Prévisions : Joyeux 2036 !

Les prévisions financières sur 2026, lorsqu’elles ne sont pas aussi creuses que les huîtres du réveillon, s’avèreront vite dépassées ou illusoires. Pour gérer efficacement un portefeuille, mieux vaut avoir une vision véritablement à long terme. Prophétisons donc 2036 !

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By Alexis Bienvenu Published on 6 janvier 2026 5h30
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Prévisions : Joyeux 2036 ! - © Economie Matin
143%le Fonds Monétaire International prévoir un ratio de dette brute rapportée PIB de 143% pour les Etats-Unis à l’horizon 2030.

A cet horizon, une chose semble assurée : la première valeur mondiale ne sera certainement pas l’actuelle. Car en dix ans, les révolutions financières renversent impitoyablement les trônes. En 2005, il s’agissait – qui s’en souvient encore – d’Exxon, valeur reine du pétrole ! Alors que le prix du brut, ajusté de l’inflation, est aujourd’hui déprimé (moins de 60 dollars pour le WTI[1]) l’ironie est brutale.

En 2015, après la révolution du smartphone, la couronne était détenue par Apple, qui a longtemps régné. Mais aujourd’hui, après une progression de 23 000% en 10 ans, Nvidia l’a supplanté. Au rythme où croît cette dernière, et en l’absence de nouvelle révolution pour la marque à la pomme, qui ne semble pas à la pointe de l’innovation en intelligence artificielle, il paraît difficile d’envisager que la distance puisse être rattrapée. Mais si la révolution financière continue son œuvre de destruction créatrice, il y a fort à parier – sans certitude naturellement – que Nvidia sera elle-même supplantée dans 10 ans.

Qui sera alors la prochaine étoile filante ? S’agira-t-il, par exemple, de la stratosphérique Palantir qui, se payant 170 fois les bénéfices par action estimés pour 2026 (selon le consensus Bloomberg), s’est adjugé près de 1 000% en 2 ans, soit presque le triple de Nvidia sur cette période ? Mais au fond, la future étoile sera-t-elle encore une valeur technologique, comme il est tentant de le croire aujourd’hui ? Ou bien une nouvelle ère de domination financière aura-t-elle été inaugurée ? A l’heure où l’utilisation des métaux s’avère particulièrement cruciale pour mener l’électrification du monde, ne trouverons-nous pas – ironiquement – une valeur de l’ancien monde à la tête du nouveau, par exemple une valeur minière ? Une hypothèse certes surprenante aujourd’hui, mais l’argent a gagné près de 150%, et les contrats à terme sur le cuivre ont progressé cette année de plus de 27%. Etant donné le déséquilibre prévisible entre l’offre et la demande à long terme sur ces métaux, il semble que leur décollage ne soit que la première phrase d’une longue ascension.

Il se pourrait encore que les valeurs liées à la guerre, y compris dans sa dimension numérique, deviennent les nouveaux phares de l’économie, sur une planète où la recherche de domination mondiale fait l’objet d’une compétition croissante, y compris dans l’espace. En tout cas, concentrer les portefeuilles sur le seul secteur technologique pourrait s’avérer contre-productif.

Outre les actions, les investissements des 10 prochaines années compteront aussi des obligations. Ici, un facteur clé pourrait entraîner des mutations profondes : la confiance accordée aux dettes souveraines, qui pourrait nettement reculer. A l’heure actuelle, le Fonds Monétaire International prévoir un ratio de dette brute rapportée PIB de 143% pour les Etats-Unis à l’horizon 2030. Sachant que ce ratio est proche de 125% en 2025, on peut supposer qu’il dépassera largement les 150% en 2036. Un niveau qui rappelle celui de la Grèce ou de l’Italie lors de la crise de la zone euro au début des années 2010, même si la puissance américaine limite la portée de la comparaison. Logiquement, les prêteurs devraient réclamer une prime plus conséquente pour continuer à prêter aux Etats-Unis. Les taux pourraient ainsi structurellement monter, et les valeurs refuge en profiter, dans la lignée l’évolution constatée en 2025 où le dollar a perdu plus de 10% contre un panier de devises, soutenant l’or dans sa progression de 64%. L’investisseur songeant à 2036 semblerait donc avisé de se défier des taux américains (sans parler des taux français), et à modérer son exposition au dollar.

Heureusement, devant de telles perspectives, l’intelligence humaine devrait conduire à imaginer des solutions telles que les scénarios noirs ne se réalisent pas. Souhaitons donc qu’aidée de l’intelligence artificielle, l’humaine parvienne à bâtir un monde financier en 2036 moins instable.

[1] West Texas Intermediate

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Alexis est diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon (ex-Fontenay-Saint Cloud), agrégé et docteur en philosophie, titulaire d’une thèse en philosophie des probabilités. En 2006, il devient sélectionneur de fonds et multi-gérant dans le groupe Primonial. En 2018 Alexis a rejoint La Financière de l’Echiquier, où il gère des fonds & mandats d'allocation. En 2021, il devient titulaire du Certificate in ESG Investing délivré par le CFA.

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