Le blocus naval voulu par Giorgia Meloni franchit une étape décisive. Le gouvernement italien a validé un projet de loi qui permettrait d’interdire l’accès aux eaux territoriales à certains bateaux transportant des migrants. Présenté comme une réponse à la pression migratoire, ce blocus s’accompagne de sanctions financières sévères et d’un durcissement global de la politique d’immigration.
Immigration : l’Italie lance son blocus naval

Le 11 février 2026, à Rome, le Conseil des ministres a adopté un nouveau texte sur l’immigration incluant un mécanisme assimilé à un blocus. Le projet de loi comporte 17 articles et redéfinit les outils juridiques à disposition de l’exécutif. Au cœur du dispositif, un blocus maritime ciblé, activable en cas de « pression migratoire exceptionnelle », avec des sanctions pouvant atteindre 50 000 euros.
Un blocus maritime activable en cas de « pression exceptionnelle » et visant les bateaux de migrants
Le texte validé par le gouvernement de Giorgia Meloni encadre précisément le recours au blocus. Il ne s’agit pas d’un dispositif permanent, mais d’une mesure déclenchée par décret en cas de situation jugée grave. Comme le relève Avvenire, l’interdiction d’entrée dans les eaux territoriales pourrait être décidée pour une durée initiale de 30 jours, renouvelable jusqu’à un maximum de 6 mois. Autrement dit, le blocus pourrait s’étendre sur un semestre complet si la pression migratoire persiste. En parallèle, le projet prévoit que le ministère de l’Intérieur puisse proposer l’activation de ce blocus contre certains bateaux transportant des migrants.
Même si le terme officiel évite l’expression « blocus naval », l’esprit du texte ne laisse guère de doute. « Ils ne l’appellent pas officiellement blocus naval, mais c’est quelque chose qui y ressemble beaucoup », souligne le Huffington Post. Ainsi, malgré la prudence lexicale, le mécanisme autorise bien l’interdiction d’accès à des bateaux de migrants dans certaines zones maritimes. Le blocus devient donc un instrument juridique assumé, inscrit noir sur blanc dans le projet de loi sur l’immigration.
Des sanctions financières lourdes et une stratégie globale de fermeté en matière d’immigration
Le blocus ne repose pas uniquement sur l’interdiction d’accès. Il s’appuie aussi sur des sanctions financières significatives. Selon l’Associated Press, les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant aller jusqu’à 50 000 euros. Cette somme vise en particulier les capitaines ou les organisations qui ne respecteraient pas les interdictions décidées dans le cadre du blocus. En complément, la confiscation des bateaux pourrait être envisagée.
Me texte s’inscrit dans une stratégie plus large sur l’immigration. Rai News souligne que la version approuvée en Conseil des ministres ne contient plus la norme dite « salva-Almasri ». « Dans la mesure adoptée par le Conseil des ministres ne figure plus la soi-disant norme ‘salva-Almasri’ », précise la chaîne publique italienne. En parallèle, le gouvernement entend renforcer les procédures d’expulsion et aligner certaines dispositions sur les règles européennes en discussion. L’exécutif met également en avant le succès de sa ligne européenne. « La liste de l’Union européenne est un succès du gouvernement italien », a déclaré le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi, cité par Avvenire, affirmant que l’Italie a su faire valoir ses positions en matière de migration.
Quelle efficacité pour ce blocus face aux flux migratoires en Méditerranée ?
Cependant, la question centrale demeure celle de l’efficacité réelle du blocus. Sur le plan juridique, le mécanisme est encadré dans le temps, limité à 30 jours renouvelables jusqu’à 6 mois. Néanmoins, sur le plan opérationnel, son application dépendra des capacités de surveillance maritime et de la coopération internationale. Interdire l’accès à des bateaux suppose des contrôles constants en mer et une coordination étroite avec les garde-côtes. Ainsi, le blocus pourrait réduire temporairement certaines arrivées, mais il risque aussi de déplacer les routes migratoires vers d’autres points d’entrée dont la France et l’Espagne.
En outre, l’effet dissuasif des sanctions financières pose question. Une amende de 50 000 euros, aussi élevée soit-elle, ne concerne pas directement les migrants mais les opérateurs des bateaux visés par le blocus. Par conséquent, si les flux migratoires sont alimentés par des réseaux organisés ou par des départs spontanés depuis les côtes d’Afrique du Nord, le blocus pourrait n’avoir qu’un impact partiel. D’un côté, le gouvernement de Giorgia Meloni affiche une fermeté claire en matière d’immigration ; de l’autre, l’expérience passée montre que les restrictions maritimes tendent à modifier les trajectoires plutôt qu’à tarir complètement les départs. Le blocus devient alors un outil politique fort, mais dont l’efficacité concrète risque d’être bien faible.
