Données de santé : le divorce est acté, Microsoft ne les stockera plus

Le gouvernement français vient de trancher dans un dossier qui traînait depuis près de cinq ans. Le Health Data Hub, vaste entrepôt numérique destiné à centraliser les données de santé pour la recherche, quittera définitivement les serveurs de Microsoft. Une décision attendue, hautement symbolique, mais surtout stratégique : la souveraineté numérique reprend ses droits.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Rédaction Published on 6 février 2026 10h15
données de santé
Données de santé : le divorce est acté, Microsoft ne les stockera plus - © Economie Matin
67 millions67 millions de personnes vivent en France.

Une rupture longtemps différée

Annoncé en fanfare en 2019, le Health Data Hub devait révolutionner la recherche médicale française. L'idée : mutualiser les données de santé issues de l’Assurance maladie, des hôpitaux, et d’autres institutions publiques pour permettre des travaux à grande échelle, en particulier dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Mais un choix initial va empoisonner le projet dès ses débuts : celui de confier l’hébergement des données à Microsoft Azure, acteur américain soumis au CLOUD Act – une législation qui permet aux autorités des États-Unis d’exiger l’accès à des données, même hébergées hors de leur territoire.

Ce contrat avait provoqué la méfiance de la CNIL, de nombreux juristes, mais aussi d’acteurs de la souveraineté numérique. Résultat : aucun feu vert complet, des projets freinés, et un accès restreint aux chercheurs. Ce qui devait être un levier d’innovation s’est transformé en impasse technico-juridique.

Un changement de cap sous tension

Le 5 février 2026, l’État a finalement lancé un appel d’offres officiel pour choisir un nouvel hébergeur. À une seule condition : il devra être certifié SecNumCloud, le label de cybersécurité français. Une clause qui exclut d’emblée tous les géants américains du cloud.

Parmi les candidats potentiels figurent OVHcloud, 3DS Outscale (Dassault Systèmes), voire Scaleway. Tous sont français ou européens, et certains collaborent déjà avec des administrations. Le nom du futur prestataire devrait être connu fin mars, pour un transfert effectif avant l’été.

Ce n’est pas simplement un changement technique, mais un basculement de logique : fini le compromis avec les GAFAM, place à une gouvernance ancrée en Europe. Un choix cohérent avec les orientations prises par l’État depuis 2023 sur d’autres volets sensibles (justice, défense, fiscalité…).

Un espoir pour la recherche scientifique

Au-delà de la souveraineté, ce revirement pourrait enfin permettre au Health Data Hub de tenir ses promesses scientifiques. Jusqu’à présent, les chercheurs devaient se contenter d’extractions de données temporaires et limitées, loin des ambitions initiales.

Avec un hébergement sécurisé et juridiquement compatible avec les exigences françaises, la CNIL pourrait lever ses réserves. Cela ouvrirait la voie à un accès direct, contrôlé mais vaste, à des jeux de données inédits. Un tournant pour la recherche sur les maladies chroniques, les interactions médicamenteuses et l’épidémiologie prédictive via IA.

En clair, ce qui était un gisement sous-exploité pourrait devenir un moteur d’innovation à part entière.

No comment on «Données de santé : le divorce est acté, Microsoft ne les stockera plus»

Leave a comment

* Required fields