La souveraineté industrielle s’impose désormais comme un enjeu stratégique majeur pour les entreprises françaises. Mais contrairement aux discours politiques, la relocalisation ne constitue plus, pour la majorité des dirigeants, une réponse crédible aux pertes de compétitivité, aux dépendances critiques et à l’intensification de la concurrence internationale.
L’industrie française abandonne la relocalisation

Début février 2026, la publication du Baromètre de la Souveraineté 2026 marque un tournant dans la manière dont les entreprises françaises appréhendent la souveraineté industrielle. Réalisée auprès de 500 dirigeants représentatifs du tissu économique national, cette étude met en évidence un consensus inédit : la souveraineté ne se reconstruira ni par un retour massif des usines, ni par une protection du marché, mais par une transformation profonde des modèles industriels, des coûts et des chaînes de valeur.
Souveraineté industrielle : la relocalisation écartée par les entreprises françaises
La souveraineté industrielle continue de reculer, mais la relocalisation ne convainc plus. Selon le Baromètre de la Souveraineté 2026, 87 % des dirigeants d’entreprises excluent toute relocalisation comme réponse à leurs enjeux de compétitivité et de souveraineté, selon l’étude publiée par le groupe de conseil Cubik le 5 février 2026. Ce chiffre, bien qu’en léger recul sur un an, confirme une tendance de fond : le retour des capacités industrielles sur le territoire national est jugé économiquement non viable.
Les raisons avancées sont avant tout structurelles. Les dirigeants citent en priorité les coûts de production et de logistique du “made in France”, évoqués par 37,5 % des répondants. À cela s’ajoute une instabilité fiscale et réglementaire croissante, mentionnée par 22,5 % des chefs d’entreprise, un facteur explicitement lié aux évolutions politiques récentes. Enfin, les difficultés de recrutement de main-d’œuvre qualifiée pèsent lourdement sur toute perspective de relocalisation industrielle, toujours selon le Baromètre de la Souveraineté 2026.
Cette défiance vis-à-vis de la relocalisation s’explique aussi par un constat partagé : la compétitivité relative de la France continue de se dégrader. D’après l’étude, 87 % des dirigeants estiment que la France ne progresse pas face aux États-Unis, et 89 % face à la Chine. Une perception confirmée par l’orientation des investissements industriels, majoritairement dirigés vers l’Asie et l’Amérique du Nord, au détriment de l’Europe.
La souveraineté industrielle fragilisée par des dépendances devenues systémiques
Au-delà de la relocalisation, le baromètre met en lumière une évolution majeure : la perte de souveraineté industrielle concerne désormais l’ensemble des ressources stratégiques. Matières premières, composants, équipements industriels, capacités de recherche et développement, mais aussi données numériques sont aujourd’hui jugés critiques par les dirigeants, quelle que soit la taille de leur entreprise.
Cette extension du champ des vulnérabilités transforme profondément la notion de souveraineté industrielle. Un dirigeant sur trois estime que ces dépendances pèsent directement sur la capacité de croissance de son entreprise, selon le Baromètre de la Souveraineté 2026. Ce constat dépasse largement les seuls secteurs industriels traditionnels et concerne désormais l’ensemble de l’économie productive.
La question énergétique illustre particulièrement cette fragilisation. Malgré l’atténuation des risques de pénuries, 64 % des dirigeants se déclarent préoccupés par l’impact du coût de l’énergie sur leur compétitivité, un chiffre en hausse de 11 points sur un an. Cette inquiétude s’inscrit dans un contexte international marqué par des stratégies industrielles offensives, notamment aux États-Unis, où l’accès à une énergie abondante et peu coûteuse constitue un pilier assumé de la réindustrialisation.
Parallèlement, une nouvelle dimension de la souveraineté industrielle émerge avec force : la souveraineté alimentaire. Les produits alimentaires sont désormais cités comme critiques par 33 % des dirigeants, contre 10 % un an plus tôt, selon le Baromètre de la Souveraineté 2026. Cette évolution intervient alors que la balance commerciale agricole française devrait devenir déficitaire pour la première fois en 2025.
Les nouveaux leviers de souveraineté industrielle
Face à ces constats, les entreprises françaises redéfinissent leurs priorités stratégiques. Plutôt que de miser sur un retour des capacités industrielles, elles privilégient des leviers jugés plus immédiatement efficaces. L’innovation est citée par 76 % des dirigeants comme le principal levier de souveraineté, en hausse de 13 points, selon le Baromètre de la Souveraineté 2026. L’amélioration de la performance opérationnelle arrive en deuxième position, mentionnée par 67 % des répondants.
Cette orientation traduit une transformation profonde de la souveraineté industrielle, désormais pensée comme une capacité à maîtriser ses processus, ses technologies et ses données, plutôt que comme un ancrage géographique. Les entreprises de taille intermédiaire et les grands groupes identifient ainsi la data comme un enjeu stratégique central. L’intelligence artificielle est désormais reconnue comme critique par 38 % des dirigeants, un chiffre en forte progression.
Pour autant, une forme de paradoxe demeure. Seuls 19 % des dirigeants reconnaissent une dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers en matière d’intelligence artificielle alors même que les principaux acteurs mondiaux du secteur sont américains.
