Emmanuel Macron a ouvert un front inattendu contre certains jeux-vidéo. En demandant une étude scientifique sur leurs effets et en évoquant la possibilité d’interdire les plus nocifs, le chef de l’État place la question de la censure et de la protection des jeunes.
Jeux-vidéo : Emmanuel Macron veut les censurer et les interdire

Le 5 février 2026, Emmanuel Macron a confirmé vouloir aller plus loin dans l’encadrement des jeux-vidéo et des technologies numériques. Au cœur de cette initiative, une mission d’experts chargée d’évaluer scientifiquement les effets de certains usages vidéoludiques et de l’intelligence artificielle sur les jeunes. Le Président assume une ligne ferme, évoquant explicitement l’hypothèse d’interdire certains jeux-vidéo en France si les conclusions scientifiques le justifient.
Emmanuel Macron demande à la science s’il faut interdire les jeux-vidéo
Emmanuel Macron a choisi d’adosser son discours à la science. Selon les informations rapportées par Le Parisien, Macron a annoncé confier à des experts et au Conseil national du numérique et de l’IA un travail visant à « mesurer scientifiquement l’effet » des jeux-vidéo sur les enfants et les adolescents. Le président insiste sur la nécessité de sortir des opinions et des polémiques pour s’appuyer sur des données objectivées.
Cette mission durera deux mois, avec des conclusions attendues en mai-juin 2026. Ce calendrier resserré traduit une volonté d’agir vite, alors que le chef de l’État multiplie les signaux d’alerte sur l’impact des écrans et des univers numériques sur la santé mentale et veut interdire les réseaux sociaux dès la Rentrée 2026 pour une partie des adolescents. Dans ce contexte, les jeux-vidéo deviennent un symbole, à la fois culturel et politique, d’un affrontement entre liberté de création et responsabilité publique.
Toujours selon Le Parisien, Emmanuel Macron affirme clairement que les conclusions de cette étude pourraient déboucher sur des décisions fortes. Il déclare que, s’il existe un « consensus scientifique » établissant que l’impact de certains jeux-vidéo est « très mauvais » pour les jeunes, alors « peut-être qu’il faudra interdire ». Cette phrase, largement reprise, marque une rupture de ton. Macron ne se contente plus d’appeler à la vigilance parentale ou à la régulation douce. Il évoque explicitement la censure comme un outil possible de politique publique.
Le Président va plus loin en ciblant certains usages précis. Il cite des jeux-vidéo où l’on passe « cinq à six heures par jour à tuer des gens », estimant que ce type de pratique peut « conditionner » et « désinhiber » des jeunes joueurs, ce qui n’a dans les faits jamais été prouvé.
Macron face aux risques de censure des jeux-vidéo en France
La position de Macron soulève immédiatement la question de la censure. En France, les jeux-vidéo sont déjà encadrés par des systèmes de classification par âge, mais rarement interdits. En évoquant cette possibilité, Macron bouscule un équilibre fragile entre protection des jeunes et liberté d’expression culturelle. Selon l’Agence Anadolu, le président n’exclut aucune option si la science démontre un danger avéré pour les mineurs.
Ce discours s’inscrit dans une vision plus large de la régulation technologique défendue par Macron. Le chef de l’État souhaite renforcer la transparence dans l’écosystème numérique, notamment en imposant un marquage obligatoire des contenus générés par l’intelligence artificielle. Cette volonté de contrôle s’étend donc bien au-delà des jeux-vidéo, englobant l’ensemble des technologies susceptibles d’influencer les jeunes publics.
Le Journal du Dimanche rapporte que la mission sur les agents d’IA a été confiée à deux experts reconnus, les professeurs Raphaël Gaillard et Amine Benyamina. Leur rôle sera d’évaluer si ces outils peuvent générer des troubles, des dépendances ou une souffrance psychique chez les adolescents. Là encore, Macron assume une logique de précaution maximale, quitte à envisager des règles allant jusqu’à des interdictions. Ils souhaite également que la Commission européenne commence à imposer le marquage IA sur les contenus numériques.
Emmanuel Macron teste ici une méthode consistant à faire précéder toute décision de restrictions par une expertise scientifique. Cependant, cette approche ne dissipe pas toutes les inquiétudes. Les acteurs du secteur redoutent que la notion de « consensus scientifique » soit floue et puisse servir de justification à des décisions idéologiques. Le risque de censure arbitraire, même indirecte, est au cœur des critiques.
Le contrôle total sur l’Internet ?
Au-delà des jeux-vidéo, Emmanuel Macron dessine une vision globale du contrôle des technologies numériques. Le président annonce un renforcement permanent de Viginum, le service chargé de la lutte contre les manipulations de l’information en ligne. Il précise qu’une stratégie nationale contre les ingérences numériques sera rendue publique dans les prochains jours.
Macron affirme également vouloir imposer aux plateformes accessibles dans l’Union européenne une transparence accrue des algorithmes, « pour tout le monde », ainsi que des garanties contre les faux comptes, bots et trolls. La technologie n’est plus neutre, pour lui. Elle façonne les comportements, influence les jeunes et doit donc être encadrée par la puissance publique.
Dans ce cadre, les jeux-vidéo deviennent un terrain emblématique. Ils concentrent des peurs anciennes sur la violence, l’addiction et l’isolement, mais aussi des enjeux nouveaux liés aux technologies immersives et aux interactions en ligne. Macron semble conscient du caractère explosif du sujet : il pourrait se mettre à dos la jeunesse. En insistant sur la science et l’expertise, il cherche à désamorcer l’accusation de moralisme ou de méconnaissance du média vidéoludique.
Cependant, la ligne défendue par Macron reste politiquement risquée. En évoquant des interdictions possibles, il alimente un sentiment de défiance chez une partie des joueurs et des créateurs, qui craignent une stigmatisation du jeu-vidéo en tant que danger culturel. Le choix des mots, notamment lorsqu’il parle de « tuer des gens » pendant plusieurs heures par jour, accentue cette perception d’un regard sévère, voire caricatural, sur un médium complexe et diversifié.
En filigrane, la démarche de Macron pose une question centrale : jusqu’où l’État peut-il aller pour protéger les jeunes sans restreindre excessivement les libertés culturelles et créatives ? Les jeux-vidéo, longtemps considérés comme un simple loisir, deviennent sous l’impulsion de Macron un objet politique à part entière, au même titre que les réseaux sociaux ou les algorithmes.
