Immobilier : les classes moyennes écartées de la propriété

L’accès à la propriété s’effondre pour les classes moyennes, victimes collatérales d’une crise du logement qui concentre l’immobilier entre les mains des plus fortunés. En août 2025, un nouveau rapport met en lumière l’urgence d’agir, alors que les leviers d’ascension sociale se grippent.

By Alix de Bonnières Published on 31 août 2025 16h00
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Immobilier : les classes moyennes écartées de la propriété - © Economie Matin
29Un prêt immobilier s’étalait sur 15 ans en 2000, il s’étire aujourd’hui jusqu’à 25 voire 29 ans.

La crise de l'immobilier s’impose comme un révélateur des fractures françaises. Un rapport publié par l'Institut Montaigne alerte sur l’impossibilité croissante pour les classes moyennes de devenir propriétaires, alors même que cette aspiration reste ancrée dans l’imaginaire collectif. Or, malgré leur place centrale dans l’économie, ces foyers se retrouvent désormais exclus d’un marché verrouillé, déformé par vingt ans de dérives.

Propriété : une promesse brisée pour les actifs

Au cœur de la crise du logement, le désenchantement des classes moyennes s’incarne dans une donnée implacable : le taux de ménages propriétaires stagne. Depuis 1999, il oscille autour de 55 %, atteignant 58 % en 2014, avant de retomber à 57 % en 2024, selon l'Institut Montaigne (août 2025). Malgré des politiques publiques abondamment financées — 40 milliards d’euros dépensés chaque année par l’État, les collectivités et les employeurs — la situation se dégrade pour les accédants les plus fragiles.

Le rapport souligne : « Les trois quarts des Français pensent désormais que l’accès à la propriété est réservé à une élite ». Ce constat, particulièrement alarmant, cristallise la rupture entre les objectifs des politiques du logement et la réalité sociale. Car dans les faits, ce sont bien les plus de 50 ans et les catégories aisées qui concentrent l’essentiel des biens. Comme le résume une analyse relayée par Nice Presse : « L’accession à la propriété s’est ralentie […] la propriété se concentre désormais de plus en plus entre les mains des plus de 50 ans et des classes aisées ».

Hausse des prix, chute du pouvoir d’achat immobilier

Le fossé s’est creusé au fil des années, notamment en raison de l’envolée des prix. En deux décennies, le coût de l'immobilier a augmenté de 88 %, d’après une donnée relayée par MySweetImmo. Cette flambée, couplée à une stagnation des revenus, a mécaniquement laminé le pouvoir d’achat des primo-accédants. Résultat : la durée des crédits s’allonge. Là où un prêt immobilier s’étalait sur 15 ans en 2000, il s’étire aujourd’hui jusqu’à 25 voire 29 ans.

Ce contexte défavorable prive les classes moyennes d’une perspective de stabilité patrimoniale. Il fige aussi leur mobilité géographique, aggravant les déséquilibres territoriaux. D’autant que les inégalités d’accès à la propriété ne se limitent pas à la capacité d’endettement : elles concernent aussi la distribution du parc existant. Une minorité de 24 % des ménages possède ainsi 68 % des logements détenus par des particulier, toujours selon MySweetImmo, confirmant une concentration inédite des actifs immobiliers.

Des solutions en débat : réinventer la propriété

Face à ce constat, l'Institut Montaigne appelle à une transformation structurelle. Le rapport recommande de conjuguer intervention foncière stratégique et développement de formes hybrides d’accession à la propriété. Parmi elles : le bail réel solidaire, la propriété partagée ou progressive. Ces dispositifs visent à contourner les blocages du marché en réduisant la charge financière initiale pour les ménages.

Mais au-delà des montages techniques, c’est un changement de paradigme que suggèrent les auteurs. La propriété, longtemps conçue comme un aboutissement automatique de l’effort, doit être repensée comme un droit accessible, au service de la cohésion sociale. La crise du logement, dans ce cadre, n’est pas simplement un dysfonctionnement conjoncturel : elle incarne un symptôme de la perte d’efficacité du modèle social français. La reprise de contrôle sur les leviers fonciers devient donc une priorité.

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