nuit ou en cas d'absence.
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La gestion de l'eau chaude (10 % à 15 % du budget) : Il est conseillé de baisser la température des chaudières à 50°C, de privilégier les douches et d’installer des mousseurs sur les robinets. Ces derniers injectent de l’air pour diminuer le débit d'eau sans perdre en confort de pression.
Si les tensions en Iran s'aggravent, l'Europe devra-t-elle racheter du gaz russe ?
L’Europe a déjà prouvé sa capacité de résilience : la part du gaz russe est passée de 45 % en 2021 à environ 15 % aujourd’hui. Si certains pays comme l'Autriche, la Hongrie ou la Slovaquie utilisent encore le gaz russe faute d'infrastructures de substitution (terminaux GNL ou interconnexions), de nombreux projets vont voir le jour dans les prochains mois. L’objectif d'une indépendance totale en 2027 reste la trajectoire officielle, soutenue par l'apport massif du gaz américain.
Le risque majeur d'un conflit prolongé est en réalité ailleurs : il se situe en Asie. Si les pays asiatiques ne peuvent plus se fournir au Moyen-Orient, ils se tourneront massivement vers la Russie (notamment la Chine). Cela offrirait des revenus accrus au gouvernement russe, renforçant mécaniquement sa capacité à soutenir ses offensives militaires. Pour l'Europe, l'enjeu n'est donc pas le retour au gaz russe, mais la surveillance de ces nouveaux flux mondiaux.
