Innover et hyperpersonnaliser dans le secteur des services financiers, le défi du paradoxe de la vitesse

D’après une étude de Deloitte, les banques françaises priorisent désormais une hyperpersonnalisation des outils et favorisent l’optimisation de l’expérience client en élargissant leurs offres. Ainsi, dans un futur proche, l’IA jouera un rôle clé dans cette démarche, en renforçant la personnalisation à travers des services et des offres sur mesure. Ce développement témoigne du passage des banques des messages génériques vers une expérience plus individualisée et centrée sur l’utilisateur. Toutefois, la mise en place d’une nouvelle application, d’une nouvelle plateforme ou d’un nouvel outil déployé dans le cloud coïncide avec l’élargissement de la surface d’attaque.

Julien Fournier Netskope
By Julien Fournier Published on 25 janvier 2026 10h02
Une IA pilote l’essentiel d’une cyberattaque attribuée à des hackers chinois
Innover et hyperpersonnaliser dans le secteur des services financiers, le défi du paradoxe de la vitesse - © Economie Matin
92%92 % des employés du secteur des services financiers utilisent des applis personnelles sur leur lieu de travail.

Il s’agit du « paradoxe de la vitesse » : plus elles innovent rapidement, plus les institutions du secteur des banques, des services financiers et des assurances (BFSI) deviennent vulnérables aux cybermenaces, aux problématiques de règlementations et aux anomalies de fonctionnement, qui constituent autant de freins pour l’activité des entreprises.

Innover sans compromis

Pour les responsables de services financiers, choisir de ne pas innover n’est pas envisageable. En effet, les clients attendent des validations instantanées, des réclamations transparentes et des paiements en temps réel. Dans le domaine des fintechs affranchi du poids des systèmes hérités, les nouveaux venus donnent le ton et obligent les acteurs historiques à accélérer pour rester dans la course. Parallèlement, l’expansion à l’international, notamment sur les marchés en forte croissance tels que l’Asie-Pacifique, fait rimer opportunités avec complexité, les régulateurs et les clients exigeant des expériences numériques irréprochables.

Toutefois, nombre d’institutions financières croulent sous le poids d’infrastructures surajoutées au fil des décennies. Les systèmes redondants, les moyens de contrôle qui se chevauchent et les réseaux conçus bien avant l’ère du cloud induisent une grande complexité et ralentissent les applications essentielles au bon fonctionnement des structures. Dans un monde où quelques millisecondes peuvent avoir une incidence sur les recettes, la conformité ou la confiance, la rapidité est la clé de la survie. Cependant, les entreprises doivent privilégier des choix dans la bonne direction afin d’atteindre le juste équilibre entre vitesse, intention, stabilité et résilience.

Gérer des menaces convergentes

Les institutions financières ont toujours constitué des cibles de choix pour les cybercriminels, mais les enjeux n’ont jamais été aussi importants. À mesure que ces entreprises poursuivent leur numérisation, l’association des données sensibles, de l’augmentation des exigences règlementaires et de la rapidité d’adoption ne laisse place à la moindre erreur.

En outre, ces risques n’émanent plus uniquement d’attaquants externes, et le comportement des employés constitue dans de nombreux cas le principal facteur d’exposition au travers notamment du Shadow IT et du Shadow AI. D’après nos recherches, 92 % des employés du secteur des services financiers utilisent des applis personnelles sur leur lieu de travail. Dans leur quête d’optimisation de la productivité, 13 % d’entre eux téléversent des données professionnelles sensibles et non sécurisées vers ces applications non managées. Confirmant la gravité de la situation, 74 % des violations de la politique relative aux données des applications personnelles impliquent le téléversement de données personnelles et financières hautement règlementées. En parallèle, avec l’utilisation croissante d’outils d’IA générative non managés, la volonté d’accroître leur niveau de productivité personnelle amène nombre de collaborateurs à partager d’importantes quantités de données sensibles avec des applications non managées, échappant aux contrôles et faisant fi des règles de gouvernance.

Le paradoxe de la vitesse

En résumé, les directeurs des systèmes d’information (DSI) se trouvent confrontés à deux forces concurrentes : innover pour préserver leur compétitivité alors que chaque pas en avant semble augmenter leur exposition aux cyberrisques.

Nombre d’entreprises du secteur BFSI continuent de gérer leur cybersécurité selon une approche traditionnelle. Pendant des décennies, le modèle historique a consisté à élever de solides défenses périmétriques pour repousser les menaces et protéger les actifs. Avec le transfert des données et des applications sur le cloud, ces frontières se sont estompées. Pourtant, la plupart des institutions continuent d’appliquer des stratégies initialement conçues pour des environnements statiques. Ainsi, alors que les responsables du secteur BFSI accélèrent leur transformation numérique, les équipes en charge de la sécurité continuent de se référer à un manuel élaboré pour une époque révolue. Afin d’échapper à ce dilemme, les organisations doivent trouver le moyen de progresser rapidement tout en préservant un degré élevé de confiance et de résilience.

Avancer sans tout remettre en cause

La solution existe : intégrer la notion de conscience des risques à chaque étape de l’innovation afin que des progrès puissent être accomplis avec rapidité, mais sans fragiliser l’édifice. Dans un premier temps, cette démarche passe par la compréhension intégrée des données, de l’IA et du comportement des utilisateurs. L’objectif n’est pas seulement de neutraliser les menaces : il s’agit également d’instaurer un haut niveau de confiance à chaque transaction, chaque service et chaque innovation. En réinventant la manière dont les contrôles sont conçus et administrés, la cybersécurité peut cesser d’être considérée comme un simple mécanisme de protection pour s’imposer comme un catalyseur de croissance.

Des technologies de type zero trust ou SASE ont été conçues pour que les données puissent être transférées efficacement jusqu’à l’endroit où elles sont nécessaires sans compromettre les mesures de sécurité. Les institutions financières auront ainsi la possibilité de développer leurs services ou accéder à de nouveaux marchés sans être pénalisées par des retards inutiles ni s’exposer à de nouvelles vulnérabilités. Au lieu de la traiter a posteriori, ces cadres intègrent la cybersécurité à l’architecture dès le premier jour grâce à une surveillance et à des mesures de protection continues qui englobent les données, l’IA et l’activité des API.

De garde-barrière à levier d’innovation

Dans un secteur qui traite un volume considérable de données sensibles et précieuses, chaque innovation s’accompagne d’une exposition aux cyberrisques, à la conformité aux règlementations et aux problématiques d’image de marque. Mais en jetant les bases appropriées, la sécurité passe du statut d’obstacle à celui de levier métier.

En adoptant une approche visant deux objectifs reconnus (gérer les risques et améliorer la vélocité à parts égales et sans sabotage mutuel), les institutions financières peuvent créer une stratégie de cybersécurité de grande envergure qui protège leur activité tout en faisant en sorte qu’elle soit compétitive et puisse se développer dans une économie axée sur le numérique. En deux mots, les DSI qui parviendront à résoudre le « paradoxe de la vitesse » réussiront à redéfinir la compétitivité des services financiers au cours des années à venir.

Julien Fournier Netskope

Julien Fournier est VP Southern Europe chez Netskope

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