Energie : l’IA pourrait multiplier par quatre la consommation des datacenters

L’intelligence artificielle transforme rapidement les usages numériques. Cette évolution technologique s’accompagne d’un impact énergétique majeur. Une étude récente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie alerte sur une augmentation rapide et durable de la consommation d’électricité des datacenters, portée en grande partie par l’IA. À l’horizon 2035, les besoins énergétiques liés aux données pourraient atteindre des niveaux inédits.

Jean Baptiste Le Roux
By Jean-Baptiste Le Roux Published on 7 janvier 2026 7h10
Selon une étude de l’Ademe, l’essor de l’IA pourrait entraîner une forte hausse de la consommation d’électricité des datacenters d’ici 2035, en France et à l’étranger. Pixabay
Selon une étude de l’Ademe, l’essor de l’IA pourrait entraîner une forte hausse de la consommation d’électricité des datacenters d’ici 2035, en France et à l’étranger. Pixabay - © Economie Matin

L’IA, moteur discret mais puissant de la demande électrique

L’IA repose sur évidemment sur des volumes massifs de données. Leur stockage, leur traitement et leur circulation nécessitent des infrastructures spécialisées. Les datacenters sont donc au cœur de ce système. Ils hébergent les serveurs qui entraînent les modèles, exécutent les algorithmes et répondent aux requêtes en temps réel. Chaque avancée de l’IA, qu’il s’agisse d’assistants conversationnels, de recommandations automatisées ou d’outils prédictifs, augmente en réalité la sollicitation de ces centres.

Cette intensification des usages numériques se traduit directement par une consommation électrique plus élevée. L’électricité est indispensable non seulement pour faire fonctionner les serveurs, mais aussi pour les refroidir. Or, les besoins en calcul de l’IA sont particulièrement énergivores. L’étude de l’Ademe rappelle que, à l’échelle mondiale, les centres de données représentaient déjà plusieurs centaines de térawattheures consommés en 2024. La tendance est clairement à la hausse, portée par l’adoption massive de solutions basées sur l’IA dans les entreprises comme chez les particuliers.

En France, cette dynamique est visible. Le nombre de datacenters actifs augmente, tout comme leur puissance installée. Les usages liés à l’IA s’ajoutent à ceux du cloud, du streaming ou du commerce en ligne. Ensemble, ils créent un effet cumulatif. Sans inflexion, la demande électrique associée à l’IA pourrait devenir un enjeu majeur pour le système énergétique national.

Une hausse amplifiée par la dépendance aux infrastructures étrangères

L’analyse de l’Ademe ne se limite pas au territoire français. Une part importante de la consommation liée aux usages numériques des Français se situe hors de France. De nombreux services d’IA reposent sur des datacenters installés à l’étranger. Cette externalisation énergétique a un coût invisible mais réel. Elle implique de mobiliser de l’électricité produite dans d’autres pays, souvent avec des mix énergétiques plus carbonés.

Selon les projections de l’étude, si les trajectoires actuelles se poursuivent, la consommation totale associée aux datacenters utilisés par les Français pourrait être multipliée par plus de quatre d’ici 2035. Une large fraction de cette hausse proviendrait de centres situés hors du pays. Cette situation pose un double problème. D’une part, elle complique le pilotage de la transition énergétique. D’autre part, elle augmente indirectement les émissions de gaz à effet de serre liées à l’IA, malgré un mix électrique français relativement décarboné.

L’Ademe insiste toutefois sur le caractère prospectif de ces scénarios. Plusieurs trajectoires sont possibles à long terme. Selon les choix technologiques, réglementaires et industriels, la consommation électrique des datacenters pourrait aussi bien diminuer que croître fortement d’ici 2060. L’efficacité énergétique, l’écoconception des services d’IA et la localisation des infrastructures joueront un rôle déterminant.

L’étude souligne enfin l’importance d’une action coordonnée. Elle a mobilisé des acteurs publics, des régulateurs et des représentants du secteur numérique. L’objectif est clair : anticiper l’impact de l’IA sur l’énergie pour éviter une dérive incontrôlée. À mesure que l’IA s’impose comme une technologie structurante, la question de sa sobriété énergétique devient centrale. Elle conditionnera la soutenabilité de son développement au cours de la prochaine décennie.

Jean Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.

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