À l’approche de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école (5 novembre), trois expertes (Joana, Sarah et Iris Chicheportiche) partagent leurs conseils pour aider les parents à identifier les signes du harcèlement, ouvrir le dialogue avec leur enfant et intervenir efficacement. Leurs recommandations couvrent la distinction entre une dispute et du harcèlement, l’observation des changements comportementaux, et les bonnes pratiques d’écoute.
Harcèlement scolaire : repérer les signes, libérer la parole et agir

À l'approche de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école, qui se tiendra le 5 novembre prochain, Babychou Services, spécialiste de la garde à domicile d'enfants de 0 à 12 ans, a souhaité accompagner les parents et les aider au mieux à repérer les signes, ouvrir le dialogue et agir.
Un enfant qui ne veut plus aller à l'école, un camarade systématiquement laissé de côté, des moqueries répétées, des messages blessants… Le harcèlement peut s'installer discrètement, à l'école comme au collège, et se prolonger jusque dans la maison, à travers les écrans. Comment comprendre ce qui se passe, trouver les mots justes et protéger son enfant ?
Pour accompagner les familles sur ce sujet sensible, Joana, titulaire d'une licence en sciences de l'éducation et de la formation, intervenante au sein de l'agence Babychou Services Lyon 3/7 et également assistante d'éducation dans un collège en éducation prioritaire, et Sarah, intervenante au sein de l'agence Babychou Services Lorient et maman de trois adolescentes, croisent leurs regards et livrent leurs expériences. Complétés par l'éclairage d'Iris Chicheportiche, psychologue à Issy-les-Moulineaux, leurs conseils s'adressent aux parents d'enfants de primaire comme de tout jeunes collégiens, que leur enfant soit victime, témoin ou qu'il participe lui-même au harcèlement.
Distinguer une dispute du harcèlement, sans banaliser la souffrance
Une dispute peut survenir entre enfants, y compris entre amis… Elle ne constitue pas nécessairement du harcèlement. La répétition de violences verbales, physiques ou psychologiques, leur accumulation autour d'un même enfant et la difficulté pour celui-ci de se défendre doivent alerter. Des insultes, des bousculades, un surnom humiliant, des affaires régulièrement prises ou abîmées, une exclusion des jeux, des rumeurs ou des contenus numériques dégradants peuvent en être les manifestations. Le rapport de force n'est pas seulement physique : un groupe peut aussi exercer une pression sur un enfant isolé. Il n'est pas nécessaire que les faits se produisent tous les jours, ni qu'un groupe entier y participe, pour s'en préoccuper. Au collège, Joana a notamment été confrontée à des situations liées à des propos racistes ou au handicap d'un élève. Elle souligne l'importance de ne pas s'arrêter à l'explication (et ce, qu'elle vienne des harceleurs comme des harcelés) « c'était pour jouer » : si un même enfant reçoit des coups ou subit des humiliations à plusieurs reprises, les adultes doivent recouper leurs observations et agir. Sarah invite, elle aussi, à revenir sur un événement rapporté par son enfant : est-ce arrivé une seule fois ? Cela recommence-t-il ? Comment le vit-il ? Pour autant, comprendre la répétition ne doit pas conduire à attendre un nouvel incident : une agression isolée, une menace ou une humiliation appelle déjà une réponse. L'enfant n'a pas à prouver lui-même qu'il s'agit de harcèlement pour être écouté et protégé.
Observer un changement de comportement chez son enfant
Le premier repère est souvent un changement par rapport aux habitudes de l'enfant. Celui qui racontait volontiers sa journée devient silencieux ; celui qui aimait retrouver ses camarades appréhende de quitter la maison ; celui qui mangeait et dormait bien perd l'appétit ou semble constamment fatigué. Sarah évoque particulièrement l'isolement, y compris au sein de la famille, le manque d'appétit et la « boule au ventre » avant l'école. Iris Chicheportiche attire également l'attention sur les maux de ventre ou de tête, la perte d'entrain, les rires moins fréquents, mais alerte aussi sur l'attitude corporelle : un visage fermé, des yeux baissés, des épaules recroquevillées ou un corps tendu. Ces douleurs et ce mal-être doivent être pris au sérieux, sans les réduire à un prétexte pour éviter les cours.
Dans son activité d'assistante d'éducation, Joana observe d'autres signaux : un élève qui ne veut plus manger à la cantine, reste systématiquement seul dans la cour, cherche à passer toutes ses récréations auprès des adultes, cumule soudain les retards ou les absences, voit ses résultats baisser ou change brusquement de comportement. L'irritabilité, des disputes inhabituelles et des difficultés alimentaires peuvent aussi attirer l'attention. À la maison, on peut également remarquer une inquiétude après la consultation du téléphone ou des affaires qui disparaissent régulièrement. Aucun de ces indices ne permet, à lui seul, de conclure à du harcèlement : leur persistance, leur association ou une rupture nette avec le comportement habituel doivent conduire à ouvrir le dialogue et à solliciter les adultes qui connaissent l'enfant. Un enfant discret ou aimant parfois être seul n'est pas nécessairement en difficulté ; l'enjeu est de comprendre s'il choisit cette solitude ou la subit.
Ouvrir le dialogue avec des questions précises et une présence régulière
Plutôt que « Ça a été à l'école ? », qui peut appeler un simple « oui » comme réponse, Sarah conseille d'évoquer plutôt des situations concrètes : « Avec qui as-tu joué ? À quoi ? Avec qui as-tu mangé ? Y a-til eu un moment où tu t'es senti seul ou contrarié ? ». Si un camarade est décrit comme « méchant », demander ce qu'il a fait, où, si cela s'est déjà produit et si un adulte l'a vu : autant de questions qui permettent de préciser les faits. Sarah suggère aussi de parler des autres : un enfant reste-t-il à l'écart, et comment se sent-il ? Joana souligne l'importance d'une attention régulière : revenir sur une évaluation ou un souci évoqué quelques jours plus tôt montre que l'adulte se souvient et reste disponible. Une promenade, un jeu ou un temps calme peuvent faciliter la parole, particulièrement au début du collège, lorsque l'enfant recherche davantage d'autonomie. Si les mots ne viennent pas, on peut proposer de dessiner, de montrer une émotion ou de passer par un livre adapté à son âge. La psychologue recommande notamment les histoires de Max et Lili pour aborder les insultes ou le harcèlement. Les jeux et les attitudes apportent aussi des indices, sans permettre de tirer une conclusion à partir d'un seul dessin ou d'une figurine qui en frappe une autre. L'important est de laisser une porte ouverte, de revenir vers l'enfant sans le presser et de ne pas attendre une confidence complète pour faire part d'une inquiétude à l'enseignant ou à la vie scolaire. Un médecin ou un psychologue peut offrir un autre espace de parole si nécessaire.
Accueillir une confidence sans minimiser ni culpabiliser
Sarah s'efforce d'écouter sans décrédibiliser les paroles des enfants. Répondre à son enfant « Tu exagères », « Tu es sûr ? » ou « Tu as toujours des histoires avec tes copains » est contre-productif et risque au contraire de fermer le dialogue, voire de lui faire perdre confiance en l'adulte à qui il s'est confié. On peut plutôt remercier l'enfant de sa confiance, lui dire qu'on prend ce qu'il raconte au sérieux et rappeler que personne n'a le droit de lui faire subir cela : « Tu as bien fait de m'en parler », « Ce n'est pas ta faute », « Nous allons chercher de l'aide ». Joana résume le message essentiel : « Tu n'es pas tout seul. » Il faut ensuite recueillir les éléments utiles calmement, sans interrogatoire ni répétitions incessantes. À l'inverse, lui demander pourquoi il n'a pas parlé plus tôt, lui conseiller de se défendre seul ou d'ignorer la situation peut renforcer son sentiment d'impuissance. S'il demande de garder le secret, sa peur des représailles doit être entendue. Pour autant, promettre de ne rien dire empêcherait les adultes d'agir. Joana explique aux élèves qu'elle doit transmettre aux personnes qui peuvent les aider.
